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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 21:14
Bébête show ?




"
Il faut redevenir le visiteur d'un pays ignore"

"Jésus fut un grand idiot de l'histoire de l'humanité"




Avais-tu déjà en tête l'envie de te créer un personnage pop au moment de la sortie de Robot après tout pour pouvoir porter tes morceaux sur scène ?
Non, le personnage s'est lui aussi construit petit à petit. En fait, tout a commencé sur mon dernier album, Huitième ciel. J'avais créé des personnages que j'incarnais, Boulette et le Général Fifrelin. Ils étaient des espèces de virus dans ce disque. Et finalement je me suis rendu compte que pour Robot après tout, c'était comme si ils avaient copulé ensemble. Mais ça je ne l'ai découvert qu'après coup.


"Mort à la poésie", sur Huitième ciel, n'était-ce pas déjà, chez toi, une déclaration d'intention pour en finir avec un certain académisme de l'art et de la chanson ?
Oui, mais une déclaration que j'étais encore incapable d'assumer. C'était : "Je ne peux pas encore le faire, mais je vais le faire."


A l'époque, tu as d'ailleurs dit que tu détestais la chanson à la Souchon. Et l'on sentait confusément que cette attaque visait la part de Souchon qui t'assiégeait encore.
Ah, certainement ! "La beauté d'Ava Gardner", c'est un morceau que j'aime beaucoup, par exemple. J'aime toujours beaucoup aussi les chansons de Voulzy, mais ça va trois minutes...


Il n'y a pas cette dimension rock'n'roll en prise direct sur l'instinct et la bêtise que tu pratiques depuis Robot après tout.
Ah, l'horreur pour un disque de rock c'est de dire que c'est un disque intelligent ! Ça, c'est affreux. A l'époque, je ne pouvais pas être rock'n'roll. Ça m'a pris du temps. Par pur orgueil. Parce que j'avais l'impression que je valais mieux. Parce que j'avais fait des études, une fac d'arts plastiques à Rennes, etc. J'avais appris plein de trucs, qui me bouffaient en fait. Maintenant, je suis ravi d'avoir appris tout ça, mais à l'époque c'était trop d'un coup. Aujourd'hui, je pense que l'idée même d'aller sur scène c'est accepter ça, ses propres défauts, et les montrer. La scène m'a beaucoup aidé à prendre mes distances par rapport à une certaine image que je pouvais avoir de moi. J'ai accepté quelque chose qui était, au fond, mes ancêtres, mon hérédité. C'est-à-dire le corps que j'ai, comment je me positionne, mes mains de paysans, etc. Ce n'est pas évident d'assumer tout ça, avant je cherchais surtout à le cacher en faisant mes chansons. Je voulais à m'inventer une autre vie.


Avec Robot après tout, on a l'impression que tu as clôt un long chapitre de ta vie en réussissant à faire le deuil de la belle chanson pop pour passer à quelque chose de plus brut, festif, immédiat, rock'n'roll.
Oui, je tournais en rond, j'étais arrivé au bout d'un truc, mais qui reviendra sûrement. En fait, j'ai juste changé d'instrument. J'ai composé non pas sur la guitare, mais sur une machine que je ne connaissais pas, la groovebox, et ça m'a vraiment permis d'aller ailleurs, notamment plus sur le rythme que sur la mélodie !


Cette groovebox t'a permis de "déculturer" ton processus de création ?
Oui, et d'aller à l'encontre de tout ce qu'il y a de pénible en France. C'est-à-dire le goût de la mélodie et de la chanson, genre : "Ah, c'est une belle chanson !" ça, pour moi, c'est de plus en plus pénible comme concept. La jolie chanson ou la chanson sympa, c'est encore pire.


Tu ne voulais pas t'enfermer dans cet artisanat du beau facile ?
Oui et je voulais surtout penser que la chanson française ne fait que commencer. On pense que tout a été fait, mais non, absolument rien. Les formes sont toujours quasiment les mêmes quand on allume la radio, c'est terrible. Il y a très peu d'expériences, ne serait-ce que sur la durée des chansons. Plein de voies ont été trop rapidement abandonnées, comme la mélodie française du début du siècle, celle de Poulenc ou de Satie. Tout ça aujourd'hui c'est un peu lettre morte. Mais pourquoi ne pas déterrer ce genre de choses ? Ça fait un peu présomptueux de dire ça, mais bon ! Le discours est tellement : "Tout a été fait, mélangeons ce qui existe déjà." Ce n'est pas vrai ! Je pense qu'il y a de nouvelles formes et de nouveaux outils qui permettent des choses. Le micro planqué dans l'ordinateur, par exemple, on n'en profite pas. On pourrait enregistrer tout un disque avec ça.


On t'imagine avec ta groovebox comme un homme préhistorique avec deux silex. C'était ça le trip : retrouver l'étincelle ?
Ouais, tout désapprendre par le simple changement de matériel pour essayer de réinventer quelque chose. Ce que j'ai aussi fait avec une petite caméra DV. Ça a donné Peau de cochon. En fait, tu dis toujours la même chose au fond, donc ce qui compte c'est la forme. Là, par exemple, j'essaye de faire un bouquin et je suis à fond dedans. J'ai des feutres, un stylo, de la colle et j'ai l'impression de naître, d'être complètement neuf, ce qu'il faut ! Parce qu'il faut aller dans un truc qu'on ne connaît pas. C'est ça, pour moi, le plus important. Il faut redevenir le visiteur d'un pays ignore.




Dans Robot après tout, tu parles beaucoup des gens, dans ce qu'ils ont d'ordinaire, c'est-à-dire leurs instincts, leurs jouissances, leurs faiblesses. Des choses que tu incarnes aussi en jouant un personnage à chaque morceau. Tu déterres la part maudite ?
Oui, il s'agit de reconnaître la monstruosité du monde qu'on porte en soi. Tous ces monstres qui nous habitent ! La plupart des chanteurs français chantent : "Je suis plutôt philanthrope, j'aime l'amour...", mais quand on voit l'envers du décor, c'est terrible, c'est Johnny qui part en Suisse alors qu'il participe à une émission caritative le dimanche en disant : "Surtout donnez de l'argent pour les pauvres."


Toi, tu ne te censures pas et tu ne t'embellis pas. Tu oses camper un personnage qui fantasme par inadvertance sur Marine le Pen qu'il a vu de dos. On pourrait tous être ce personnage.
Pourquoi pas ? Ce personnage c'est comme s'il était un peu sorti de moi-même. C'est la monstruosité du monde. Chanter "Marine le Pen" n'est pas évident, pas glamour, mais tous les sujets sont intéressants, parce qu'on a tout en soi.


Tu abordais déjà ce genre de thèmes à l'époque des Créatures et de L'homme à trois mains. Une chanson comme "Le simplet" pointait du doigt ta propre bêtise.
Oui, je jouais l'idiot du village. Quand j'étais enfant j'étais obsédé par Jésus. C'était mon héro. Aujourd'hui, en y repensant, je me rends compte que Jésus était le premier idiot sur terre. Enfin, certainement pas le premier, mais un grand idiot de l'histoire de l'humanité. Il faisait des trucs que personne ne faisait, des trucs qui étaient de l'ordre du charlatanisme, et tout le monde se foutait de sa gueule. C'était un mec seul, super seul. Du coup je m'identifiais vachement à lui, ce qui m'a évidemment posé pas mal de problèmes de mégalomanie (rires) ! Ado, j'étais dans une petite ville, en Vendée, et quand je me promenais avec deux chaussures de couleurs différentes ça faisait jaser et ça créait des vrais problèmes dans le centre ville. Et je pense que c'était lié à mon image de Jésus.


Parce que tu osais affirmer ta différence ?
Oui, j'avais envie d'être comme ça. Donc aujourd'hui quand je me retrouve sur un plateau de télévision avec le torse peinturluré d'animaux qui s'enculent, c'est la continuité de tout ça.


Ça donne une approche très sexe, drogue et rock'n'roll du christianisme !
Bien sûr. De toute façon, on peut prendre le christianisme et finir par une orgie. Il n'y a aucun problème là-dessus. C'est très lisible comme ça. Moi quand j'allais à l'église, ça me rendait fout d'excitation de voir les crucifixions sur les peintures, les femmes implorants devant la croix, Jésus avec un simple linge sur le bassin. C'est les images les plus excitantes, enfin de mon enfance.


Depuis Robot après tout, tu joues les cobayes médiatiques et t'offres au public. Ce n'est pas un peu christique ça ?
Oui, mais je pense que ma place est là, dans cette tenue, à tenir ce discours, même si il est pris en dérision la plupart du temps. D'ailleurs ce discours ne m'appartient pas vraiment, c'est le discours de plein d'autres gens.


Robot après tout parle pas mal d'exclusion. Dans l'univers du disque, tu joues le rôle de l'exclu en étant tour à tour le gourou d'une secte et le pauvre humain lambda forcément un peu bête. C'est là que se joue ton discours ?
Oui, c'est-à-dire que personne ne rêve d'exclusion. Moi je n'ai pas envie d'être un exclu. J'ai envie en fait d'être accepté dans un groupe sans changer ma façon de penser et ma façon d'être. J'ai envie d'être aimé tel que je suis.


"Je vous emmerde", le single des Créatures, était-ce une sorte de "Je t'aime, moi non plus" adressé au grand public qui t'ignorait à l'époque ?
Non, je ne souffrais vraiment pas de manque de reconnaissance. Ça allait. Aujourd'hui la donne a un peu changé, mais c'est justement le moment de m'écouter complètement et d'être le plus radical possible. Parce que j'ai la chance qu'un grand nombre de gens écoutent mes chansons au moment où elles sont les plus radicales et me correspondent le mieux. C'est un coup de bol !


(Suite.)


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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