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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 20:34
Morning Bell / Amnesiac

 

 


En octobre 2005 Sébastien Schuller avait fait plus que sensation en cueillant tous les amoureux de pop triste avec Happiness. Son premier album avait même décroché des éloges outre-manche, comme le Someday We Wil Foresee Obstacles de son confrère Syd Matters. Nous étions donc nombreux à attendre la suite. Pour tout dire, perso, à un moment l'attente s'est faite si longue, qu'en octobre 2008, n'y tenant plus, je suis parti sonder le milieu en quête de d'infos. Son label semblait aussi perdu que moi. Ils ont commencé par me dire que l'album sortirait mi-février, puis mi-mars et mi-mars venu, toujours rien en vue. L'album est finalement sorti fin mai. Il se nomme Evenfall. Composé entre jour et nuit, espoir et nostalgie, Philadelphie et Paris, ce disque moins pop mais tout aussi doux que son prédécesseur m'a totalement perturbé. Dans un premier temps. Je ne m'en suis pas caché auprès de l'intéressé.



"découvrir les Etats-Unis génère encore du rêve"


"j'assimilais ces morceaux à des jeux de lumière"



Notre premier entretien date d'il y a déjà 4 ans. C'était pour la sortie d'Happiness, ton premier album. Je l'avais beaucoup aimé, j'attendais donc impatiemment le suivant. Et puis il y a quelques jours je l'ai enfin reçu et écouté et en fait je n'ai pas su trop quoi en penser. Et voilà, je suis là devant toi pour en parler et je ne sais trop quoi t'en dire !
Moi non plus (rires) ! Les choses se sont tellement enchaînées... Je suis encore immergé dans le disque... Je l'ai fini peu de temps avant que vous le receviez pour la promo. J'ai vraiment tiré sur la corde, ça a souvent été repoussé... Le parcours a été assez compliqué...


Comment ça ?
Déjà je n'ai pas eu 4 ans pour faire ce disque car à l'issu d'Happiness on a quand même pas mal tourné, environ cinquante dates, ça m'a assez fatigué. Et puis j'ai aussi fait 3 musiques de films et j'ai quand même vécu, pris un peu de vacances avant de remettre à la création. Donc voilà j'ai plus passé 2 ans sur ce disque même si j'ai pu avoir des bribes d'idées entre temps.


Alors, quoi, tu as galéré sur l'écriture de tes nouvelles compos ?
Non, les compos viennent naturellement assez rapidement. D'ailleurs tout le problème c'est que les titres étaient prêts plus tôt que prévu mais l'étape de production m'a pris un temps fou. J'ai peiné pour restituer ce que je pouvais avoir en tête pendant les démos.


Pourquoi ?
Un musicien m'a dit que John Lennon définissait le travail de production en terme d'arc de cercle, comme quoi, en gros, à partir du point initial de ta démo tu traces un premier arc de cercle et alors soit l'arc est assez bon et fort pour en créer d'autres soit il ne l'est pas et tu essaies finalement de récupérer tout ce que tu trouvais bon sur le brouillon. Et sur cet album-là, un peu comme sur Happiness, je ne suis pas arrivé à tracer un premier arc de prod assez fort pour en générer d'autres, j'ai donc dû rebrousser chemin...


Et finalement tu es satisfait du résultat ?
Je n'ai pas encore l'état de recul pour le juger réellement, mais j'ai bien aimé tous les morceaux dans leur conception... J'ai passé pas mal de temps dessus et je les ai bien aimé, au moins pendant ce temps-là...


En fait moi en écoutant Evenfall, j'ai éprouvé un une sorte d'amnésie. Après 3 écoutes je ne me souvenais toujours de rien. Je n'avais distingué aucun morceau et rien ne m'était resté en tête pour que je le fredonne, comme si l'album n'existait pas hors de son écoute, qu'il se refusait à toute volonté d'invasion du corps. Je n'avais pas ressenti ça à l'écoute d'Happiness, plus pop. Là tout est si léger, homogène, anti-headworms... Cette sensation d'oubli c'est quelque chose que tu souhaitais communiquer ?
Non, pas du tout... Il est peut-être juste plus dur d'entrer dans Evenfall que dans Happiness...


C'est ce que je me suis dit. Car au fil des écoutes j'ai quand même eu l'impression que quelque chose se révélait. Et je me suis dit : "Attention Sylvain, pour l'instant tu fais triste mine mais si ça se trouve tu vas bientôt te retrouver à crier "Alleluia !""
Et alors (rires) ?!


Hé bien on va dire que je n'en suis pas encore arrivé là ! Je commence à croire que c'est l'effet que me procurera ton disque, parce que, tant musicalement que vocalement, il déroule des trames mélodiques fuyantes, tout en retenu, art de l'esquive. Je n'ai relevé que deux petits sursauts batterie-basse, mais eux aussi produits en retrait, arrondis...
Je pense qu'il y a quand même des refrains sur Evenfall. Par exemple il y en a un sur "The Border", même si c'est plus une ritournelle qui forme un tout... Et puis déjà sur Happiness, si tu regardes bien, à part quelques morceaux comme "Tears Coming Home" la plupart des refrains n'étaient pas très appuyés... Mais c'est vrai que globalement les morceaux d'Evenfall n'ont pas de structures classiques et ça, oui, c'était un peu voulu car je ne voulais pas répéter Happiness. Je voulais un peu plus m'amuser avec les structures et voilà, elles m'ont guidé où elles voulaient m'emmener.


A l'image de "The Border", la plupart des morceaux d'Evenfall sont des ritournelles incantatoires, des morceaux aux textures et aux structures tellement siamoises et poreuses qu'ils semblent tous s'embrasser et ne pas savoir comment finir, comme s'ils pouvaient ne jamais s'arrêter, toujours durer, même tout bas. Comme si on avait à faire à une seule et même ritournelle.
Je suis déjà content que tout s'emboîte (rires) ! Je vise toujours la cohésion des morceaux.


Avec l'instrumental "New York" qui fait une transition en plage 6...
Oui, il fait la liaison entre la première partie de l'album, l'organique et la plus vieille - elle a deux ans - et la seconde, plus électronique. Car voilà, au départ, par rapport au précédent, ici mon envie c'était d'enregistrer plus d'instruments live et de mettre plus d'arrangements, avec de vrais cuivres, de vrais hautbois... Si j'avais réussi à tenir ce cap lors de la production, j'aurais pu faire un album entier sur ce parti pris, mais, comme je te l'ai dis, j'ai échoué. J'ai donc viré beaucoup de morceaux sur ce mode-là et j'en ai sélectionné d'autres, plus électro et nouveaux, qui m'étaient venus facilement. Et finalement j'ai trouvé intéressant qu'on puisse voyager au sein d'un même album entre des choses organiques et d'autres plus électroniques qui refont le lien avec Happiness.


Tu avais décris Happiness comme un road movie musical entre Dead Man et Twin Peaks. Un disque très imprégné de l'idée que tu te faisais des autoroutes américaines quand tu étais gamin. Comment décrirais-tu l'univers d'Evenfall ? Quelles en seraient les balises artistiques ? A nouveaux des films, des images ?
Je ne sais pas, j'ai l'impression que cet album est plus musical...


Parce que ces dernières années tu as été plus musicien que jamais ?
Oui, ça joue...


Parce que tu as enfin mis de vraies images sur ces autoroutes qui te faisaient rêver ?
Non, pas forcément, parce que le fait de découvrir les Etats-Unis génère encore du rêve. Ça vient se confronter à ton imaginaire mais en un sens c'est autre chose. Surtout que c'est grand et qu'il faut du temps pour vraiment s'imprégner d'un lieu... En fait, dans l'ensemble mon processus de composition n'a pas changé. Niveau musique je pourrais par exemple te dire que j'ai beaucoup écouté Arcade Fire, Sufjan Stevens, Beirut et Animal Collective et que d'une manière ça m'a forcément influencé, mais ce serait réducteur, car un morceau est toujours inspiré de différentes sources. A l'influence musicale se joint l'influence de ce que je vis, de ce que j'observe du monde, de la société et de mon passé.


A quoi ressemblait ta vie pendant l'écriture d'Evenfall ?
A de nombreux allers-retours entre Paris et Philadelphie, en Pennsylvanie, où je suis parti vivre. La majeure partie du disque est liée à ces voyages. Vivre là-bas m'a vraiment touché. Par exemple à Philadelphie tu as des églises qui jouent une musique un peu féerique - ce n'est pas des cloches, plutôt des carillons - tu ne sais pas forcément ce qu'elle signifie - un appel au culte, une cérémonie ? - mais parfois quand tu te balades dans un parc tu entends ça au loin alors forcément quand tu rentres chez toi et que tu te remets à composer ça se retrouve dans un de tes morceaux, tout comme l'imaginaire qui peut surgir lorsque tu prends ta voiture pour te promener dans les superbes paysages des forêts de l'est américain.


Cette atmosphère de forêts enchantées et de carillons chrétiens est très palpable sur chacun des morceaux de l'album. On y retrouve plus que jamais ton côté enfant de chœur accro de pianos aqueux...
Oui, le piano est sûrement l'instrument dont j'ai le plus joué sur ce disque. En fait j'avais deux vieux pianos sous la main, un piano d'étude anglais à Paris - je me l'étais fait payer dans le cadre d'une musique de film qu'on m'avait commandée - et un énorme piano du début du siècle à Philadelphie, avec des dorures et tout. C'est ma femme qui l'avait trouvé dans la rue à la sortie d'un bar. Il est à moitié cassé mais c'est vachement agréable de jouer dessus. C'est un univers en soi. J'ai donc pas mal composé de morceaux directement au piano, notamment la première partie du disque.


Ces morceaux ont fait naître en moi des images de lac à fleur de peau et de ciel doux, mi-clos, quand on ne sait plus si on est le jour ou la nuit, sur terre ou sous l'eau. J'ai pensé aux Nymphéas de Monet...
Je ne connais pas... Mais c'est marrant que tu aies vu tout cela parce que lorsque je produisais ces morceaux en studio, innocemment, j'avais tendance à les assimiler aux différents jeux de lumière que tu peux avoir dans une journée. Je comparais des parties de vibraphone à des scintillements de soleil, ce genre de choses. Et cette comparaison était nourrie par le fait que je travaillais beaucoup ces morceaux dans des transports en commun. Que je sois dans un bus quittant la campagne ardéchoise à l'aube ou en vol de nuit vers les Etats-Unis, j'avais le nez collé au paysage lorsque je les réécoutais. En voyageant souvent entre ces deux pays j'étais souvent victime du décalage horaires et c'est sûr que ça m'a amené à côtoyer des états d'esprit où tu perds un peu le sens du jour et de la nuit !


(Suite.)

 


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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