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Journaliste passionné de musique et d'interviews fleuves, j'ai créé Parlhot pour pouvoir m'étendre à ma guise et en toute franchise sur les artistes et les sujets qui me touchent et toucher en retour des gens en quête de style et d'esprit critique..
Méliès ne parle pas "qu'aux mouettes". Octobre 2004 au Lucernaire, cinéma d'art et d'essai du 6e arrondissement de Paris : nous sommes avec l'auteur du tout chaud tout frêle Néons Blancs et Asphaltine pour faire le pont entre vous et son univers intime. Univers à son zénith sur l'acclamé 2e opus, Les Tortures Volontaires.
"Aujourd'hui, il ne reste qu'une seule chose importante sur mes disques, c'est le silence", confiait Mark Hollis, feu leader de Talk Talk (à Jean-Daniel Beauvallet des Inrockuptibles), à l'époque de Laughing Stock (1991), qui reprenait la recherche musicale en rupture (marqué par Debussy, Ravel et le free-jazz, Hollis se lance dans une musique expressive où les respirations laissent apparaître la fragilité de l’être) initiée par Spirit of Eden (1988), avant de partir en solo (1998).
Arman Méliès, alias Jan Fieve, ex-guitariste chanteur du combo pop-rock eNola pourrait faire sienne cette réplique. En 2003, il quittait les cimes de ce rassurant lyrisme pour côtoyer son silence, construire en solo sa propre langue, élaguée au possible, genre post-folk. En exergue de pochette : "Music won't save you from anything but… silence… et c'est déjà beaucoup." Gravé sur la galette, en plage 11 : "Hollisong", en hommage à Mark Hollis. Echappée belle, Néons Blans et Asphaltine acquis succès critique et public du milieu indé.
En mai 2006, reparti de plus belle, Arman largue les amarres et impose tout à la fois son univers. Deuxième opus, Les Tortures Volontaires, c'est son Imprudence, son Fil, sa Fossette, plus flamboyant et limpide encore, avec à bord lui et son cortège de mots cryptés, d'influences (Ennio Morricone, Low, Neil Young) et de camaraderies (Sébastien Tellier, Sébastien Schuller, Syd Matters) alchimisées. Méliès désarme et titille des sphères plus larges.
"On n'avait pas approfondi notre singularité" "J'avais plein d’idées plus décalées en tête"
A la base, les gens te connaissent en tant que leader-chanteur du groupe eNola. Comment t’est venu cette idée d’album solo ? Cela te tentait-elle depuis longtemps ? Non, c’est venu un peu par défaut en fait car après la sorti de l’album d’eNola (Figurines, nda) le tourneur avec qui on devait bosser nous à un peu planté donc la tournée a été écourtée. Derrière on s’est donc dit : "Ne perdons pas de temps, réattaquons directement". On nous prêtait un studio à Arcueil, on a donc été y squatter en juillet et août, et en fait on a composé quasiment tout l’album suivant dans la foulée. Mais comme on voulait avoir un peu de recul par rapport aux morceaux, qu’il était trop tôt pour le sortir et qu’on avait des divergences d’opinion au sujet des méthodes de travail avec le label, du coup ça a pris pas mal de temps.
Sur quelles questions divergiez-vous avec le label ? Dans un premier temps, on n’était pas complètement satisfait de la façon dont ils avaient bossé le premier album. Personnellement, avec le recul, je trouve que le premier album d'eNola n’est pas super. Je ne l’aime pas trop. Au niveau des compos, je trouve qu’il y a pas mal d’erreurs. On ne s’était pas encore trouvé à l’époque. Car ça a été assez vite pour le premier album d'eNola. On a formé le groupe, derrière il y a eu des concerts, des contacts de différentes maisons de disques et hop ! on a opté pour un label parce qu’on se disait : "Tiens, c’est un petit label qui a l’air motivé".
Cet album avec eNola, c’était ton premier album ? Oui, et donc on avait composé plein de morceaux, peut-être dans des styles un peu différents, mais sans jamais vraiment chercher à approfondir notre singularité. Et comme les morceaux étaient bien en eux-mêmes, que ça marchait bien sur scène, on ne s’est pas posé plus de questions, on a été en studio, on a enregistré. C’est maintenant, avec le recul qu’on se dit que ce n’est peut-être pas ça qu’on voulait faire, mais bon ça c’est l’expérience, ce n’est pas grave. Du coup, pour le deuxième album on voulait une démarche qui soit quand même un peu plus personnelle et on souhaitait enregistrer l’album durant un plus long laps de temps, c’est-à-dire aller en studio de temps en temps, poser quelques idées, avoir du recul, les retoucher, faire sans arrêt comme ça, ce qui n’était pas possible en travaillant comme on l’avait fait pour le premier album car le label nous avait dit : "Le studio, c’est de tel date à tel date, vous y allez vous enregistrez", la démarche classique. On a donc essayé de voir si on ne pouvait pas produire l’album nous-même puisque Antoine (Gaillet, ndlr), le bassiste, est ingé-son. C’est lui qui avait produit le premier eNola, qui a fait pas mal de truc derrière, comme Cyan&Ben, M83, des trucs comme ça, et puis mon premier album en tant qu'Arman Méliès. Mais le label n’était pas trop chaud pour qu’on le fasse dans notre coin, ils disaient : "Nous, on est producteur". Donc finalement on a procédé comme ils voulaient, c’est-à-dire qu’il y a eu une grande phase d’écriture des morceaux et puis en mai dernier on a été en studio et on a enregistré les morceaux. Sauf qu'il s'est passé beaucoup de temps entre la composition de l’album et l’enregistrement, peut-être un an et demi, et au bout de deux mois j’étais déjà complètement dingue, je disais : "Qu’est-ce qu’on fait ?".
Tu avais déjà d'autres idées ? Oui, j’avais déjà pas mal de morceaux dans mes tiroirs.
A l’issu du travail en groupe ou d’un travail purement personnel ? En fait, dans le travail en groupe, j’amène toujours pas mal d’idées qu’on modifie après ensemble. Donc à la base, il y a pas mal d’idées qui sont de moi. Là on avait entre 15 et 20 morceaux, et comme on n’allait pas en faire cinquante juste pour le plaisir de les mettre à la poubelle, il restait plein d’idées que je n’avais pas présentées et c’est vrai qu’elles étaient sans doute plus décalées par rapport à l’univers du groupe, peut-être un peu trop personnelles dans la musique ou dans les textes. C’était peut-être un peu trop intimiste. Puisque j’avais du temps, je me suis dit : "Je vais commencer à travailler ces morceaux tout seul pour voir." Et puis derrière, j’ai fait écouter les maquettes à Antoine et il m’a dit : "C’est bien, vas-y on se lance".
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