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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 18:48
Bébête show ?




"Je ne me sens pas du tout incompris"


"On s'embrasse tous !"



Tu dis que la plupart des gens prennent ton discours en dérision. Penses-tu qu'ils comprennent vraiment ce que tu fais ?
Ah oui, j'ai l'impression d'être pleinement compris. J'ai aussi un public d'enfant et je me sens très compris par eux aussi. Je ne me sens pas du tout incompris. Peut-être que je me leurre, mais je n'ai pas cette impression. Je pense qu'on comprend tout, même quand on ne comprend rien. Moi, je lis des trucs, des fois je ne comprends rien, mais pourtant je comprends tout. Je pense que j'ai la base pour tout comprendre, et tout le monde l'a. Tout le monde perçoit quelque chose, après la difficulté c'est de savoir argumenter pourquoi on aime ou on déteste. Là les problèmes commencent à se poser. Mais tout le monde a en soi les armes pour comprendre ce que dit la personne en face.


Ça incombe au discernement de chacun ?
Oui. La phrase que je trouve la plus horrible et qu'on entend souvent c'est : "Les gens ne vont pas comprendre". Ça, je l'ai entendu, plein de fois de gens autour de moi. Mais quelle horreur ! Penser ça c'est être dans une forme de démagogie complète. Se rendre accessible, aller vers les gens, c'est une connerie monumentale, une façon de penser presque fascisante. Tu te rends compte combien c'est une erreur quand tu vois combien les séries américaines super sophistiquées cartonnent. Elles sont assez géniales. Et si les mecs s'étaient demandés "les gens vont-ils comprendre ?", ils ne seraient jamais allés aussi loin. Les scénarii sont complètement dingues, ils volent la plupart du temps vers le surréalisme mais ça trouve un public hyper large parce que les mecs s'arrangent pour transmettre ça dans une forme accrocheuse. On vit donc une époque où ce genre de question n'a plus lieu d'être.


As-tu été surpris par la subite adhésion des gens à ton disque, à ton délire ?
Non, parce que je ne m'attendais à rien. J'espérais que ça marche évidemment, j'étais à fond, mais je ne traçais aucunes perspectives. Mon espérance c'était : "Les gens vont tout comprendre et adorer". Alors je ne dirai pas qu'ils adorent, n'exagérons rien ! Mais il y a du monde, oui, plus de monde qu'avant. Parce que j'ai fait beaucoup moins de concessions, je n'ai pensé qu'à ma gueule et j'ai vite partagé mes chansons avec les gens qui m'entourent. Ça me permettait de mesurer les réactions et de réécrire tout de suite une chanson si celle que j'avais fait écouter ne parlait pas trop parce que je n'avais pas réussi à rendre les choses intéressantes.


Tu as réalisé ce disque en procédant à des tests consommateurs comme si c'était un blockbuster !
Oui ! Tu parles à quelqu'un donc tu as envie d'être bien reçu et tu ne veux pas ennuyer. Il y avait donc un peu de ça, oui. Et ça peut mener à un jeu passionnant où tu ne perds pas au change.


N'y a-t-il pas dans Vallée 2008, le spectacle de danse que tu as mis sur pieds avec la chorégraphe Mathilde Monnier, encore plus de bêtise que dans Robot après tout ?
Ce spectacle est le prolongement scénique du disque donc le corps entre en jeu et je pense que lorsqu'il y a corps, l'idiotie arrive très vite, de même que l'enfance. Donc oui, avec ce spectacle, l'idiotie latente de Robot après tout est un peu plus déployée. L'idiotie individuelle comme l'idiotie collective. On voit les gens se mettre tout d'un coup à faire la même chose à l'unisson sans savoir exactement pourquoi, comme des robots. Donc il y cette conception robotique de la bêtise et une autre qui est plus de l'ordre de l'enfance. Dans un enfant qui danse il y a assez peu de culture, c'est juste le corps qui commence à bouger, c'est très émouvant. Quand un enfant dessine, c'est aussi très émouvant aussi parce que ce n'est pas très civilisé. Or moi je me sens la plupart du temps écrasé par ma culture, la civilisation. Alors l'idiotie c'est peut-être ça, s'en libérer. Moi, quand je me mets à danser sur scène, j'ai l'impression de parler réellement. Parce que je n'ai jamais pris de cours, je fais ça comme un enfant. De toute façon, tes gestes sont plus forts que ta parole. Quand quelqu'un te parle, la position dans laquelle il se met et les gestes qu'il va faire parlent beaucoup plus que sa bouche. C'est passionnant.


Depuis quand t'intéresses-tu à la danse contemporaine ?
Depuis environ deux ans. Ce qui me passionne dans la danse c'est que ça rejoint plein de choses, la musique évidemment, l'art contemporain aussi et la mise en scène qui permet de construire une vraie représentation du monde. Ce que j'adore dans ce spectacle, c'est qu'on invente un monde qui ne se nourrit que de lui-même. C'est assez narratif. Dans ce monde, on sent qu'il s'y est passé une catastrophe. Et c'est l'histoire de gens qui essaient de survivre et de vivre ensemble malgré les obstacles. On chante, on danse mais ça rejoint donc une performance très art contemporain. Tiens, j'ai appris l'existence de la danse faciale.


Ah ?
Il y a eu des allemands qui faisaient de la danse faciale. C'est quand même assez fascinant. C'est comme le Dada en 1920. Il y avait des gens qui faisaient de la danse immobile. Ils restaient statiques mais pour eux c'était de la danse. Donc je trouve que la danse c'est un lieu de toutes les remises en question, de toutes les audaces. Tu peux travailler dans le ridicule, le grotesque, ce qu'on fait un petit peu dans ce spectacle. Et ce qui est bien aussi, c'est que les gens réagissent. Pas trop à notre spectacle de danse, mais j'en ai vu où les gens gueulaient et quittaient la salle. Donc tout d'un coup il se passe quelque chose. Ça fait combien de temps qu'on n'a pas vu ça en musique ?



Te considères-tu comme un artiste provocateur ?
Non, j'ai assez peu de goût pour la provocation, mais... faudrait pas trop me chercher (rires) !


Tu dois ressentir un certain vertige de voir tous ces gens qui te regardent à présent. Ça ne te chatouille pas de jouer un peu avec cette foule ?
Si, tu y penses surtout quand tu passes à la télé où tu te dis : "Il y a tous ces gens qui te regardent et tout est possible". Après, ce qui compte, c'est ta chanson. Si tu réussis l'exploit que ta chanson soit un scandale en elle-même et puisse quand même passer, là c'est fort. Après, tu peux toujours montrer ton cul, mais c'est trop facile.


Tes concerts sont aussi, par définition, des prolongements scéniques de Robot après tout. Considères-tu, au même titre que Vallée 2008, qu'ils permettent aux gens de se libérer de leur bêtise robotique et de retrouver leur bêtise enfantine ?
C'est vrai que les concerts sont plutôt sauvages. Mais bon, je suis persuadé qu'il y a plein de gens qui aiment ça parce que c'est marrant et distrayant, d'autres parce qu'ils trouvent ça cynique et super déprimant, d'autres encore parce qu'ils trouvent que ces deux choses se côtoient bien. Après, je ne saurais pas dire que l'un a raison et l'autre tort. Moi sur scène, par moments je déteste ce que je fais et par moments j'aime. Il y a des chansons que je trouve atroces, d'autres superbes. Et les chansons que j'adore un jour, je ne vais plus pouvoir les entendre un autre jour.


L'appréciation de tes chansons change radicalement au gré de tes humeurs ?
Oui, tu prends une chanson comme elle te vient à un moment donné. Ce qui compte c'est le moment où tu l'entends, la personne avec laquelle tu l'entends, même l'odeur dans la pièce où tu l'entends. La chanson te touche à cause de tout ça. Si tu écoutes une chanson avec ton père plutôt qu'avec un copain, tu l'apprécieras différemment.


C'est comme un porno, ce n'est pas pareil si tu le vois avec ton père ou avec un ou une amie !
Et c'est encore autre chose si tu le vois en solo !


Ça me rappelle une chose : dans ton précédent disque, Huitième ciel, il y a une chanson qui raconte ce à quoi tu penses au moment où tu te branles. Ce moment ultimement perso fusionne avec une pensée vertigineuse : que font les gens au moment où je me branle ? C'est un peu ton vertige de l'amour à toi. Et on retrouve ce thème de la marée humaine, entre dégoût et fascination, dans Robot après tout. La foule te rend paranoïaque ?
Oui, complètement. J'habite en ville depuis 1998 mais je reste complètement paranoïaque. Paradoxalement, depuis quelque temps, je me jette facilement dans la foule. J'ai fait ça pour la première fois sur une terre bien connue : la Vendée. On tournait le clip de "Louxor J'adore". Là encore, c'était conçu comme une performance. On avait mis des annonces dans Ouest France et sur les murs de la mairie pour réunir des gens comme si c'était une kermesse. Et les gens sont venus. Ce qui est marrant, c'est que j'ai reconnu des gens qui s'étaient moqués de moi à l'époque où je portais mes chaussures de couleurs différentes. Ils étaient là ceux qui me traitaient de tous les noms à l'école, ces gens qui avaient été vraiment durs avec moi ! Et au bout de la journée, je me suis offert en sautant dans la foule et ils m'ont soutenu, j'ai circulé dans leurs bras. C'était comme un baptême pour moi ! Un moment de grâce et de réconciliation génial parce que d'un coup, au lieu d'une bête vengeance, il y avait ce moment d'une humanité dingue, genre : "On s'embrasse tous !" Là on revient à l'image de Jésus qui me poursuit sans cesse.


Je pense que l'image de Jésus poursuit pas mal d'artistes...
Sûrement. Il y avait quelque chose de très beau et d'assez inattendu là-dedans. Cette aventure c'était ce qui pouvait arriver de mieux dans ma vie et que ce disque ait servit à ça, c'est énorme. Parce que je ne me serai jamais jeté dans une foule il y a dix ans ! Surtout pas en Vendée ! Mais là, j'avais la chanson, le manteau de fourrure, le slip et tout d'un coup les gens ont admis tout ce qui était inadmissible quand j'étais ado. Mais parce que j'avais la chanson ! Parce que j'avais ce support pour pouvoir leur parler ! Et ça leur a parlé. Donc c'était un moment très fort.

(Suite et fin.)


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

Cécile 14/03/2009 19:25

Youhou! Il est trop fort Katerine, sur les séries télé ! ;o) Pi sur le reste aussi d'ailleurs... (t'es pas mal non plus dans le genre fort pour les interviews) ...