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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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30 juin 2006 5 30 /06 /juin /2006 02:11

Ainsi parlait le mythe, l'écrivain en chanteur

Malgré mon jeune âge (26 ans), j'ai rencontré Gérard Manset (61 ans), parent terrible de la chanson française, par deux fois. La première à l'occasion de son dix-septième album, Le Langage Oublié (2004), la deuxième à l’occasion de l’album qui a suivi juste après, Obok (2006), dernier en date. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Manset est rare. Manset se terre. C’est un mythe. Art muré de chansons mélancoliques en diable, sur le monde, les hommes. Un Sphinx que d’aucuns aimeraient faire parler. Sur ses morceaux aux voies impénétrables. Sa vie qu’il tient secrète. Portrait et entretiens.


Manset, l'anti-Johnny


Le seul qui lui ressemble, c’est Jean-Louis Murat. Frère cadet ennemi. Dévorés par la nostalgie (ce bonheur gagné des paradis perdus), leurs univers paysagistes et misanthropes (ce dégoût de la bêtise humaine) sont gémellaires. Même veine, médiévale.

Ils partagent une fascination pour les grands bluesmen (Neil Young). L'envie de mêler, transcendées, deux cultures qu'on dit irréconciliables : l'énergie du rock, ses secousses rythmiques, presque vocales, et l'écriture scalpel plus cérébrale-ornementale du français.

 
Ils ont failli pactiser, Manset produire Suicidez-vous le peuple est mort, premier 45 tours de Murat. Mais il n’aime pas ses arrangements, veux juste le mettre derrière un micro avec sa gratte. Propose un rapport de soumission. Murat refuse. Plante Manset sur Les Champs.

Autre blocage invoqué par le lover Auvergnat, devenu bizarrement par la suite assez médiatique : son aversion pour la manière qu'a Manset de regarder les filles et l’aspect parait-il trop name-dropping parigot de sa conversation. Bref, trop égaux à ego ces deux-là.

Ils n’étaient pas faits pour s’entendre. Parties du même atome, se repoussent. Mais fruit de la même "mauvaise graine" de poète, ils partagent un mépris : pour Johnny, qui incarne à leurs yeux la rock-star beauf label France. La baudruche dans toute sa splendeur.

Ils sont l’exact inverse de Johnny. L'inverse d’une bête de scène, d’un ersatz franchouille d’Elvis, d’un mythe coquille vide. Murat chante ça dans un pastiche sur son très pop A Bird On A Poire : "On confond encore Johnny Vacance et Elvis Prestley."

Johnny est leur négatif. Surtout de Manset. Même génération. Inflexions communes dans la voix. L'idole des jeunes et l'idole à jeun. Mais ils rêvent tous deux de plus ou d'autre chose. Surtout Johnny, de dérision, au cinéma. Manset d’être Rimbaud, de son vivant.


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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