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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 02:21

Les liaisons dangereusement soniques


Après 5 années de galère, le 29 mai dernier Un Homme et Une Femme Project (HFP) sortait enfin son premier album, Alamera (Kitchen/Warner). Ce 12 juin, ils ouvraient la soirée Indie Rock à la Flèche d'Or, nous gratifiant de trois quart d'heure d'haute tension rock qu'on n'est pas prêt d'oublier. Mais après 5 années de galère, HFP n'est toujours pas tiré d'affaire.


La route est semée d'embûches pour un jeune groupe qui souhaite percer dans le circuit rock. Encore plus s'il adopte une démarche pointue, aussi intransigeante que celle d'Un Homme et Une Femme Project. Franck, Steve et Kevin – plus anglo-saxon que leurs prénoms, tu meurs – pratiquent une chanson noise cinglante, dont le succès critique est inversement proportionnel au succès tout court.

"Presse à distance"
Pour l'instant leur incandescence séduit un cercle restreint. Depuis la sortie de leur premier opus, elle fait se déchaîner les journalistes l'espace-temps d'une chronique – Les Inrocks louent une "gifle" renvoyant "Raphaël à ses études”, Magic! un trio s’aventurant "au delà de tout espace privé et de toute pudeur”, Rock&Folk "une détermination et une élégance rare". Les groupes français de leur trempe ne courent pas les rues. Mais pour l'instant la presse reste à distance : aucune 'interview.

"Ruminer l'affront" Franck (guitare-chant), Steve (batterie) et Kevin (guitare-basse) réservent donc leurs explications sur scène. Manque de pot, ce soir la galère frappe. Pour cause de chaleur (enfin estivale) et de Coupe du Monde, la salle affiche quasi désert. Sourcils circonflexes et mutisme glacé, Franck semble remonté, ruminant l'affront de ne pas avoir plus de monde à se mettre sous la dent. Les gars accueillent la déconvenue avec le faux calme de ceux qui se rient du mauvais sort. Et vont en faire frapper à coup sûr, fort.


"Rage dedans"
Dès les premiers accords, ils soufflent par leur force d'implosion ; balafrent de leurs morceaux qu'on dit à juste titre croisant le fer entre rock New Yorkais (style Sonic Youth, Interpol) et chanson française (style Brel, Dominique A). Ça joue physique. Steve mène. Les rythmes martiaux et cavalcades qu'il cogne tiennent littéralement l'affaire, sommant Kevin de jouer dense son glacis coupant de lourdes lignes de basses. L'un dans l'autre, on n'entend pas trop les paroles de Frank, qui surajoute à la furie rythmique les stridences de sa guitare, mais ce n'est pas grave : fulminant de rage à la manière de Ian Curtis, l'énergie qu'il dégage fait passer le message.



"Mirwaïs, jeune"
Devant si peu de monde, ils pourraient jouer à l'économie. Et depuis le temps qu'ils jouent ces morceaux, ils auraient pu en tarir la source. Mais non, le sentiment d'urgence est total. Les chemises trempées noires jusqu'aux os. On sent que la galère a été profitable, a fourbit leurs armes. Les chansons en jètent, l'esthétique et l'attitude aussi. Son, fringues, gueules – qu'ils ont pâles, anguleuses et aimables à la Taxi Girl (Frank ressemble à s'y méprendre à Mirwaïs, jeune), tout est carré, super rodé chez HFP. Noir, froid. Plus cohérent que ces trois-là, tu meurs.

photos Amélie Cordier

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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