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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 17:42
Bébête show ?




"je suis aussi ce fou qui jette parce qu'il a peur de sa propre folie"


"la première fois que j'ai vu l'urinoir de Duchamp, j'ai voulu pisser dedans"




L'amour, ça aide aussi à accepter ses défauts, sa bêtise ?
Ah ça c'est sûr ! On se prend des claques monumentales. L'amour, ça te remet souvent en place. Quand tu vis avec quelqu'un tout d'un coup ça te renvoie ta propre médiocrité. Tu as devant toi quelqu'un qui admet ta bêtise et qui en fait quelque chose. Parce que c'est bien beau la bêtise, mais il faut trouver de l'intelligence en face pour qu'elle soit admise. C'est un jeu de miroir. Un mec bête, tout seul, il est bon pour l'asile, et ça c'est chiant ! Parce que souvent ce qui cloche c'est qu'il n'a juste pas trouvé de public. Ça c'est affreux. D'ailleurs ça donne l'art brut, des gens dont on découvre, après leur mort, qu'ils ont fait des choses extraordinaires à l'asile. Ils trouvent alors un public, mais c'est trop tard. Oui, j'imagine qu'il y a plein de chansons merveilleuses qui s'écrivent dans les ateliers d'écriture des asiles. Il faudrait faire ce qu'a fait Dubuffet à une époque : aller dans les asiles et exhumer toute cette matière. Je pense que je ferai ça peut-être un jour.


Fouiller les "poubelles de la société" ?
Oui, ce qui est considéré comme jetable alors que c'est juste des gens qui n'ont pas trouvé un public. Je suis sûr qu'il y a des milliers de chansons qui valent bien mieux que ce qui se fait dans tous les ateliers de slam en France où il n'y a que des moutons pénibles qui écrivent en vers comme Grand Corps Malade, qu'il y a dans ces asiles des milliers de chansons bien plus passionnantes que toutes ces chansons ultra civilisées et académisées qui sortent chaque jour. Il y a de tels trésors, mais ils sont destinés à la poubelle... Dans ses premières années, le rock a fait naître des chansons extraordinaires. Il y a eu les Shaggs, par exemple. A la fin des années soixante ces trois soeurs anglaises faisaient de superbes chansons en jouant comme des pieds. Elles n'avaient aucune éducation musicale - leur père payait les instruments et les enregistrements - mais elles écrivaient des textes sur ce qu'elles ressentaient et ça donnait des chansons merveilleuses !


Tu écoutes beaucoup de rock en ce moment ?
Oui, mais il n'y a pas souvent cette beauté extraordinaire qu'on trouve chez les Shaggs, où l'auditeur doit participer à l'enregistrement et raccorder éventuellement les morceaux. Quand le rock c'est ça, c'est merveilleux. Mais en ce moment, le rock est souvent sans imagination. Ce que j'aimerais, un jour, c'est de partir recueillir des chansons dans des asiles et d'en faire des espèces de compilation. Ce serait passionnant ! Et j'ai le goût pour ça. C'est ce qu'exprime ma collection de cacas dans Peau de cochon. Ce n'est qu'une espèce de métaphore pour exprimer mon intérêt pour ce qu'on jette tous les jours, pour ce qu'on ne veut même pas regarder parce que ça semble affreux. Ces cacas, c'est aussi une façon de dire que je commence par regarder dans ma propre poubelle pour voir ce que je jette très facilement sous prétexte que ce serait trop bâclé, trop vulgaire...


Est-ce aussi un moyen pour toi de garder les pieds sur terre, de savoir qui tu es ?
Oui, parce que je suis un fou aussi. Un fou qui jette parce qu'il a peur de sa propre folie. Or c'est souvent dans mes poubelles que je vais trouver ce qu'il y a de plus intéressant. Je vais y repêcher ce que j'ai voulu censurer pour être aimé. Sur Huitième ciel, j'avais formulé ce goût-là. Alors sur Robot après tout, quand je jetais des papiers je les reprenais dans la poubelle. J'y ai sauvé des choses intéressantes qui étaient souvent très vite faites, des dessins par exemple. En ce moment, par exemple, je dessine beaucoup et je m'aperçois que plus je traîne sur un dessin moins il a d'intérêt. L'erreur en fait c'est de s'appliquer à faire un truc acceptable.



Suite à Robot après tout, beaucoup de média t'ont présenté comme un "dandy de province", comme si tu étais l'étrange jonction entre bêtise et intelligence, bobo et beaufitude.
Moi je me sens vraiment du monde rural, à fond. C'est dans le corps, les manières. Par exemple, je ne sais même pas faire un nœud de cravate, pourtant j'en porte. Ou si tu me vois manger, c'est imparable, tu vois tout de suite d'où je viens. Alors je sais que si je croise un fils de bourges depuis des générations, il va tout de suite voir qu'on n'est pas du même monde ! Ça, aujourd'hui je l'ai accepté ça. Mais quand j'étais à la fac à Rennes, je le rejetais un peu. On m'appelait Jean Lefebvre en référence à Un idiot à Paris. Parce qu'on voyait bien que je n'étais pas de la ville. C'était la première fois que j'y mettais les pieds. Et la première fois que j'ai pris un appartement, j'avais trop les jetons. Je mettais tout mon mobilier contre la porte au cas où des mecs viendraient pour me voler. Au passage piéton, je ne savais même pas quand est-ce qu'il fallait traverser. Au vert ? Au rouge ? J'avais cette réputation et elle n'était pas fausse. Excepté que je n'avais pas de vache, c'était vraiment Jean Lefebvre dans Un idiot à Paris. Donc ça m'énervait un peu à cette époque, mais j'ai rapidement fait de ce défaut une qualité.


C'est la phrase de Cocteau : "Ce que le public te reproche, cultive-le : c'est toi."
C'est une phrase qui m'a beaucoup marqué. Une fois que tu l'as découverte c'est extraordinaire comment elle te sauve ! C'est comme quand tu découvres l'urinoir de Duchamp, tu comprends tout. C'est-à-dire qu'après en chanson, c'est transposable. Tu peux te dire que normalement telle chanson est pour la poubelle, mais si tu la mets sur un disque ça change tout. Mais bon moi, la première fois que j'ai vu l'urinoir, j'ai tout de suite voulu pisser dedans.


A propos de phrases célèbres, Nietzsche a dit : "L'homme n'existe que pour être dépassé. Qu'as-tu fait en 2006 pour le dépasser ?"
C'est profond ça (silence). Je suis redevenu animal. Alors des fois j'y suis parvenu, des fois non. Je suis pas mal allé dans les zoos cette année. Pour être au milieu de rugissements de lions. Quand tu es au milieu de ça, tu sens qu'il y a un lion chez toi. Mais qui sommeille la plupart du temps. Et c'est pénible le fait qu'il sommeille. Il faut le réveiller. Il faut trouver le moyen. Sinon il disparaît.


Tout à l'heure tu disais que tu reviendrais sans doute un jour aux belles chansons mélodieuses. Ton prochain album sera un chef d'œuvre à la Melody Nelson ?
Déjà Melody Nelson est loin d'être l'album préféré de Gainsbourg. Et moi, je le trouve carrément chiant à mourir. Trop Huysmans, trop fin 19e siècle. J'ai adoré ce disque mais j'ai aussi adoré le détester. Ça m'a fait un bien fou. Et j'ai trouvé pourquoi : parce que dans ce disque Gainsbourg avait prétention à être quelqu'un d'autre. Ce qui n'est pas du tout le cas dans Vu de l'extérieur qui a suivi et qui est plus scato.


C'est plus Gainsbarre...
Oui, il est moins racé mais je le trouve plus passionnant. C'est un terrain vague alors que Melody Nelson est une vraie prison. C'est une prison, ce disque. Alors je ne me souhaite pas ce genre de chef d'œuvres là !


Tu te souhaites des déchets d'œuvres !

Ah, une multitude ! Là, par exemple, je fais un bouquin et ça me plait beaucoup. J'ai acheté un cahier de 150 pages et je le remplis avec ce qui me vient, des souvenirs, des photos, des collages, des dessins, j'écris à la main avec mes fautes d'orthographes, mes ratures...


Malin, tu nous refourgues ta merde maintenant que tu es célèbre !
Ce ne sera ni un journal intime, ni un recueil de poésie, mais un peu tout à la fois (rires) ! Tout est possible et ça me passionne. Parce que je retrouve la joie de construire avec mes mains. J'ai déjà le titre. Ça va s'appeler : Doublez votre mémoire pour un euro de plus. J'ai pris ça dans une publicité pour ordinateurs. J'adore ce titre. Parce que pour moi c'est tout l'intérêt d'écouter un disque ou de lire un bouquin : on double sa mémoire. On la double en volume et on la double en dépassant sa pensée et celle qu'on a lue. Je suis très motivé par ce bouquin.



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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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