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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 19:10

Parts d'enfance

 



On m'a toujours dit "Une image vaut 1000 mots". Enfin toujours... ce credo date de mes années fac de pub, pas le Pérou donc, mais il m'a toujours tellement semblé cerner ma problématique d'être que je l'ai toujours perçu comme quelque message ancestral censé me prévenir des dérives inhérentes au fait d'être moi. Car comment ne pas prendre ce credo en horreur quand on est un homme de mots, qu'on veut y vouer sa vie, que c'est d'ailleurs effectif avant même qu'on dise "Oui, je le veux" ? Comment ne pas se dire qu'on aurait toujours dû se contenter des images, ne jamais apprendre à lire ni écrire quand on sait à quel point le credo suscité ("Une image vaut 1000 mots", oui répétons-le, retournons le couteau dans la plaie) est, économiquement, criant de vérité.

 

L'ignoble credo s'est rappelé à moi alors que je surfais tranquillement sur le Myspace d'un auteur, compositeur, interprète qui m'est cher et répond au doux nom de Cheval Blanc. Enfin tranquillement... la majesté au 36e dessous de ses compositions (10 ici sans compter les vidéos), cette espèce de tendresse effondrée qu'elles libèrent et dont elles ne semblent que la plus pure expression, tout cela me remuait tellement que j'ai failli m'envoyer direct faire une sieste dans un coin calme et reculé du local où je bosse. Tant d'émotion... ce n'était presque plus possible de reprendre une vie normale, de jouer la comédie de l'homme qui passe son temps à bosser comme si tout allait bien, croit que son labeur a un sens, son espoir un chemin. Non, c'était comme si, tout masque tombé, j'avais assez donné pour aujourd'hui, que je méritais le repos, un lit. On est tous un chien en nous-même, à la rue quelque part dans quelque carton sale, placentaire, et voilà, sachant se pencher pour vous parler à ce niveau où l'on ne parle jamais, les chansons de Cheval Blanc avaient mis cela au grand jour : l'inconvénient d'être né, le besoin d'amour, coucouche-panier. Alors c'est sûr, ne pas s'étonner après si le mec ne trouve pas de label. Il fait de superbes choses mais on n'a connu mieux pour relancer l'économie et le moral des français (pour les plus résistants il a aussi un blog).



 

Mais comme si tout cela ne suffisait pas, comme si tout cela n'était que commentaire, ou presque, un détail m'a frappé : un gamin, dans un coin. Immobile. Seul. Sa coupe au bol asexuée, sa petite bouche d'animal entrouverte comme une plaie , le renflement de sa lèvre dentelée, de ses joues, ses deux grands yeux de biche fixés à hauteur de papa-maman ; tout cela tremblant, féerique, presque morveux comme une aumône ; tout cela montant si haut, semblant tellement attendre de vie, d'amour qu'on sent y poindre la chute, l'injustice, l'envie de mordre, le projet "de tout écrire quand il saura viser" (Dominique A, "Rue des marais"). C'était la photo de "profil" du Myspace de Cheval. Une photo de lui enfant. L'innocence blessée dans toute sa splendeur. Ça m'a séché, me rappelant "1983 (Barbara)" de Mendelson, l'écart entre la tête déplumée du Chet Baker de la fin et les traits jouvenceaux de celui des débuts. Celle d’Antonin Artaud aussi. Et celle du Cheval Blanc actuel, quarantenaire, usé, tant y affleure encore, plus forte que tout, la beauté de ses yeux de minot. L’alliance de cette photo et de ses chansons créait comme un manifeste puissant. Ça a fini par me rappeler une photo de moi au même âge, une photo qui m’est chère tant mon visage n'y est que sourire, toutes quenottes dehors. Etrange de s'auto émouvoir comme ça, de voir votre cœur éclater dans une bouille de Looney Toons. Ces images, tout cela me disait de tenir... Je crois que c'est ça qui m'a sauvé de la sieste.

 

Plus tard, comme j'avais tenu bon, que j'étais encore fidèle au poste et pire, connecté sur Facebook j'ai eu le plaisir de finir la journée avec une des plus belles filles qu'il m'ait été donné de rencontrer jusque-là, même si ce n’est que virtuel. Cette fille c’est Julie Hoarau. Je crois qu’elle m’avait addé quelques mois plus tôt parce qu’elle me connaissait déjà un peu pour être lectrice de mon blog, Parlhot. En tant que fan d’indie pop elle aimait les artistes présentés, ma façon d’en parler. En quête de lecteurs, de qualité tant qu’à faire, j’ai accepté sa demande. Bon, je vais pas tergiverser plus longtemps, et vous le savez puisque la photo ci-dessous vous a gentiment explosé les pupilles : cette fille est une bombe. Et j’ai beau ne pas être spécialement branché bombes, ça a joué. Bien sûr. Ce que j’ai fait ? Ce qu’aurait fait tout le monde : voir ses photos, et waouuuh ! Regardez-moi cette bouche, cet art de fixer l'objectif, cette fossette du menton, ce nœud noué à la taille, cette hanche qui sort du cadre (attention, vous ne pouvez voir cette photo à faire pâlir le maillot une pièce de Pamela Anderson que si Julie vous add sur Facebook) : ici tout fait mine de te désirer fort fort et dans le même temps chaque fibre de son corps hurle qu'elle et toi n'êtes pas du même monde. "Et Dieu créa la femme" : voilà ce qui frappe l'esprit de l’homme devant Julie Hoarau. Bye bye Paradis, bonjour couleurs, images, sexe opposé ! Avec tel corps se dit-on la réunionnaise pourrait tout faire, ou presque. D’ailleurs en atteste son site d'animatrice TV, outre "modèle photo", Julie fait plein de choses : montage, cadre, réalisation de formats courts, théâtre/chant, voix off... Depuis peu elle présente même Live Kafé, une émission musicale sur Antenne Réunion, et elle chante !



 

Oui, Julie fait de la pop. Le projet s'appelle Dance with... anatole et apparemment ce n'est qu'elle, sa plastique, son minois, son brin de voix et son ukulélé (vous savez, cette satanée gratte de Polly Pocket au son malingre mi exotique mi post crise qui fait fureur auprès de la clique bobo folk). Tout cela est célébré dans le clip de "François", seul titre pour l’instant en écoute de sa grande œuvre en cours. (En fait, je m’en rendrais compte après, 4 autres titres sont en écoute sur son Myspace et c’est bien elle qui fait la voix, les textes et le ukulélé.) Playmate des champs, coquette à mort, dans ce clip la petite soeur de Julie, aussi belle que la grande, batifole  dans la nature verdoyante avec force oeillades caméras. Image, texte, son, c'est tellement vide tout en s'ignorant, enfin j'ose le croire, que c’en est presque génial de naïveté, mettant profond Cocoon et Cœur de pirate pour atteindre quelque chose comme le stade "méta art contemporain" du genre. Toujours sans le savoir. Alors bien sûr, Julie débute et sait que sa musique reste  quelque chose de très amateur. Il faudrait donc être vraiment vilain pour lui jeter la pierre (là ma part d'enfance s'empoigne avec mon cynisme de grande personne...) mais à vrai dire je n’ai même pas envie de critiquer sa musique. Ça ne m’intéresse pas parce qu’il est trop tôt pour ça et que je respecte les gens qui, contrairement à moi, tout à coup, tardivement, se mettent à essayer de faire leurs propres chansons. Récemment j’ai une amie qui s'y est mis. Elle aussi s’appelle Julie, son groupe Candy & Fly. J’en profite : respect Julie, il y a de belles choses dans ce que tu fais.

 

Non, critiquer la musique de Julie ne m'intéresse pas mais ce qui m’intéresse par contre c’est ce soi-disant problème de l’alliance "indie pop + bombasse des îles". En gros, Julie "She's So Heavy". Oui, trop bonne pour une pop trop frivole. Vous me direz, ce n'est pas une première. En la matière, Mareva Galanter a déjà créé un précédent. En se lançant dans la musique avec un certain succès, Miss France 1999 a montré qu’un physique de top model était soluble dans la pop. Mais cela suppose une esthétique en soi. Par exemple, qu'on l'aime ou pas, Carla Bruni en a une, Vanessa Demoui non. Et sans vouloir lui jeter des fleurs, la tahitienne protégée de Castelbajac a bossé pour trouver son juste au corps pop, ou du moins pour trouver les bons collaborateurs capables de le lui dessiner. Là-dessus, toute seule (à souligner), aussi fan d’indie pop soit-elle (Hermane Dune, Tahiti 80, Elliot Smith, The Shins), Julie est nue. Sans le style pour jonction avec sa beauté, elle ne peut pas prouver qu’elle est plus qu’une Clara Morgane à ukulélé. Et tant qu’elle ne l’aura pas trouvé, si tant est qu'il existe, elle ne sera que cette Nature parfaite dans laquelle toute trace de Culture s’avère insoupçonnable. Elle ne sera que cet Idéal de féminité écrasant et arbitraire dont on n’attend rien d’autre, puisque La Forme est là, qu’un alibi de pop songs bikini pour consommer l’œuvre véritable : son image. C’est toute la différence entre prendre la pop comme fin ou comme moyen. Quêter la lune depuis le caniveau ou le simple supplément d’âme quand on a le reste.


 

Aux jeux du chanteur et du chroniqueur musical, ainsi va le monde, labimbo Bambi aura toujours plus de chances de percer que le Cheval flapi et le Parlhoteur. Et je n’ai pas dit pas ca pour que les choses changent ni diaboliser ce qui n’a pas lieu de l’être. Qu'un pixel de femme puisse réduire en cendres les Ecritures est au-delà du Bien et du Mal, et doit perdurer. Je pose juste la question : combien de mo(r)ts pour son image ? Et Julie, où est ton enfance là-dedans ? (L’enfance ce n'est pas le Petit Poney, c’est la fêlure, le regard qu’on porte sur soi enfant.) Je ne sais pas comment ce serait pris mais j’aimerais lui poser cette question si je la rencontre un jour. Parce que c’est bien sympa de tchater avec Julie mais c’est plus le genre de fille avec qui on aimerait faire ça de visu. Autour d'un verre. Comme elle doit regretter que son rapport aux autres soit conditionner par son physique au point de vivre comme une femme invisible, s’en suivrait de ma part tout un tas de secrètes manœuvres pour minimiser, sans doute à tort, tout rapport de séduction. Qu'elle ne voit pas que je la vois comme tout homme la voit. Ce serait génial. Mais après ce texte, ça m'étonnerait que ça se fasse.


(Suite.)


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

buy dissertation 29/08/2009 05:57

Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!_______________buy dissertation

SYLVAIN FESSON 07/09/2009 22:14


Hein ???


marcelline 21/08/2009 13:03

Je n'ai pas encore lu le texte, juste cliqué sur "le clip de françois".Désolée je n'ai pas pu aller au delà d'1 minute 13... Voix insupportable.Je suis de mauvaise humeur, ça joue peut-être

SYLVAIN FESSON 07/09/2009 22:08


Bon et maintenant tu l'as lu le texte ?
Et de quelle humeur es-tu là ?


cheval 08/08/2009 05:35

personellement je trouve très regrettable, bon et mauvais, j'ai de la peine pour elle et je de la peine pour lui ... baisons ?!

Callivero 04/08/2009 19:58

Du coup j'en oubliais le facteur cheval...superbes ses poèmes !

SYLVAIN FESSON 04/08/2009 20:07


Indeed ;-)


Callivero 04/08/2009 19:57

Bah, j'srai à sa place, j'srai vachement vexée ! Mais bon, elle a déjà la perfection physique, ou presque, elle va pas en plus faire de la musique parfaite; trop, c'est trop !

SYLVAIN FESSON 04/08/2009 20:06


Tu présumes bien.
Elle l'a été.
Mais pas tant qu'elle aurait pu l'être en fait.
Avec le recul elle l'a plutôt bien pris.
Tout à son honneur !