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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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11 juillet 2006 2 11 /07 /juillet /2006 03:26
Je, la Mort et le Rock'n'roll


Chuck Klosterman est ce jeune journaliste américain de Spin et Esquire capable de vanter les mérites plus ou moins cachés de Kiss, Radiohead, Rod Stewart, et de la fidélité ! Un critique rock qui brasse le fourre-tout pop culturel de son temps et surnage sans recourir à la bouée trouée d'une mythologie rock faisandée, ça change. D'où sa médiatisation il y a peu.



Il y a un an de cela est sorti en France aux éditions Naïve le premier roman de Chuck Klosterman, Je, la mort et le rock'n'roll. Une histoire vraie à 85%. Son premier roman en France. Outre Atlantique, il en a trois à son actif : Fargo City Rock, qui dresse l'histoire du courant hair-metal, Sex, Drugs, and Cocoa Puffs : A Low Culture Manifesto, qui collecte des chroniques sur la pop-culture, un peu comme le fait Richard Meltzer dans Gulcher
. Le pluralisme post-rock en Amérique, 1649-1993, sorti en avril chez Denoël. C'est-à-dire un peu à la manière dont Roland Barthes écrirait ses Mythologies s'il les écrivait aujourd'hui) et Killing Yourself to Live, soit Je, la mort et le rock'n'roll en V.F. A ce dernier succédera en août (mais pas chez nous qui devront prendre notre mal en impatience) un quatrième ouvrage, malicieusement intitulé Chuck Klosterman IV: A Decade of Curious People and Dangerous Ideas. Je, la mort… est le plus romancé du lot.

Détourner le cliché Kerouac
Romancé, mais auto-fictionnel à 85% comme l'annonce le sous-titre, clin d'œil à cette
légendaire falsification (esbroufe ?) dont usent les critiques pour jouer du style et en mettre plein la vue. Ce dégraissage massif de toute mystification, ces "juste" 15% de delirium fictionnel qui restent au fond du tamis, c'est justement ce qui fait de ce livre un livre super frais, attachant. Sympathique, si j'ose dire. Vivant. Ces 300 pages se sifflent d'une traite parce qu'elles partent d'un scénario bien cliché (genre Sur la route de Kerouac) pour mieux nous mener ensuite, tenue de route acquise, hors des sentiers battus. C'est l'histoire d’un critique rock que sa boss envoie sur les routes du continent pour glaner des news sur les différents lieux où les rock stars ont trouvé la mort. Et l'on dévore ces pages parce que l'ironie s'y invite de très très belle manière, rayonnant, désarmante, sur les (rares) analyses musicales et les multiples (puisqu'on à affaire à un roman) digressions de Chuck. L'ironie de ses phrases refléte l'acuité de son regard, sincère. C'est pour cela qu'on suit Chuck. Parce qu'on est tenu par son ironie et son écriture simple, humaine, humoristique, mais à peine déjantée, surtout pas déjantée, juste drôle, sans masques, sans artifices, pleine de dérision et de bons sentiments, de dérision dans les bon sentiments. L'ironie réaliste et lunaire de son regard et sa voix nous égaye. Cette ironie qu'on retrouve en dénominateur (détonateur ?) commun de tous ses livres, elle fait sens. On ne peut plus sens.

Débrousailler le rock de son mythe
Si Chuck ne triche pas, ne monte pas en épingle, ni le rock, ni le reste, ce n'est pas le fruit d'un calcul, d'un effort : c'est que ce n'est tout naturellement plus l'époque, plus la peine. Il ne surjoue pas son engagement à la cause (rock), ni sa défense chic et smart, smart et chic, du bon goût (pop). Il a une phrase gimmick symptomatique de cet état de fait : "Mais QUOIQU'IL EN SOIT". A chaque fois, cette phrase leitmotiv le rappelle à l'ordre quand il menace de trop dérailler, de trop se prendre au jeu de la digression, de trop se prendre au sérieux et d'abuser de ses pouvoirs auxquels sa fonction lui permettrait d'abuser. "Mais QUOIQU'IL EN SOIT" et hop ! il zappe, élague. Il est défait de toutes ces vieilles branches. Il est redevenu le type normal. Ce type un peu nu et paumé dans son "périple routier" qui "déambule (…) dans l'espoir de trouver quelque chose" qu'il pourra "définir comme métaphorique", mais "Il n'y a rien ici". Nevermore métaphores. Il est ce type un peu nostalgique, Nick Hornby sur les bords qui a peur de passer les meilleures années de sa vie "à traverser la réalité en somnambule", que les meilleures années de sa vie ce fut quand lui et ses potes écoutaient "Creep", de Radiohead sans arrêt sur MTV et étaient "unanimes à trouver que les accents de la guitare de Johnny Greenwood évoquaient ceux d'une tondeuse à gazon." Ou alors que ce fut plus récemment d'"arpenter désespérément les fossés du Mississippi rural dans l'espoir de comprendre la majesté satanique de Robert Johnson", ce qui "ne sera pas évident à expliquer à quelqu'un" quand il aura 50 ans, car le "contexte sera inimaginable."


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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