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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 18:47
Dancing Kean ?



Il y a 3 ans, un peu comme leur copain de promo des Killers, ils étaient encore portés aux nues comme de réels outsiders de Coldplay, en voie de U2-isation. Aujourd’hui, après un troisième album sorti en octobre 2008 pourtant loin d’être dégueu où ils troquaient mélancolie contre positivisme, grisaille fleur bleue contre couleurs flashy, les trois anglais de Keane se voit néanmoins relégués au rang de groupe de seconde division. En témoigne leur présence plus que discrète dans la prog plus que moyenne de la 7e édition imminente du festival Rock en Seine. Mais ainsi vont les modes et l’industrie du disque. Aujourd’hui, au rayon euphorie pop, Passion Pit et MGMT frappent plus frais et plus fort. Reste qu’à sa sortie en octobre 2008, en bonne midinette que je suis, j’avais bien accroché sur la moitié de leur très phénixial et "Dancing Queen" Perfect Symmetry. Bien que sachant que je n'aurais affaire au chanteur, Tom Chaplin, et que je n'allais donc pas pouvoir parler de vedettariat, de cocaïne et de désintox, prêt à braver toutes les platitudes verbales inhérentes à ce genre d’interview et frétillant comme toujours à l'idée de gratter le vernis consensuel de pop stars internationales, je m’étais volontiers rendu dans un hôtel chicos de Paris pour parler de tout ça, et plus, avec Tim Rice-Oxley, le songwriter du groupe, et Richard Hughes, son batteur.

 




"Au début on nous comparait à U2 et Elton John, mais dès le deuxième album on était ailleurs."

 

"A chaque fois, parmi toutes les directions possibles, un seul bon album est accessible."


 

Bonjour Tim, bonjour Richard. Alors comment se passe la promo à Paris. C’est lé début ?

Richard : Oui, on est arrivé en train ce matin. On vient juste de prendre notre petit déjeuner.

 

Vous n’êtes pas encore bien réveillé !

Richard : Pas trop non. On a joué à Londres la nuit dernière, au 100 Club, un lieu très rock.

 

Une grande salle ?

Richard : Non, elle doit contenir quelque chose comme 400 personnes. On était là dans le cadre d’une émission de radio. On a tout joué très up tempo, très rock !

 

C’est votre humeur actuelle ?

Richard : Oui. Et c’est fun !

 

Ça a plu ?

Tim : Oui, il y a eu une bonne ambiance.

Richard : C’était un concert gratuit, et il y avait beaucoup de fans. On a donné trois concerts gratuits d’affilé : un en Ecosse, un dans le nord de l’Angleterre et un à Londres. Tu pouvais gratuitement obtenir un ticket via notre site Internet.

 

Ça fait partie des nouvelles façons de faire d’aujourd’hui pour attirer les gens !

Richard : En fait on a réalisé qu’on était très occupé le mois qui a précédé la sortie du disque (qui est sorti le 13 octobre 2008 au Royaume Uni, Nda) mais qu’on n’avait rien de spécial à faire la semaine suivant sa sortie. Je pense que notre manager s’est donc dit qu’il pouvait gracieusement nous offrir quelques jours de repos ! Mais nous nous sommes plutôt dit : “Profitons-en pour donner quelques concerts !“ Voilà.

 

Ça faisait longtemps que vous n’aviez pas joué live ?

Richard : Hum, oui je crois qu’on n’avait pas joué sur scène depuis août 2007. En fait depuis notre dernier concert pour la tournée d’Under The Iron Sea.

 

Vous étiez donc plein d’énergie !

Tim : Oui, on était donc content d’être de retour sur scène, surtout qu’on avait de nouvelles chansons à défendre. C’est toujours excitant de jouer de nouvelles chansons, et ça l’est d’autant plus que nos nouvelles chansons sont plus que jamais pleines d’énergie, ce qui donne vraiment envie de les partager live.

 

Musicalement vos nouvelles chansons sont plus sophistiquées, plus électroniques que par le passé. De ce point de vue-là, sont-elles plus dures à retranscrire live ?

Tim : Oui, c’est sûr que ça nous pris un peu de temps d’apprendre à les jouer live mais maintenant ça va, on a donné quelques concerts et on a vu que ça sonnait bien, tendu et tout.

 

Etes-vous toujours juste trois sur scène, vous deux et Tom Chaplin au chant ?

Richard : Non, maintenant on est quatre parce que notre ami Jessie Quin nous a rejoint. Il a intégralement participé à l’enregistrement du nouvel album. Il joue de la guitare-basse. C’était donc bien parce que pendant que nous enregistrions le disque nous pouvions donc jouer les morceaux live, partir dans des jams sessions, et nous rendre compte du son global que nous avions. Et c’est la même chose maintenant sur scène : on n’a pas besoin de se reposer tant que ça sur la technologie.

 

A l’heure qu’il est sur 11 chansons que compte Perfect Symmetry j’ai décelé 5 bonnes mélodies. Bonnes au sens d’accrocheuses. Au stade du troisième disque est-ce de plus en plus dur pour vous de continuer à trouver de telles mélodies ?

Richard : Je ne sais pas. On a consacré six mois à temps plein à l’écriture de ce disque et je pense que pendant tout ce temps Tim a passé le plus clair de son temps à bosser dur à son piano donc je ne sais pas si ça a été facile !

 

Tim, ce serait donc plutôt à toi de répondre à cette question !

Tim : Disons que je ne pense pas que ça ait été plus dur qu’avant. Je veux dire : on est très fier de ce disque. Pour moi il compte onze bonnes mélodies. Après ça dépend de ce que tu entends par “bonnes mélodies“. Notre but n’a jamais été de refaire “Somewhere Only We Know“. Sans doute que ça plairait à certains mais nous voulons faire quelque chose de plus intéressant que ça. Il y a quelques mélodies accrocheuses sur cet album, mais une chanson comme “You Haven’t Told Me Anything“ est mélodiquement plus recherchée. Elle est plus basée sur les rythmes, le son, l’énergie et une grande partie de la musique que j’aime fonctionne comme ça. Si tu considères Remain in Light des Talking Heads, tu admettras qu’il contient peu de mélodies immédiates, il n’empêche c’est indéniablement un bon album.

 

Bien sûr mais Keane n’a jamais joué dans la même cour que les Talking Heads…

Tim : Oui, mais Perfect Symmetry est un album très différemment de tout ce qu’on a déjà pu faire. Chacun de nos albums a sa propre personnalité. Je ne pense pas que quelqu’un puisse dire que “You Haven’t Told Me Anything“, “Pretending That You’re Alone“ ou “Spiralling“ ressemblent aux morceaux de notre premier album. A l’époque de celui-ci les gens nous ont comparé à U2, Coldplay, Elton John, tous ces grands classiques, mais avec notre deuxième album on était déjà ailleurs. On change tout le temps d’influences. Et les journalistes aiment décrire un album en le comparant à d’autres groupes. Pour décrire notre dernier disque ils vont donc devoir changer de références s’ils veulent toujours nous comparer à quelqu’un d’autres !

 

Avec ce disque ne craignez-vous pas que les fans ne retrouvent plus ce qu’ils avaient aimé chez vous ?

Richard : Non. Prends un groupe comme Radiohead, par exemple, leurs fans continuent à les suivre alors qu’ils ont plusieurs fois changé de direction. Ça montre que beaucoup de gens aiment les groupes qui se réinventent sans cesse, qu’ils sont prêts à embarquer dans ce genre d’aventure et c’est ça qui est excitant. Il y a aussi beaucoup de gens qui aiment les groupes qui refont toujours le même disque. Mais ce n’est pas notre truc. Ce qui nous excite c’est le changement. Tout à l’heure tu nous demandais comment on fait pour retranscrire sur scène nos nouveaux morceaux, et bien on a eu du mal à jouer live les morceaux de notre deuxième album. En effet à ce moment-là j’ai commencé à faire des chœurs, Tim s’est mis à jouer des choses de plus en plus compliquées sur son piano, parfois il chantait et jouait simultanément de deux claviers tout en actionnant des pédales d’effets avec ses pieds. Donc voilà c’était dur mais on continue de faire ça. Et on n’aurait pas pu faire Perfect Symmetry si on n’avait pas fait Under The Iron Sea parce qu’entre temps on a beaucoup appris. Grandir de la sorte, c’est ce qu’on aime faire en tant que musicien et en tant que personne. Je pense qu’il en va de même pour nos fans. Il n’y a donc pas de raison qu’ils ne nous suivent pas avec ce disque. Qui plus est, je me souviens avoir parlé avec quelqu’un après un de nos concerts la semaine dernière, et il me disait : “Je n’ai pas vraiment aimé votre deuxième album, mais j’aime votre troisième album.“ Avec Perfect Symmetry on renoue donc avec certains de nos fans. Donc voilà, peut-être qu’on en perdra certains, mais ce n’est pas grave, c’est le jeu et il vaut mieux continuer à avancer que fonctionner sur ses acquis.

 

Vous, avec le recul, que pensez-vous de votre deuxième album ?

Tim : On l’aime beaucoup ! Le truc c’est qu’il ne faut pas trop te préoccuper de ce que les gens vont pouvoir penser de ta musique. Je veux dire : toute personne se considérant un tant soit peu comme un artiste – disons-le comme ça, je ne trouve pas de meilleur mot – se tire une balle dans le pied dès qu’elle commence à se demander si ce qu’elle fait va dérouter les fans ou si ça va être pile poil dans l’air du temps.

 

En même temps vous pouvez difficilement ne pas vous poser ce genre de questions car vous êtes peut-être des artistes mais des artistes qui évoluent dans l’industrie du disque…

Richard : Je ne suis pas d’accord. Tu peux ne pas tomber dans ce genre de raisonnement !

 

Ce que je veux dire c’est que vous êtes sur une grosse maison de disques, vous vous devez donc de vendre des disques !

Richard : Mais c’est justement à notre maison de disques de vendre des disques, pas nous !

 

Mais vous êtes lié à elle !

Tim : Oui mais c’est son problème après (rires) !

Richard : Nous notre problème c’est de faire de bons albums. On n’est pas assez mercenaire ou pas assez finaud pour nous préoccuper de toute cette merde. Je pense qu’un groupe peut faire un bon album à chaque moment de son existence. A chaque fois, parmi toutes les directions envisageables, tous les albums possibles, il y a un seul et unique bon album à portée de main. Il faut réussir à l’atteindre et la seule façon d’y parvenir consiste à tenter de nouvelles choses en écoutant son instinct. C’est ce qu’on a fait et c’est comme ça que la bonne musique se fait. Nous, si l’on avait tenté de suivre un plan préétabli on aurait fait de la merde. Franchement, on n’a pas à se préoccuper de vendre des disques. Notre premier album s’est vendu à je ne sais plus combien de foutus millions d’exemplaires…

 

Oui, le miracle s’est déjà produit, en un sens avec l’image et la notoriété acquises vous êtes plus tranquille, mais d’un autre côté on va attendre de vous que vous reproduisez des scores similaires !

Tim : Je pense que beaucoup de gens pensent comme ça…

Richard : Mais en fait ce que tu gagnes une fois que tu as vendu autant de disques c’est la liberté de ne plus vraiment te préoccuper de tes ventes de disques. Enfin, c’est mon avis.

Tim : C’est aussi le mien. Notre préoccupation première n’est pas de vendre des disques. Comme Richard l’a dit, nous sommes dans une position privilégiée. Et si Perfect Symmetry ne se vend qu’à 5 exemplaires et bien soit. Je veux dire : si tu as fait un disque dont tu es fier, que tu as pour toi l’intime conviction d’avoir fait quelque chose qui mérite qu’on parle d’art et bien voilà, tu as fait ton job, et tu es cent plus heureux que si tu avais simplement un truc jetable destiné aux radios. Et le but dans la vie c’est quand même d’essayer d’être le plus heureux possible, non ?

 

Bien sûr. Comment a réagit votre maison de disques quant elle a finalement écouté ce nouvel album ?

Richard : On est allé à Berlin, on a fait le disque, ensuite on l’a mixé et on l’a envoyé à la maison de disques ! Ce que je veux dire c’est que la maison de disques n’intervient pas vraiment dans le processus créatif du disque. On l’a produit nous-même à part deux titres qu’on a produit avec Stuart Price et un avec John Brion. Et puis tu ne peux jamais vraiment savoir ce que la maison de disques pense de ton album, elle va tout le temps de dire qu’elle l’aime. Que peut-elle dire d’autres (rires) ?

Tim : En fait je pense qu’ils ont été enthousiasmés par ce disque. Il ne faut pas oublier que les gens qui travaillent en maison de disques, en tout cas ceux avec qui nous travaillons, sont avant tout des fans de musique ! Ils sont dans une boîte qui fait du business et ils font leur job, mais ils veuillent tout de même travailler sur des projets qui les excitent vraiment. Ils ne veulent pas s’ennuyer. Comme nous leur but dans la vie c’est d’essayer d’être le plus heureux possible !

 


(Suite et fin)


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

Thom 07/09/2009 22:57

Attends, comprends le choc : je découvre le blog d'un gars que j'ai vu jouer les über-snobs pendant trois jours à la Route du rock... et arrivé là je me retrouve avec des articles fleuves sur Keane et MGMT :-)(très bons, au demeurant, les articles ^^)

SYLVAIN FESSON 08/09/2009 23:45


Attends, attends, Thom je comprends que tu comprennes pas !
C'est juste que je suis une sorte de snob inversé ;-)
Je veux dire les supercheries/bouses sont parfois pas celle qu'on croit.
En tous cas moi je trouve Keane et MGMT plus touchant que The Horrors et Crystal Stiltz.
Ca n'engage que moi mais je défends cette avis !
Héhé


Thomas 29/08/2009 12:55

Euh... moi ce qui me choque c'est plutôt qu'on les ait un jour considérés comme appartenant à la première division... qu'on les voit dans la second aujourd'hui... j'imagine que c'est parce que les ventes ont baissés entre deux disques, bref : la même (mauvaise) raison qui fait qu'on les a vu un jour en première...(enfin mettons que je n'ai rien dit ;)

SYLVAIN FESSON 07/09/2009 22:15


Mettons que tu n'aies rien dit oui !