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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 02:24
Les liaisons dangereusement soniques

Après 5 années de galère, le 29 mai dernier Un Homme et Une Femme Project (HFP) sortait enfin son premier album, Alamera (Kitchen/Warner). Ce 12 juin, le groupe ouvrait la soirée Indie Rock à la Flèche d'Or, nous gratifiant de trois quart d'heure d'haute tension noise rock qu'on n'est pas prêt d'oublier. Mais après 5 années de galère, HFP n'est toujours pas tiré d'affaire.


"American Psycho" Les chansons s'enchaînent, sans temps mort, lacets lacérés d'une même course effrénée contre la montre, l'amour, la mort. Le désir les taraude, jusqu'à la maladie parfois. En mode impératif, Frank chante-parle crûment (sa voix ressemble à s'y méprendre à celle de Dominique A), de "cul", de "jambes longues et fines", de "tous ces gens qui grouillent et se replis", de "crever les ventres de nos mères" et "parle à ton père" (ce qu'il faudrait que je fasse). Leur romantisme à la Easton Ellis jaillit devant une maigre audience qui afflue par grappes progressives, et se fait prendre au piège. En extase au plancher, les pieds marquent le rythme de cette course effrénée.


"Défier les anglais"
HFP tient la distance. Joue la longueur, la tension. Ses morceaux tendus de bruit blanc dépassent souvent le canon pop des trois minutes et quelques (surtout sur scène). Comme Encre, Mansfield Tya, Verone et Arman Méliès, ils sont de cette lignée (saignée ?) post Dominique A et Diabologum qui sait sculpter bruit comme silence, dire et taire, ne pas transiger entre
rock et chanson, entre importance (française) du texte et importance (anglo-saxonne) du son. Les deux cohabitent, et nouent de dangereuses liaisons. HFP signe le retour d'un rock lettré avec des ailes et du corps, un rock lettré électro-charcuté défiant les anglais sur leur propre terrain.

"Batteur héro" Au terme de cette trajectoire lyrique implosive, tout finit à terre, plié dans un déluge sonique
, les trois membres libérant l'énergie retenue de tout le concert dans un corps à corps obscène avec leurs instruments, leurs amplis, cul par-dessus tête. Dérapage forcené carambolant Crash!, Taxi Driver et Sonic Youth, Scorsese, J.G. Ballard et Thurston Moore (chez HFP on reste cultivé, même dans le saccage). Ouch ! "Je n'ai jamais entendu ça, lance une spectatrice, à chaud. Il est fascinant ce batteur. Pourtant le chanteur n'est pas mal, ses textes en français sur du rock comme ça, ça rend bien. Mais sans le batteur le groupe n'est rien."

"Noyau dur du trio" Ça faisait presque deux ans que je n'avais pas vu HFP sur scène. Depuis le 7 mai 2004 pour être précis, alors qu'ils ouvraient pour Elista à Sceaux. A l'époque, le trio testait une formule à quatre, avec une guitare de plus, tenue par le frère de Kevin. Aujourd'hui revenus au noyau dur identitaire guitare-basse-batterie, ils sont plus cinglants que jamais, capable de vraiment tordre leur matériel sur scène. Nicolas, leur manager, confirme l'évidence : "C'est comme ça que ça marche le mieux, parce qu'ils se connaissent par cœur."



"Industrie lourde"
C'est d'ailleurs lui, Nicolas, ex-bassiste du groupe Elisa (enregistrant actuellement son deuxième album) qui a mis les sous pour sortir l'album d'HFP. Sous gagnés avec le succès public et radiophonique d'Elista (poussant le groupe à suivre actuellement une voie mainstream, mais sans Nicolas). Ça faisait bien deux ans que HFP souhaitait sortir ce disque. Entre temps, ils ont dû se battre pour mettre en place les impératifs "extra-musicaux" exigé par l'industrie (lourde) musicale : label (Kitchen Music, le leur), attaché de presse, distribution (Recall/Warner), partenariats Férarock, retombées presse, etc. Alors qu'ils doivent défendre le premier album, ils ont déjà la tête dans le second, "depuis six mois, un an", glisse Kevin, dans un sourire, doucement crispé.


Ils seront en session acoustique OUI FM ce jeudi 15 juin, et en tournée fin 2006, actuellement en préparation. Ils n'ont pas de parrainage Bayon-Libération (comme Arman Méliès), ni même l'épaule de Dominique A pour jaillir sous les feux de la rampe (comme les Mansfield Tya qui ont reçu
"une standing ovation plus grand encore que celle de Dominique A" en assurant sa première partie à La Cigale dernièrement, nous apprend Dominique Marie, attaché de presse de HFP, qui était présent). Mais je vous invite à les découvrir, les soutenir. Pour que leur route semée d'embûches soit aussi pavée de bonnes intentions. Ils le méritent.

photos Amélie Cordier

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

sylvain 14/06/2006 18:54

Bah oui, pourquoi pas hein !Ils ont un myspace bien sûr, j'ai pas eu le temps de mettre ça en lien... ça va venir.J'ai bien noté ton concert le 21 juin à 15h, mdiathèque d'Issy les Moulineaux, j'essaierai fort d'être là et pas en solo si possible.Pour ce qui est de l'organisation/accueil de la Flèche d'Or, je ne sais pas trop ce qu'il vaut en tant que musicien programmé (ou pas), n'en étant pas un, et n'ayant pas affaire à eux.Après, il est vrai que le lieu a changé et s'est réorienté plus "branché" et "cosy-stylé", avec une prog qui en jète, donc peut-être qu'ils se la pètent "en conséquence" (si j'ose dire)A bientôt "on stage" Juko !

juko 14/06/2006 10:11

bon va falloir ecouter ce groupe aussi maintenant!
dis en passant est-ce que les gens de la fleche etait cool? because 2 fois sur 3 j'ai trouvé l'acceuil digne d'une boite branchouille parisienne qui se la pète et je me demande si je suis le seul à trouver l'ambiance un peu pete-cul, malgré une sacré programmation gratos en plus