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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 00:56
Désarmant



Arman Méliès ne parle pas "qu'aux mouettes". En octobre 2004 au cinéma d'art et d'essai Le Lucernaire dans le 6e arrondissement de Paris j'ai rencontré l'auteur de Néons Blancs et Asphaltine pour discuter de son univers musical. Univers à son zénith sur son 2e album, Les Tortures Volontaires.








"Aujourd'hui, il ne reste qu'une seule chose importante sur mes disques, c'est le silence"
, confiait en 1991 Mark Hollis, feu leader de Talk Talk à Jean-Daniel Beauvallet des Inrockuptibles. C'était à l'époque de  Laughing Stock, album qui poussait encore plus loin la recherche musicale de cet homme marqué par Debussy, Ravel et le free-jazz. Démarche initiée en 1988 par Spirit of Eden pour que la musique ne soit plus qu'une respiration laissant affleurer, sans ses creux, la fragilité et la vérité de l'être.
Arman Méliès, alias Jan Fieve, ex-guitariste chanteur du combo pop-rock eNola pourrait faire sienne cette réplique de Mark Hollis. En 2003, il quittait les cimes d'un lyrisme confortable post radiohead et jeff Buckley pour s'aventurer en solo dans ce genre de silence, et donc construire sa propre langue, élaguée au possible, genre post-folk. En exergue de la pochette de Néons blancs et asphaltine, son premier album en tant qu'Arman Méliès était marqué ceci : "Music won't save you from anything but... silence... et c'est déjà beaucoup." En plage 11du disque : "Hollisong", en hommage à Hollis. Boucle bouclée. En mai 2006, reparti de plus belle, Arman largue les amarres avec son deuxième opus solo, Les tortures volontaires, plus flamboyant et limpide encore, avec  son cortège de mots cryptés et d'influences trois étoiles : Robert Wyatt, Ennio Morricone, Low, Neil Young. Avec ce disque, le jeune homme rejoint une sorte de confrérie invisible où l'on trouve Sébastien Tellier, Sébastien Schuller, Syd Matters. Méliès désarme et titille des sphères plus larges.
.
 


"Avec eNola on n'avait pas approfondi notre singularité"


"J'avais plein d’idées plus décalées en tête"











A la base, les gens te connaissent en tant que leader-chanteur du groupe eNola. Comment t’est venu cette idée d’album solo ? Cela te tentait-elle depuis longtemps ?

Non, c’est venu un peu par défaut en fait car après la sorti de l’album d’eNola (Figurines, nda) le tourneur avec qui on devait bosser nous à un peu planté donc la tournée a été écourtée. Derrière on s’est donc dit : "Ne perdons pas de temps, réattaquons directement". On nous prêtait un studio à Arcueil, on a donc été y squatter en juillet et août, et en fait on a composé quasiment tout l’album suivant dans la foulée. Mais comme on voulait avoir un peu de recul par rapport aux morceaux, qu’il était trop tôt pour le sortir et qu’on avait des divergences d’opinion au sujet des méthodes de travail avec le label, du coup ça a pris pas mal de temps.

Sur quelles questions divergiez-vous avec le label ?
Dans un premier temps, on n’était pas complètement satisfait de la façon dont ils avaient bossé le premier album. Personnellement, avec le recul, je trouve que le premier album d'eNola n’est pas super. Je ne l’aime pas trop. Au niveau des compos, je trouve qu’il y a pas mal d’erreurs. On ne s’était pas encore trouvé à l’époque. Car ça a été assez vite pour le premier album d'eNola. On a formé le groupe, derrière il y a eu des concerts, des contacts de différentes maisons de disques et hop ! on a opté pour un label parce qu’on se disait : "Tiens, c’est un petit label qui a l’air motivé".

Cet album avec eNola, c’était ton premier album ?
Oui, et donc on avait composé plein de morceaux, peut-être dans des styles un peu différents, mais sans jamais vraiment chercher à approfondir notre singularité. Et comme les morceaux étaient bien en eux-mêmes, que ça marchait bien sur scène, on ne s’est pas posé plus de questions, on a été en studio, on a enregistré. C’est maintenant, avec le recul qu’on se dit que ce n’est peut-être pas ça qu’on voulait faire, mais bon ça c’est l’expérience, ce n’est pas grave. Du coup, pour le deuxième album on voulait une démarche qui soit quand même un peu plus personnelle et on souhaitait enregistrer l’album durant un plus long laps de temps, c’est-à-dire aller en studio de temps en temps, poser quelques idées, avoir du recul, les retoucher, faire sans arrêt comme ça, ce qui n’était pas possible en travaillant comme on l’avait fait pour le premier album car le label nous avait dit : "Le studio, c’est de tel date à tel date, vous y allez vous enregistrez", la démarche classique. On a donc essayé de voir si on ne pouvait pas produire l’album nous-même puisque Antoine (Gaillet, ndlr), le bassiste, est ingé-son. C’est lui qui avait produit le premier eNola, qui a fait pas mal de truc derrière, comme Cyan&Ben, M83, des trucs comme ça, et puis mon premier album en tant qu'Arman Méliès. Mais le label n’était pas trop chaud pour qu’on le fasse dans notre coin, ils disaient : "Nous, on est producteur". Donc finalement on a procédé comme ils voulaient, c’est-à-dire qu’il y a eu une grande phase d’écriture des morceaux et puis en mai dernier on a été en studio et on a enregistré les morceaux. Sauf qu'il s'est passé beaucoup de temps entre la composition de l’album et l’enregistrement, peut-être un an et demi, et au bout de deux mois j’étais déjà complètement dingue, je disais : "Qu’est-ce qu’on fait ?".

Tu avais déjà d'autres idées ?
Oui, j’avais déjà pas mal de morceaux dans mes tiroirs.

A l’issu du travail en groupe ou d’un travail purement personnel ?
En fait, dans le travail en groupe, j’amène toujours pas mal d’idées qu’on modifie après ensemble. Donc à la base, il y a pas mal d’idées qui sont de moi. Là on avait entre 15 et 20 morceaux, et comme on n’allait pas en faire cinquante juste pour le plaisir de les mettre à la poubelle, il restait plein d’idées que je n’avais pas présentées et c’est vrai qu’elles étaient sans doute plus décalées par rapport à l’univers du groupe, peut-être un peu trop personnelles dans la musique ou dans les textes. C’était peut-être un peu trop intimiste. Puisque j’avais du temps, je me suis dit : "Je vais commencer à travailler ces morceaux tout seul pour voir." Et puis derrière, j’ai fait écouter les maquettes à Antoine et il m’a dit : "C’est bien, vas-y on se lance".



(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lustucru 13/07/2008 01:37

je me demande combien il a de gilet, j'aimerai voir sa penderie, si c'est comme dans les men in black version melies, que des gilets ;-).c'est bien ton blog on remonte le temps et on voit les connections c'est plutot sympa.je l'ai vu à la fleche d'or un soir d'ennui profond télévisuel à l'horizonje dirai que le monsieur a de bonnes melodies une écriture singuliere mais que sur scene bon la voix c'est con hein la voix le grain de voix c'est le truc un peu comme le blanc d'oeuf battu pour faire tenir la mousse, chez lui c'est pas assez battu pour mes oreilles ;-).(ps je suis evidement nul en cuisine)

Sylvain Fesson 13/07/2008 01:45


Quel fouineur tu fais !
Cool.
Récemment je l'ai vu sur scène et c'est pas tant sa voix qui m'a géné que le fait que ses nouveaux morceaux sont plus pop-rock et que du coup ils s'enchainent moins bien les uns aux autres ce qui
fait qu'on perd en envoûtant, en univers... on se retrouve plus fasse à des chansons classiques accolées les unes aux autres là où avant il y avait un vrai climat, un vrai voyage, très personnel...