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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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7 août 2006 1 07 /08 /août /2006 02:34

"Laboratoire de la pensée contemporaine"


Grands Articles
(GA) est un magazine trimestriel qui sélectionne depuis octobre 2005, "les meilleurs articles publiés par les revues françaises et internationales". Littérature, arts, histoire, géopolitique, sciences, sociologie, philosophie : son champ d’action est vaste. Le but ? Etre le "généraliste" qui éclaire sur les idées nouvelles qui sont au cœur des enjeux contemporains.

A "contre-courant de l'information compactée qui constitue la tendance générale", GA prend donc le temps, de développer les sujet, de prendre du recul. En gros, il fait long. Mais il sait s’étendre sans se répandre. D’où des articles "revues" dans le sens de la longueur – grands par la taille et l’exigence éditoriale – mais qui ne se perdent pas dans le charabia universitaire, où je ne sais quels autres travers. Des articles exigeants, pas excluants. Ce que confirme le sommaire du n°4, de juillet-août-septembre. Entre le sauvetage de la Banque Mondiale, l'influence politique des Guignols de l'info, Dieu et la philosophie, l'Islam, l'Occident et le Mecca Cola, et les leçons de l'Inde en matière de multiculturalisme, il y a de quoi lire, s'enrichir, s’intéresser, réfléchir.

A l’image de la sobriété de son titre – sans effet de manchette tapageur – il faudra parfois s’accrocher à la lecture de GA. Car c’est un peu l'ascèse niveau maquette. Un peu sec tant la pensée et l’analyse priment, sur l'image, l'emballage. Mais comme leurs 5000 lecteurs actuels, dans ses cas-là vous fournirez, j’espère, le supplément d'effort qui s'avère nécessaire. Car à l'heure où la presse écrite est speed, formatée, gratuite et sans fond, tenir un mag qui ose la jouer long et nous le faire payer (7 euros) est une initiative précieuse qu’il serait dommage de ne pas soutenir. De tout cela, on discute avec Eric Rohde, directeur de la rédaction de GA.

 

"Grands Articles, c'est le Courrier International des revues"



Eric Rohde, qu’est-ce que GA ?
C'est un journal qui propose, à l'heure où sévit partout la brièveté, des articles longs qui requièrent du temps et de l'attention. Il s’agit d’éclairer les idées et les nouvelles formes d'organisations sociales qui se mettent en place dans le monde contemporain, de l'échelle locale à l'échelle planétaire, ou les idées qui y contribuent – ou pourraient y contribuer. Et de rendre tout cela saillant dans notre rubriquage. En fait de dynamique, il ne s'agit vraiment de rien d'autre que d'établir un lien entre ces deux univers que sont les professionnels de la réflexion et de l'analyse et ceux qui ne le sont pas. C’est un contenu ambitieux, mais une grande humilité éditoriale.

D'où vient l'idée ?
J'ai tenu la rubrique Livres de La Recherche pendant six ans. J'ai réalisé, à cette occasion, à quel point les bons articles – accessibles à un public plus large que celui qu'elles touchent – y sont nombreux. Et d'un autre côté, j'ai toujours regretté l'absence d'un périodique généraliste d'approfondissement. Encore plus après l'aventure du Monde des débats à laquelle j'ai participée. L'idée de GA est venue de ce double regret : l'existence d'une matière riche et mal connue dans l'univers des professionnels du savoir, et son absence dans l'univers grand public.

On pense à Courrier International. Lui aussi rend accessible un contenu préexistant.
Il est possible que sans "Courrier" – où j'ai aussi travaillé pendant deux ans – je n'aurais pas eu l'idée de GA. En tous cas, ce grand frère, dont je me sens toujours proche, me sert tous les jours pour accréditer l'idée qu'une presse fondée sur la republication d'articles est possible. Quand je présente GA, je dis, pour faire court "Le Courrier des Revues".

GA a-t-il pour modèle d'autres magazines, français ou pas ?
J'ai appris, après avoir fixé le concept de GA, l'existence de The Utne Reader aux USA qui fait la même chose à l'égard de la presse underground. Il y aussi l'excellent Lettre internationale éditée à Berlin et en allemand, qui suit, mais partiellement seulement, cette démarche. Il y a peut-être d'autres titres encore, mais je ne les connais pas.

Pour quels médias avez-vous travaillé depuis vos débuts journalistiques ?
J'ai 51 ans et suis journaliste professionnel depuis l'âge de 19 ans. J'ai travaillé à RMC, RTL, Le Monde, La Tribune, parmi les journaux encore non cités. J'ai aussi conçu et animé au sein de l'ex-CEP "Télécoms magazine" de 1986 à 1990. Entre temps, j'ai fait un doctorat de philosophie qui a aussi beaucoup contribué à me faire fréquenter l'univers des revues.

Dans GA, vous sélectionnez les meilleurs articles des revues. C’est quoi un "meilleur article" ?
Plusieurs critères doivent être réunis : l'article doit être abordable par un non spécialiste, il doit apporter une analyse nouvelle ou la possibilité de saisir une problématique soit en profondeur soit de façon synthétique. Nous avons par ailleurs un rubriquage fixe qui offre des rendez-vous que nous devons respecter à chaque fois. Notre rubriquage ne signifie rien d'autre que notre volonté d'être un généraliste.

Tous les articles ne sont pourtant pas accessibles au lecteur moyen. Pour certains, rien que le chapo donne mal au crâne. Je pense par exemple à l’article traitant du "sperme d’Adam sous le microscope de la Kabbale" dans le n°3 d'avril-mai-juin. Il faut être un minimum, voire un maximum, cultivé pour comprendre GA ? Notre but n'est pas de donner mal au crâne, plutôt de donner la possibilité aux lecteurs qui n'ont pas l'occasion de pouvoir rencontrer des textes de haut niveau – parce qu'ils ne fréquentent pas un laboratoire ou les bibliothèques, parce qu'ils ne sont pas abonnés à des revues dont ils ne connaissent le plus souvent pas l'existence et qui sont, sauf exception, chères.

GA, c’est un peu votre manière de faire de la média-critique sans en faire, non ?
C'est en tous cas une manière de se porter à contre-courant de l'information compactée qui constitue la tendance générale, dans l'écrit comme sur les écrans.

Quel est votre lecteur type ? Le lectorat de Télérama, par exemplle, chez qui vous achetez de l'espace publicitaire ?
Le lecteur-type est, à priori, quelqu'un qui a déjà lu une revue et qui sait qu'il manque quelque chose en n'en lisant pas plus souvent...

A combien s'élève ce lectorat ?
Nous démarrons et sommes encore peu connus, mais si j'applique le coefficient de six (Nda : technique de calcul qui consiste à croire qu’un même exemplaire du magazine est lu en moyenne par six lecteurs…), nous aurions environ 30 000 lecteurs pour l'instant. Ils achètent majoritairement GA en kiosque ou en librairie.

Vous dites dans l'édito du numéro 3 que GA est une "entreprise artisanale". Comment se porte-t-elle financièrement ?
Nous ne sommes pas encore à l'équilibre. Et tant que nous n'y serons pas, nous ne pourrons pas indemniser les auteurs que nous republions. Le jour où nous ferons des bénéfices avec leur travail nous leur en ferons profiter. La publicité a, bien sûr, vocation à y contribuer.

De quelles sympathies journalistiques bénéficiez-vous pour appuyer le lancement de GA ?

En 32 ans de métier, j'ai gardé des amis dans pas mal de rédactions. Malheureusement, cela ne suffit pas à donner à un lancement un caractère "durable" qui est très loin d'être assuré.

Quel est l’état actuel de vos retombées presse, comme on dit dans le métier ?
Nous ne sommes pas abonnés à l'Argus, je ne peux donc pas vous répondre avec exactitude. Je suis au courant d'une vingtaine d'articles ou échos et d'une demi-douzaine de citations ou invitations radio-télés.

Si votre point fort est de savoir communiquer le contenu des revues vers le grand public, il vous reste de toute évidence quelques progrès à faire niveau com’. Votre titre, "Grands Articles", est basique et vos couv trop fades pour taper dans l’œil du chaland en kiosque. "On est vu avant d'être lu". Jusqu’où êtes-vous prêt d’aller pour être vu ?
La couverture est précisément le seul point qui nous pose un réel problème. C'est peut-être pour cela que avons changé de style à chaque fois ! Quant au titre, c'est une affaire de goût, comme avec les prénoms, on oublie vite ce qu'on en pense au profit de la personnalité – heureusement !

J'ai une idée de slogan : "Grands Articles, magazine pour temps de cerveau disponible." Qu’en dites-vous ?
Que nous avons déjà deux slogans : celui de la base line – "Sélection des meilleurs articles publiés par les revues françaises et internationales" – et celui de nos publicités – "De plain-pied dans le laboratoire de la pensée contemporaine". Je crois donc qu'on va s'en tenir là.

 

Grands Articles / trimestriel en kiosque et librairie / 7 €.
www.grandsarticles.fr

 

 

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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