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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 21:10
Eldorado gonzo




"Je suis tombé dans le chaudron"


"les premiers rockers ont inventé un langage"



Comment êtes-vous devenu photographe ?
Quand j'étais adolescent je regardais beaucoup de magazine, genre Paris Match, des magazines d'actualité, des magazines de mode et de décoration. J'aimais bien l'utilisation de la lumière dans les photos de décoration et le regard porté par les photographes de Elle. A l'époque, Elle avait des grands noms : Jeanloup Sieff, David Bailey, Hervé Guibert, Richard Avedon, des gens qui me fascinaient complètement, même si je n'ai jamais fait de photos de mode de toute ma carrière ! A la librairie Brentanos j'achetais chaque année le supplément annuel de populaire photographie. C'est là que j'ai vu les premiers portfolios de nombreux grands photographes américains. Sans faire de photos, en regardant comme ça juste en amateur je me suis donc un peu formé l'œil à la photographie et j'ai acquis une certaine connaissance parce que j'étais capable, en regardant une image, de dire de qui elle était. Ça, c'était en 61-62. Et c'est à l'été 66 c'est là que j'ai vraiment décidé de devenir photographe. Là, je suis parti aux Etats-Unis pour la première fois avec l'idée de faire des portraits de musiciens de jazz, etc. Avant de partir je suis donc allé trouver la revue Jazz Hot, rue Chaptal. C'était une revue que je lisais, j'aimais bien leur ton, etc. Et je leur ai proposé de faire des photos de musiciens. Je leur ai demandé s'ils avaient des adresses à me filer. Ils ont été extrêmement gentils, ils m'ont filé une carte de presse bidon mais surtout un wagon d'adresses qui m'ont été assez utiles sur la côte ouest. Mais surtout, surtout, surtout, dans les bureaux de Jazz Hot à l'époque se concoctait le numéro 0 d'une revue qui allait s'appeler Rock&Folk. Quand je suis arrivé là-bas évidemment j'ai fait quelques portraits de musiciens de jazz, mais aussi de rock, de folk, de blues, quelques inconnus d'ailleurs qui l'ont moins été par la suite. A New York j'ai rencontré par hasard Frank Zappa qui était débutant à l'époque et ça m'a permis de faire des photos de lui et de son groupe, Mother of Invention. A Los Angeles j'ai fait des photos des Beach Boys. Là, j'avais carrément pris rendez-vous. J'avais téléphoné à des directeurs artistiques des maisons de disques pour faire des photos de groupe. J'ai aussi pris des photos du paysage américain qui est un beau sujet en soi. Et voilà, quand je suis revenu des Etats-Unis trois mois après, j'ai montré mes photos et c'est comme ça que j'ai publié mes premières images.


Quelle est la première photo que vous ayez vendue ?
C'est une photo en couleur des Beach Boys que j'ai vendue en automne 66 à un petit mensuel qui s'appelait Formidable et qui était un émule de Salut les Copains. Juste après, il y a eu Rock&Folk.


Comment se passait concrètement votre collaboration avec Rock&Folk ?
J'allais aux Etats-Unis et je leur envoyais parfois des images par la Poste. On était dans les années 60 donc il n'y avait rien qui ressemblait de près ou de loin à Internet ! Et je n'avais aucune commande, c'était moi qui décidais ce que j'envoyais. J'étais pigiste.


Mais un pigiste présent sur le terrain idéal pour un magazine comme Rock&Folk ?
Effectivement, l'époque était tout d'abord très spectaculaire. Et en allant là-bas, notamment en Californie, je suis tombé dans le chaudron et l'aventure sans vraiment l'avoir cherché.


Mais vous partiez là-bas avec votre passion du jazz pour vous mettre sur la voie...
Il y a trois choses qui m'intéressaient : les portraits de musiciens, les sujets de société et les paysages. Les portraits de musiciens je n'en fais plus mais photographier les grands faits de société et des paysages, oui, toujours.


Vous n'avez donc jamais pris le moins cours de photographie ?
Non, rien, pas le moindre stage. Et quand j'ai posé des questions à des photographes, en général ils ont éludé mes questions parce qu'ils sont avares de leurs secrets et de leurs conseils sur leurs pratiques. Mais, Dieu merci, il m'est parfois arrivé de voyager avec des photographes et de les regarder faire et d'en tirer des conséquences !


Dans tout ça, comment êtes-vous venu à écrire sur le rock ?
Au départ je n'écrivais pas du tout. Quand j'ai ramené mes photos à Rock&Folk à la fin de l'année 66 en revenant des Etats-Unis, le rédac chef, Philippe Koechlin à l'époque, m'a dit : "J'aime bien tes photos, super. Est-ce que tu ne pourrais pas nous faire un texte avec ?" Voilà comment j'ai commencé à écrire !


Ecrire, c'était un réel plaisir pour vous ?
Oui, parce que j'avais fait des études littéraires et j'étais plutôt bon dans ce domaine. Ecrire, c'était donc comme le prolongement naturel de mon cursus scolaire. Je vais vous donner une réponse à la Man Ray : je fais en photo ce que je n'arrive pas à faire en peinture et je fais en peinture ce que je n'arrive pas à faire en photo (rires) !


Quelles sont vos photos sur la musique dont vous êtes le plus fier ?
J'ai des photos qui me rendent heureux mais je ne place pas ma fierté dans les photos ! C'est un peu des moments de hasard. Mais des photos qui me rendent heureux, il y en a pas mal oui. Dans les années 60, il y a un portrait de Clapton que j'aime bien, une photo d'Hendrix, un portrait en noir et blanc de Syd Barrett que j'aime beaucoup. Dans les années 70, il y a une photo de Brian Eno à l'hôtel George V, une photo de Zappa. J'aime bien mes premières photos, j'ai une espèce de tendresse pour ces premières photos. C'est l'apprentissage, c'est la découverte, c'est faire des photos sans avoir une éducation photographique, beaucoup de spontanéité.


Quelle musique écoutez-vous en ce moment ?
Beaucoup de choses différentes. Je n'écoute pas spécifiquement une musique. Il peut m'arriver d'écouter des vieux des vieux trucs parce qu'une compilation me tombe sous le nez. J'écoute du blues, du bluegrass, de la country. Mais j'écoute aussi ce qui se fait aujourd'hui car je laisse traîner mes oreilles sur ce qui se fait sur Internet. J'ai une page Myspace et comme par hasard plein de gens de la musique viennent se coller dessus. Donc voilà j'écoute ce qu'ils font et les disques qu'on me donne ou qu'on m'envoie. Et dans les nouveautés, j'ai bien aimé les Kings of Leon. Le nouveau rock américain est pas mal. Ils ont leur territoire.


Sauf qu'aujourd'hui un groupe rock a plus de mal à percer qu'hier car le rock n'est plus ce territoire vierge qu'il était quand vous l'avez découvert. Aujourd'hui le rock c'est au contraire un genre musical surpeuplé et très segmenté.
J'ai connu quoi : les années 60. Voilà le moment où le rock a vraiment compté pour moi, sur le plan professionnel et en tant qu'amateur. Et à l'époque il n'y avait pas énormément de groupes. En comptant large il y en avait une quinzaine. Il y en avait certainement davantage en production locale mais on ne le savait pas parce qu'ils n'étaient pas exportés tout simplement. Je sais que par exemple il existait des dizaines et des centaines de groupes sur la côte ouest américaine, notamment dans le doo wop, mais on ne les connaissait pas, il n'y avait que 2-3 tubes qui émergeaient de tout ça. Aujourd'hui on a accès à des milliers de groupes ! Qui font un peu tous pareil, le même format, la même musique ! Maintenant il y a effectivement énormément de gens sur ce territoire. Musicalement ils apprennent plus vite et sont sans doute plus accomplis que les groupes de l'époque.


Ils sont plus accomplis mais moins originaux.
Oui, les artistes qui ont précédé étaient originaux parce que c'était des absolute beginners. Ce sont eux qui ont inventé un langage et maintenant ce langage est utilisé par tout le monde.


Quels sont vos projets maintenant ? Votre actualité ?
Je viens de finir une expo cet été à New York sur le thème du Summer of love. Récemment une galerie parisienne a exposé mon travail à la Fiac. Donc voilà en ce moment je n'ai pas d'actualité mais j'ai différents livres en cours, différentes expos en préparation, mais je n'en parle que lorsqu'ils paraissent, rien ne sert de vendre la peau de l'ours... !




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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

DouD 08/03/2009 21:55

nononon, il y’ a bien evidemment une marge entre faire l’éloge d’une époque et en stigmatiser une autre, je me sers uniquement des comments pour diffuser une opinion motivée par le texte correspondant, propre a ma sensibilité et dictée par ma subjectivité objective

DouD 08/03/2009 21:53

Alain Dister, c’est son vrai nom ou pas? Ca me fait tellment pensé à sacah distel, j’aime beaucoup sacha distel, un peu moins les rock critics, encore moins les critics de rock critics par contre j’adore les critics de critics rock crtics en mode vraiment très très très critics, parce que c’est la seule connerie qui montre une petite évolution avec le début du 19ème siècle. Victor Hugo, où es tu?? Tu nous manque , toi et ton cortège de censeurs qui savaient faire couler l’encre, le sang et les larmes…

SYLVAIN FESSON 08/03/2009 21:54


Ouais c’est son vrai nom et ça me fait moi même penser à Sacha Distel ! Par contre après je ne te suis pas DouD : dois-je comprendre que pour toi ce que j’écris ne rime à rien ?


Claudie Montellier 08/03/2009 21:51

Pour moi, Alain, c’est le soleil du printemps naissant à Paris autour de l’année 69-70, vers la rue Galande . C’est le meilleur moment de ma jeunesse. Quand j’ai osé vivre et désirer. C’était bien. Alors je t’embrasse post mortem Alain, et avec toi, tous mes amis Claudie Montellier