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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 21:33
King of the gonzo ?

 


19 mai. 23h. En concert privé au Divan du Monde, Ghinzu a fait table rase avec son Sweet Road To Saïgon II (comprenne qui lira l'interview). Une tuerie d'autant bien venue que l'inertie m'avait frappée deux jours plus tôt devant la belle PJ.


Contrairement à leur dernière prestation parisienne du Bataclan, les belges n'ont pas laissé planer l'ombre d'un doute. Tout le monde a repris forme humaine au contact de leur furie. Issus de leur dernier album, Mirror Mirror, et de son célèbre prédécesseur, Blow, chaque morceau fut énorme, même ceux chantés en français, "Je t'attendrai" et "Chocolate Tube". Ghinzu redevenu roi du rock - "‘til we faint" ! - le critique a retrouvé l'usage de ses jambes pour twister et de ses deux mains pour applaudir. Mêlé dans une même joie à ses semblables, il a même soutenu un type qui se faisait tancer d'être trop expansif. Ok, il beuglait "Come on guys !" toutes les deux secondes, qui plus est un peu trop près de filles maquées, mais merde où va-t-on si on ne peut plus se lâcher à un concert de rock ! Et comment ne pas crier à bord des montagnes russes de Ghinzu ? O joie de suer dans son cuir et de crier à son tour. Ce type donnait l'impression d'être à un concert de brit pop au milieu des nineties. Et le groupe sur scène n'y était pas pour rien. Mais 5h plus tôt, resté sur sa frustration du 3 avril (un bassiste en interview, un concert en demi teinte) animé d'une certaine envie d'en découdre, le critique rencontrait enfin le boss, John Stargasm.

 


"garder le truc sauvage et organique dans la musique et dans l'image"


"l'expression de "blockbuster intelligent" définit bien Ghinzu"



Bonjour John. Le 3 avril à l'occasion de votre concert au Bataclan j'ai interviewé Mika, votre bassiste et comme le média qui m'amenait était Gonzaï, ce qui est encore le cas cette fois, on avait commencé par parler d'Hunter S. Thompson. J'avais d'ailleurs appris que votre premier groupe s'appelait Las Vegas Parano. Si tu veux bien on va donc commencer par là : que peux-tu me dire sur le grand Hunter ?
Ah, Hunter Thompson, le seul, l'ultime, l'auteur de La chasse aux requins ! Je devais avoir 18 ans quand je l'ai découvert, peut-être même moins. J'ai été happé par le côté simulé de ses reportages, cette idée qu'on pouvait faire soi-même l'événement pour se faire sujet et non le chemin classique : faire un sujet sur un événement. Là-dessus, je trouve qu'il a été vachement avant-gardiste, surtout quand tu vois le journalisme d'aujourd'hui. Parce que finalement tout n'est plus que communication : on fait un événement en ayant déjà planifié tout le rayonnement médiatique qu'on pourrait en tirer alors qu'avant on faisait les choses sans trop se préoccuper des médias. Tout ça dépasse de loin le strict secteur de l'industrie du disque.


Là c'est aussi John le publicitaire qui parle ? Parce qu'il paraît qu'en plus de la musique tu travailles aussi dans la pub...
Oui, mais je ne suis pas dans le côté "presse", je ne suis pas dans les mots. Je travaille comme directeur artistique donc je suis plus dans l'image. C'est un boulot que j'ai pris au moment de rentrer dans la vie active. Parce que tu dois savoir que rares sont ceux qui vivent de leur musique et voilà, il me fallait un métier pour bouffer.


En même temps, directeur artistique, il y a pire comme job alimentaire !
Oui, mais certaines personnes font les choses pour les avoir faites, d'autres les font pour les faire et moi je fais partie de ceux qui essaient de faire les choses pour les faire et les avoir faites. Pour moi c'est important d'avoir un boulot qui m'amuse et m'épanouit. Que ce ne soit pas juste un gagne-pain.


(Un membre du staff déboule pour signaler un problème de matos. J'en profite pour switcher sur la question du concert de ce soir.) C'est étonnant de voir qu'un groupe qui fait du gros son comme vous dans une salle aussi petite que le Divan du Monde. Que nous réservez-vous ?
Le set qu'on va faire s'appelle The Sweet Road To Saïgon II. C'est un set qui va crescendo.


Tous vos sets ont un nom ?!
Oui, parce que la set list et la mise en scène sont des choses fondamentales dans un concert. Par exemple notre set de festival sera plus tranchant et s'appellera The Deadly Bite of the Metal Member.


Ah, ok. Et comment s'appelait le set du Bataclan ?
A l'époque il n'avait pas encore de nom. On l'a finalement baptisé The Kamikaze I.


Aha. Je te demande ça parce que ce soir-là vous étiez en sous régime pendant toute la première partie du show. Et ça ne semblait pas voulu, plutôt l'effet de la fatigue...
Ce n'est pas une question de fatigue, c'est juste que c'est bien qu'il y ait un peu de tout dans un concert d'1h10, des passages mélodiques et d'autres plus énergiques, surtout que Ghinzu sait faire les deux. La retenue c'est quelque chose que j'apprécie parfois dans un concert.


Oui mais au Bataclan vous aviez vraiment l'air fatigué ! A la fin du concert tu as même dit au public que c'était plus lui que vous qui avait fait le concert...
Non, je pense qu'au Bataclan on avait un bon set et qu'on avait bien joué... Ce que je veux dire c'est que nos concerts sont tout le temps différents. Parce qu'on a peut-être un gros son comme tu dis, mais contrairement à d'autres groupes qui sont plus produits sur scène et qui avancent sur des rails, nous on laisse plus de place au hasard et à l'interaction avec le public. Ça ne veut pas dire qu'on n'aime pas ce genre de spectacles, au contraire, nous aussi on aime parfois imposer notre truc comme si tu regardais un film ou une pièce de théâtre, mais on aime aussi se laisser contaminer l'attente des gens. Avec Ghinzu les gens savent qu'
ils peuvent participer s'ils le veulent. C'est une affaire d'intelligence de masse.


Ok. Technologiquement, votre rock est assez riche. La pochette de Mirror Mirror, votre dernier album, en témoigne. Votre musique est-elle difficile à retranscrire sur scène ?
Pas vraiment, même si on a toujours besoin d'une période d'adaptation. A nos débuts on jouait dans des petites salles. Aujourd'hui, on ne peut plus trop le faire. L'album fini, on sort du studio et on se retrouve directement devant de vastes audiences. Mais ça ne change rien au fait que nos prestations sont toujours perfectibles car comme je te le dis c'est au contact du public que nos concerts prennent forme.


Tout à l'heure on parlait de ton boulot de directeur artistique. Ghinzu ce n'est pas que de la musique, c'est aussi de l'image. Tout ça c'est un univers qui t'habite depuis longtemps ?
Non, enfin je ne sais pas... On est quand même très loin d'un positionnement de grosse production américaine... C'est-à-dire qu'on n'est pas de très bons musiciens. Si on joue un morceau à la Broadway tout l'intérêt et le côté grinçant de la musique va venir du fait que c'est une composition difficile jouée par des personnes qui sont plus dans l'énergie que dans la technique. Et c'est pareil avec l'image : ici aussi je tiens à certaines maladresses. Ça peut être par exemple de jouer dans un café pourri avec tes costards dont les cols sont un peu usés. Contrairement à d'autres groupes, chez nous les choses ne sont pas parfaites, sophistiquées, et c'est ce que j'aime : garder le truc organique et sauvage tant en terme d'image que de musique. Par exemple je n'ai jamais dit à Greg de faire le clown sur scène. Il fait ce qu'il a envie de faire et c'est fondamental dans la sensation que nos concerts dégagent.

 


Ghinzu est donc un vrai groupe, une vraie démocratie ?
Ce n'est pas une question de démocratie, c'est juste une question de savoir si certaines choses doivent être préméditées et jusqu'où elles l'être. On aime être stylé mais c'est naturel. Sur scène on n'est pas dans un rôle étranger à ce qu'on est.


Récemment une expression Hollywoodienne m'est venue pour qualifier vos disques et vos shows. J'ai d'ailleurs vu que d'autres l'avaient utilisée à votre sujet. Cette expression c'est celle de "blockbuster intelligent". Qu'en penses-tu ?
Bah ça dépend de ce que tu entends par "intelligent" mais si c'est le fait qu'on reste ouvert au hasard et aux maladresses, oui pourquoi pas... Tout à l'heure on parlait d'Hunter Thompson et des dérives journalistiques actuelles où la communication précède l'événement. Hé bien on peut faire le parallèle entre ça et notre musique. Je veux dire, pour nous l'idée de blockbuster est forcément absurde parce qu'on ne s'inscrit pas un industrie musicale comme elle l'est aux Etats-Unis. Aucun moule préalable ne conditionne notre musique. On ne sait pas ce qu'on va raconter avant de nous lancer dans un album. On le fait, tu te prends dans la gueule et après c'est à toi de dire si t'aimes ou t'aimes pas. Alors voilà, comme les interviews ce n'est pas notre job et qu'on ne sait toujours pas trop ce que raconte notre disque une fois fini, on rame un peu pour en parler, mais c'est bien, ça nous amène spontanément à réfléchir à ce qu'on fait. Là encore, rien n'est prémédité. Cette interview, c'est toi et moi discutant à cet instant précis. Je cogite en live pour répondre à ce que tu me dis.


Je vois ça. Pour en revenir à cette idée de "blockbuster intelligent", je trouve qu'elle vous va bien parce qu'elle illustre bien le côté gonzo de Ghinzu, à savoir emprunter les codes du gros rock US tout en les pervertissant avec une approche plus déviante, spontanée...
Oui, c'est culturel. Parce que comme je te le dis la musique belge comporte une certaine maladresse que la musique américaine n'a pas. Par exemple entre nous on ne parle pas anglais mais on chante en anglais parce que les groupes qui nous ont donné envie de faire de la musique chantent en anglais. Donc voilà, chez Ghinzu, dans l'attitude comme dans l'émotion, il y a cette dynamique d'imitation. On absorbe plein d'influences intéressantes mais elles ressortent déformées par le prisme qui nous est propre en tant que groupe. Je ne sais pas si ce que je dis a du sens mais oui, pour ce qui est du mélange de références, l'expression de "blockbuster intelligent" définit bien Ghinzu.


C'est marrant que tu parles souvent de maladresses à propos de votre musique parce que j'ai remarqué que Ghinzu provoquait des avis tranchés. Il y a ceux qui vous adorent et ceux qui ne comprennent pas votre musique, qu'ils trouvent too much, ridicule, pathétique...
Je ne trouve pas que notre musique soit assez subversive ou pointue pour déclencher des avis bipolaires à ce point. J'ai l'impression qu'elle reste relativement facile. Elle s'adresse à tout le monde. D'ailleurs à nos concerts il y a autant des kids de 13 ans que des gens de 50. Si des gens n'accrochent pas à ce qu'on fait c'est donc plutôt lié au fait que notre style de rock alternatif n'est pas le leur, ou que notre image les dérange parce qu'ils n'y trouvent pas certains repères de crédibilité...



(Suite et fin.)

 

Photos de concert par Rod du Hiboo.com


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

Jay 02/06/2009 12:36

Splendide itw. Ce type est brillant (plus que sa musique)

SYLVAIN FESSON 04/06/2009 10:56


Merci... (pour lui, aha)


AlainG 01/06/2009 23:03

Et Pour faire suite à cette belle interview, des photos de leur concert privé au Divan du Monde sur Soul Kitchen

SYLVAIN FESSON 04/06/2009 10:56


Ok, je vais aller voir "ça".