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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 19:33

Désarmant





"Ne pas faire de grand déballage lacrymal"


"Voir le banal de façon merveilleuse nettoie l’œil"








Tout à l’heure, on parlait des références qu’on te collait à l’époque d’eNola et Jeff Buckley était l’une des plus visibles. Or à l’heure de ton album solo, on compare plutôt ta musique à celle de Sébastien Tellier, avec son album L'Incroyable Vérité notamment, et sa "Ritournelle" au piano de Politics, son deuxième album. Il y a un monde entre ces deux comparaisons ! Cela te va ?

D’abord, je suis surtout super content qu’il y ait des gens qui disent ça. Je connais un peu ses deux albums en fait, et quand le deuxième est sorti il y avait dessus un morceau qui s’appelle "La Ritournelle" qui est splendide. C’est le genre de morceaux que je jalouse de ne pas avoir écrit. Quand j’entends ce genre de morceaux je me dis : "Pourquoi n’ai-je pas eu l’idée ?" Sur son premier album, il y a vraiment plein de morceaux magnifiques. Et puis il a un côté barré qui est vraiment marrant. Moi j’aime beaucoup ce qu’il fait et j’aime beaucoup le personnage et après oui, musicalement on va dire qu’il y a des accointances, sur les nappes de claviers psychées, le côté aussi assez mélancolique. Je sais que lui par exemple il est beaucoup influencé par Robert Wyatt, qui est quelqu’un que j’estime pas mal aussi, même si je pense que ça se ressent beaucoup moins dans ma musique. Donc oui effectivement il y a sans doute des points communs donc moi j’étais plutôt content de cette comparaison.

Tes morceaux ont une base folk, mais ils virent post-rock dans le sens où tu effaces les repères trop évidents, où tu développent d’autres pistes mélodiques et épure en même temps l’ensemble dans une légèreté vaporeuse. Est-ce donc du post-folk ?
Oui, il y a un peu de ça, mais pour le coup ce n’est pas quelque chose de réfléchi. En essayant d’approfondir ce que j’avais vraiment envie de faire, au niveau de la musique comme au niveau du texte et du champ, ça a abouti sur ce truc-là. Dans cette musique il y a effectivement pas mal d’influences post-rock, mais on va dire qu’il s’agit du pendant le plus dépouillé du post-rock, ce n’est pas Constellation (label canadien très pointu en la matière, nda), ce n’est pas Godspeed (groupe phare de cette écurie). C’est des trucs plus attirés vers l’acoustique quand même et vers l’épure.

Cette musique vaporeuse et épurée t’a-t-elle poussée à remodelée ton écriture en conséquence, à appréhender différemment le texte pour qu’il ne viennent par surcharger l’ensemble ?
Non, les textes me sont venus assez naturellement donc je n’ai pas eu à chercher. En fait je pense que c’est peut-être le point commun le plus évident avec eNola, parce que je n’ai pas eu de démarche particulière. C’est-à-dire que je travaille toujours en écrivant dans un premier temps la mélodie de la musique et celle du texte que je fais par-dessus en yaourt et petit à petit j’écris le texte en français là-dessus, mais sans me poser de questions. Il n’y a pas de démarche générale. Il m’arrive parfois de me dire que j’écris un truc et que ce n’est pas terrible donc j’arrête, mais je ne me suis pas dit que j’allais faire soit des textes très autobiographiques soit complètement barrés psychédéliques avec plein de métaphores.

As-tu écrits ceux de l’album dans un état d’humeur précis ?
Non, ça vient naturellement, quand le morceau commence à être vraiment élaboré, le texte commence à s’installer car je me penche dessus pour mettre un peu plus d’émotion dans le morceau.

Ils sont quand même assez ciselés ! On sent que tu as un souci d’écriture, que ce n’est pas secondaire, pas juste un complément de la musique.
Oui, je suis assez exigeant, mais après ça vient naturellement. Parfois ça vient très très vite. C’est assez rare, mais il y en a qui sont venus en 2-3 heures et il y en a qui traînent parfois six mois, mais ce n’est pas grave : dans la mesure où il y a déjà un couplet et un refrain, je peux le jouer comme ça pendant pas mal de temps et après petit à petit le faire évoluer pour écrire la suite.

Tes textes sont très abstraits. De quoi parlent-ils en général, on peut savoir ?
Non ! (rires) Ce n’est pas que je veux cacher quoi que ce soit, disons qu’il n’y a pas de volonté d’hermétisme, je ne fais pas en sorte que mes textes ne soient pas compréhensibles, j’essaie juste de faire en sorte qu’il y ait différentes grilles de lecture, différents niveaux de compréhension du texte pour que chacun puisse y voir un peu ce qu’il veut, un peu comme dans un tableau abstrait par exemple où chacun va y voir en fait ce qu’il est, c’est un peu un écho de lui-même dans la toile ou dans le texte. J’essayais vraiment de faire quelque chose qui ressemble à ça, de faire en sorte que la personne puisse mettre un peu d’elle-même dans le texte, de ne pas faire de grand déballage lacrymal sur ma position soit d’amoureux transi, soit d’artiste…

Ta musique est romantique alors qu’elle ne parle pas de nanas…
Oui, il y a des textes qui peuvent sembler vraiment romantique et puis si on les lit d’une façon plus politique ça peut être des textes qui sont assez surprenants. Sur le 7 titres, il y a par exemple un morceau qui s’appelle "En Face" et qui est vraiment pris pour une petit chanson romantique (moi à la base je savais très bien qu’il y avait ce double sens dans le texte), mais à la base je l’ai surtout écrit dans un sens politique. Je parle des gens qui sont déçus des mouvements politiques. Je l’ai écrite à la suite des élections présidentielles de 2002, pour moi ça a vraiment été une grosse baffe.

Transposer ce thème-là dans un univers poétique, ça ne doit pas être facile ?
Bah le but c’est ça. De toute façon, je pense que mon rôle comme le rôle de je pense tous les musiciens c’est d’ingurgiter plein de trucs. Moi je lis beaucoup de choses, je vais au cinéma, j’écoute énormément de disques, j’en achète plein, je vais en concert, j’ingurgite, je suis une éponge et petit à petit toutes ces influences je les digère et j’en fais quelque chose qui me correspond, avec ma personnalité j’en fais quelque chose qui est différent. Même quelque chose comme une grande déception politique, avec le recul je le digère et ça fait un texte dont on a l’impression que c’est une petite amourette, quelqu’un qui est déçu de l’infidélité de son ou de sa partenaire, et puis qui est parti.

Qui a-t-il en ce moment dans ton éponge, au niveau livres, au niveau disques, au niveau films ?
Au niveau disques, il y a des tonnes de choses mais je vais essayer de réfléchir aux trucs les plus récents : Devendra Banhart, le dernier album j’adore. Julie Doiron aussi. C’est une canadienne, le dernier album est vraiment super. Shannon Wright et Yann Tiersen. Je suis vraiment un grand fan de Shannon Wright et là je trouve que c’est bien, c’est une autre facette, ça fait vraiment une entité, les deux mondes se marient à merveille, ça fait un truc assez improbable mais je trouve que c’est super beau.

Et en cinéma ? Es-tu très cinéphile ? Ta musique semble très cinématographique, très visuelle. Vois-tu des images quand tu écoutes ta musique ?
Non, pas trop en fait. Je ne vois pas trop d’images, mais par contre je suis attaché à certaines ambiances, j’aime bien le cinéma qui est assez contemplatif, j’aime bien quand on nous laisse le temps de regarder les choses, et ce que j’aime surtout aussi au cinéma c’est qu’on nous fasse voir des choses affreusement banales de façon merveilleuse. Ça permet un peu de nettoyer l’œil, c’est-à-dire que ça permet de réenchanter le monde. Moi quand je sors d’une salle de cinéma, je regarde le parking où je me suis garé et je le vois complètement différemment. J’ai l’impression que ces néons que je trouvais hideux en arrivant sont en fait sublimes, je trouve que l’éclairage est sublime, que les poubelles qui sont sous l’escalier et qui étaient toutes crades je trouve que c’est magnifique, ça permet vraiment de renouveler son regard. Et dans la musique, c’est ce genre d’atmosphères que j’aime bien. Par exemple dans tout ce qui est post-rock j’aime bien ce coté contemplatif, assez lent et puis assez étrange aussi. C’est-à-dire que parfois ça peut être des bruits, quelque part c’est pareil que l’image. Quand on ressort de chez soi et qu’on entend le réverbère qui grince parce que il y a un orage, on se dit : "Tiens, finalement plutôt que de considérer ça comme une nuisance c’est peut-être un élément poétique". Voilà, la musique, le cinéma, ou même la littérature ça permet de poétiser un peu notre monde et le voir un peu différemment. Je pense qu’avec le quotidien on a tendance à tout dénigrer, mais en fait quelque part tout peut paraître extraordinaire.


(Suite et fin.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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