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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 11:35
Eldorado gonzo




S'il existait quelque chose comme les Victoires de la rock-critic, Alain Dister y aurait gagné plus d'un prix. Né le 25 décembre 1941, "trois semaines après Pearl Harbor, sept mois après Bob Dylan", aimait-il à dire, ce correspondant américain du Rock&Folk de la grande époque a couvert en live l'avènement de la scène hippie, fréquentant comme le pékin moyen des mec qui deviendront les demi dieux qu'on sait. Mais le 2 juillet, des suites d'une longue maladie, à 66 ans, comme le rapporte son Myspace, "Alain Dister s'en est allé rejoindre Jimi, Janis, Frank, et tant d'autres passés devant son Leica."


En octobre 2007, sous le prétexte d'un article "matos" pour un magazine sur les nouvelles technologies, j'avais la chance de m'entretenir avec lui au téléphone. Ce fut mon premier et seul contact avec ce photographe, journaliste et écrivain que j'ai senti à la hauteur de sa réputation, humble, passionnant. Si je vous en reparle aujourd'hui c'est en vertu de ça. J'ai l'impression que l'histoire a retenu peu de témoins aussi humains et pertinents du séisme que fut le rock. Alain Dister était vraiment sur le terrain, la d'où le feu sortait, sacré, mais moins mythologique que pour ceux qui étaient resté en France avec leurs lunettes françaises. Oui, c'est comme ça que je le vois Dister, une sorte d'Haroun Tazieff du journalisme rock, un passionné tellement proche de la naissance de son sujet, et contemporain de son apogée, qu'il n'avait pas à trier, critiquer, mais à être là, ouvert aux rencontre, à l'aventure, et cueillir avec talent. A l'heure où il n'y a plus vraiment de topos rock fédérateur, mais une multitude de critiques qui se marchent sur les pieds en se disputant sur les notions galvaudées de gonzo et de rock-critic, à l'heure où, justement, en la matière ne reste trop souvent que mots, critique, subjectivité et guéguerre d'ego - des voyages immobiles, rien de beatnik, rien qui engage la vie - comme ici (Gonzo = Bonzo) et ici (My Dark Stuff), ça fait du bien de faire le point en revenant à la source. Et si je vous en reparle c'est aussi parce que le 3 et 4 mars dernier France Culture a diffusé une émission spéciale Alain Dister, "Alain Dister, l'absolute beginner", par Anita Castiel, et que l'émission devrait bientôt être disponible en podcast sur le site de radio. Merci à Pierre Mikaïloff, écrivain rock qui a participé au sujet, de me l'avoir rappelé. Flashback sur mon article d'octobre 2007, publié à l'occasion de la réédition de son livre Rock Critic, et interview d'Alain Dister dans la foulée.

Le rock au-dela des clichés




Dans la rock critic, il y a ceux qui ont inventé le genre et ceux font genre. Alain Dister, 65 piges, fait partie de la première catégorie. Il ne porte ni Ray Ban ni cuir ni santiags mais respire le rock comme personne. De 1967 à 1982, cette culture, il l'a tâté in vivo sur sa terre natale, avec son stylo mais pas que. Son appareil photo était aussi de la fête. A l'occasion de la réédition de Rock critic, son recueil de Chroniques de rock'n'roll (1967 - 1982) sorti initialement en 1987, il nous évoque son parcours d'infatigable homme de terrain.


En 2003, je me suis lancé dans l'écriture d'un mémoire sur les rock critic, mémoire que je n'ai jamais fini. Mais il m'a permis de rencontrer les cadors du genre, ceux qui ont installé leurs signatures en haut de l'affiche, dans Rock&Folk, Libé, Les Inrocks, Technikart, de discuter avec eux en long, en large, en travers et dans les coins. Et j'ai beaucoup appris. Notamment qu'être rock critic, ce n'était pas pour moi. Au départ, bien sûr, je voulais en être. Ça me fascinait. Mais ce mémoire m'a vacciné, je vous assure. Etre critique de rock, à la limite, je dis pas, mais journaliste, ça me va aussi.


En fait, être rock critic, il y a ceux pour qui ça veut dire quelque chose, qui n'en démorde pas, pour qui c'est l'œuvre d'une vie, l'accomplissement d'une trajectoire d'autodidacte forcené, une saleté de truc identitaire. Ceux-là, ils ne se considèrent ni journaliste, ni journaliste musique, ni critique de rock, mais rock critic. C'est leur étiquette, leur titre, leur chapelle. Un truc de l'ordre de la mythologie personnelle, de petits arrangements avec soi-même. Faut pas trop décortiquer, pas trop leur chercher des poux. Ce serait d'un coup comme essayer de faire comprendre à Superman qu'il est ridicule avec son slip par-dessus son pantalon. Ils sont devenus ce slip par-dessus ce pantalon. Ces Ray Ban sur ce visage. Des mystifications totales. "On naît rock'n'roll ou on ne l'est pas", vous disent-ils, histoire de tuer le débat (et ouais les kidsss !, pour ne pas le nommer). Vous les égratignez un peu, ils perdent toute coolitude. Ils s'effarouchent, vous lachent : "C'est pas comme ça que vous allez faire votre grande entrée en ville", "Vous êtes lecteur et vous allez le rester" (toujours ce kidsss  éternel, pour moi-même... ça sent la trouille, non ?). Oui, ils parlent comme ça, version mafieux amer, cow-boy de pacotille. Car voyez-vous, ce sont des Rockers. Brrrrr...


Il en reste quelques-unes de ces marionnettes du rock biz, de ceux qui font genre après que d'autres aient créé le genre. Je tairai les noms, vous les savez comme moi, et ils ne sont pas beaux à voir. Ces mecs sont devenus des caricatures du personnage qu'ils se sont crées à 20 piges. Pour exister. Pour être plus qu'un simple fan, plus qu'un journaliste, mais l'écrivain qui sommeille dans le rock critic, la star à l'image de leurs idoles. Ils vous citent tout le temps les mêmes bouquins cultes, vous disent qu'ils ont pris de la drogue parce que telle rock star modèle en avait pris. Oui c'est triste, il y a un côté mouton. Un côté ado. Et il n'y a peut-être rien de moins rebelle qu'un ado. Bref, il y a eux et il y a Alain Dister, photographe et pigiste du Rock&Folk des débuts.





"me frotter à ce qui a donné corps à cette musique"


"ne pas enluminer les choses par projection personnelle"


En septembre votre recueil de Chroniques de rock'n'roll (1967 - 1982) a été réédité. Il s'intitule Rock critic. Ce n'est pas un mot anodin rock critic...
Oui, c'est un mot qui n'existait pas quand j'ai commencé. A l'époque, on n'était même pas critique de rock, on était journaliste, pigistes, mais pas rock critic. Le terme tel que je l'ai orthographié là est arrivé au milieu des années 70 sous l'influence des rock critic américains, notamment Lester Bangs ou des rock critic anglais comme Nick Kent. Et il a donné une crédibilité à cette profession qui n'en est pas une, parce qu'on n'était que des amateurs de rock qui écrivaient sur ce qu'ils aimaient.


En France ce terme rock critic désigne souvent des gens qui fantasment beaucoup le rock sur lequel ils écrivent. Or vous, de toute évidence, vous ne fantasmiez pas votre sujet, vous écriviez ce que vous voyiez, parce que vous étiez là où les choses se paissaient.
C'est vrai que j'ai passé plusieurs années là-bas, que j'y suis retourné fréquemment. Si j'additionne tous les moments que j'ai passé aux Etats-Unis, ça fait un paquet d'années. Mais j'ai passé aussi beaucoup de temps en Angleterre. Je suis un homme de terrain quelqu'il soit, je ne fais pas des plans sur la comète en restant chez moi. J'ai vraiment besoin de me confronter à la réalité des choses. Donc j'avais besoin de me frotter à ce qui a donné corps à cette musique, les gens, le paysage, la société, etc.


Or la rock critic française implique presque par définition cette part de romance et de fantasme parce qu'on appréhende le rock depuis notre sol français, avec notre culture française. Vous, vous n'avez pas exploité cette veine-là.
Ça m'a toujours agacé ces fantasmes, je trouvais ça tellement grotesque confronté à la réalité. Parce que qui dit fantasme dit contre-fantasme, c'est-à-dire rejet. On brûle ce qu'on a adoré. Et toute une presse française fonctionne beaucoup à ça. Et dans les deux cas on est dans l'erreur parce qu'on n'est pas proche de la réalité, pas proche des gens et de ce qui constitue leur musique. Je veux dire : rien n'est spontané, les gens et ce qu'ils font sont toujours le produit d'une société, d'un environnement, d'une langue, d'une culture. Et si on ne se confronte pas à ces éléments-là on passe à côté à des choses. Moi j'ai toujours été extrêmement choqué par les pratiques journalistiques françaises qui consistent à faire des résumés de documentation sans avoir mis le nez sur le sujet ou à enluminer les choses par projection personnelle. Parce qu'ils parlent de telle chose de telle manière, les mecs s'imaginent qu'ils vont être pris dans les filets de machin. Tout ça c'est un peu grotesque finalement.


C'est une des choses qui vous a donné envie de ne pas vous enfermer dans la presse rock ?
Bah vous savez j'ai 65 ans donc j'ai envie de faire autre chose quand même. C'est vrai que ça a été très formateur de travailler là-dedans, de se frotter à cette musique, je l'écoute toujours, mais d'autres choses m'intéressent. La photographie est un moyen de découvrir ces autres choses.


(Suite.)



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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

hélène 04/10/2009 21:03


Ouaa, je suis tombé sur ton blog par hasard en cherchant des infos sur Alain Dister sur Google, et jdois dire que j'aime bcp ton blog! J'aurais bcp aimé rencontré Alain Dister, son livre
Oh Hippies Days a changé complétement ma vie! Bonne continuation, j'ai mis un lien vers ton blog au cas ou!
Bye!


SYLVAIN FESSON 08/10/2009 23:38


Ton commentaire enthousiasmant m'enthousiasme Hélène ;-)
Vive le hasard qui n'en est souvent pas un.
Et ta nouvelle vie impulsée en partie par Oh Hippies Days du cher Dister.

A+


Clandestines 08/03/2009 18:42

Salut, On a organisé des " contre nme awards". Un concept assez simple où il faudrait voter. On attend vos choix. A+

SYLVAIN FESSON 08/03/2009 21:55


Quel rapport avec Alain Dister ???


Arnaud Contreras 07/03/2009 11:42

Merci Sylvain, Super article. Je transmets à sa famiile, cela leur fera très plaisir.AmitiésArnaud Contreras

SYLVAIN FESSON 07/03/2009 13:39


Salut Arnaud,
Je ne sais pas comment tu es arrivé jusqu'à mon article mais je te remercie de ce petit commentaire, ça fait plaisir, de même de savoir que tu le fais suivre à sa famille.
Je publierai la suite de cette interview dans le courant du weekend.
Alors bientôt sans doute 
Amitiés
Sylvain