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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 22:58
Jane d'un seul ?



"Bashung, c'était le trip de mes baby-sitters"


"Aujourd'hui, il entre dans mon univers"


Comment vous êtes vous retrouvez à jouer dans des clips d'Alain Bashung ?
Je suis passée par une agence de casting, je ne sais même plus laquelle.


Un gros concours de circonstances ?
Ah, totalement ! J'étais en maîtrise de cinéma et on m'a appelé pour un casting car j'étais à Paris depuis peu et, comme tous les acteurs qui commencent, j'étais inscrite dans plein d'agences, de pub, de casting, de machin, de truc (rires) !


A cette époque connaissiez-vous l'univers et les chansons d'Alain Bashung ?
Pas très bien parce que c'était plutôt celui de mes baby-sitters. C'est con, mais c'est vrai. Moi, j'écoutais beaucoup de choses anglo-saxonnes, les Cramps par exemple, et très peu de trucs français ! Donc Alain, je ne l'écoutais pas. J'écoutais peut-être un peu "Osez Joséphine", mais ce n'était pas un univers qui m'était familier. Je n'avais pas ses disques.


Depuis vous avez rattrapé votre retard ?
Forcément, ouais. Mais quand l'agence m'a dit que j'étais prise au casting avec Jacques Audiard pour "La nuit je mens", quand j'ai su que je travaillais, j'étais tellement contente de travailler ! Parce que c'était difficile pour moi à l'époque : j'étais en maîtrise de cinéma et j'attendais les coups de fil. Je décrochais quelques petits courts métrages de-ci de-là, mais rien de solide. Alors travailler, avoir une fiche de paie, je vous jure, c'était important ! C'est bête à dire, mais c'est super (rires) !


En plus, v'là le projet !
Oui, c'était Audiard, c'était Bashung. Alors même si ce n'était qu'un ou deux jours de tournage, d'un seul coup avec ce genre de projet, on se sent exister, tout simplement, on se sent vivant.


Après"La nuit je mens" vous avez tourné dans les clips de "Malaxe" et "Faites monter". Tenez, j'ai une anecdote à propos de "Faites monter". Dans le refrain du morceau il y a ces vers : "Faites monter l'aventure / Au-dessus de la ceinture". Je ne sais pas si vous avez entendu le nouveau single de l'ex-Star Académicienne Elodie Frégé, qui s'intitule "La ceinture", mais il y a ces vers : "Rien ne dure / Au dessus de la ceinture". Le texte est de Benjamin Biolay. Et ces vers sont tellement typiques qu'on a du mal à croire que Biolay ne les a pas pompés sur ceux de "Faite monter".
Oui, c'est bizarre. Mais je ne connais pas bien Benjamin Biolay. En tous cas, Alain ne m'en n'a pas parlé. Ah, les croisements entre chanteurs !


Donc vous, vous écrivez en français.
Ah oui, je préfère. C'est trop facile en anglais. Vous dites : "Darling / Let's go dancing" et ça colle. En français, c'est une autre paire de manche. Le français est une super belle langue, mais elle n'est pas facile à chanter. Il faut en faire une musique. Ce n'est pas facile, mais moi j'adore.


Un français prend moins de risque à écrire en anglais ?
A court terme, c'est sûr. Mais à long terme, on prend plus de risque parce que ce qu'on dit disparaît dans le flot.


Oui. Tous les textes du dernier album de Charlotte Gainsbourg sont en anglais et le côté lisse de l'anglais fait qu'elle disparaît totalement dans les musiques de Air. Elle disparaît d'autant plus que, vu son héritage, l'anglais est une esquive, le français un défi. Oser se réapproprier la langue de son père, pour enfin exister en plein.
Bien sûr, mais c'est peut-être ça qui l'angoissait. C'est compliqué pour elle. Je n'ai pas écouté son disque.


Vous, vous osez une langue subtile et "explicit lyrics". Déjà il y a ce titre, Chienne d'un seul.
Moi, je n'ai pas envie d'aller dans le sens du poil, je n'ai pas du tout envie de faire de la musique pour conforter les gens, j'écris ce que je ressens, je ne me censure pas. Je ne fais pas non plus de la provocation gratuite avec des gros mots à toutes les lignes. Du tout. J'ai quand même la prétention de faire des choses poétiques. Mais à partir du moment où l'on est artiste, il faut y aller, on ne va pas commencer à se dire : "Non, ça, ça ne se dit pas". Pitié ! Moi, j'écris comme je respire. Et je chante comme je respire.


De manière autodidacte.
Oui, voilà. Et spontanée surtout, libre. Surtout libre. Surtout à cette époque-ci. Pitié ! Après, il y a peut-être quelques mots durs mais parfois c'est aussi assez joli. En tous cas, c'est sincère. Voilà, moi je ne peux dire que ça. J'écris et je chante ce que j'ai là. (La main montre le ventre.)


Chienne d'un seul est-il fait de fonds de tiroirs ou de morceaux récents ?
Les morceaux les plus anciens ont peut-être six ans. Deux morceaux se sont faits cette année.


Christophe signe la photo de la pochette...
En fait, Christophe et moi avons fait un petit film qui est sur le site. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup et qui m'a toujours vachement épaulé. Je crois qu'il aime bien ce que je fais.


Lui aussi a une relation particulière avec les films, le cinéma...
Oui. Et on a toujours pris beaucoup de plaisir à parler de plein de choses. Et je crois qu'on a une estime mutuelle. Je lui ai donc demandé s'il voulait bien que j'utilise ses photos pour illustrer la pochette. Ça fait du disque un bel objet. Je suis contente, même si je ne le sors qu'à petite échelle. Pour moi, c'est un disque important. De toute manière, ces deux disques sont étroitement liés. Ils ont été faits en même temps. Ce sont des voix parallèles.


Nous venons de parler de l'album de Charlotte Gainsbourg. Des "albums d'actrices" trouvent-ils grâce à vos yeux ?
Oh, je m'en fous qu'elles soient actrices ou pas ! Par la force des choses, comme je chante beaucoup plus que je ne joue, je ne me sens pas comme une actrice qui chante. Je me sens plus chanteuse qu'actrice. La musique, c'est vraiment mon nerf, ce qui me fait tenir debout, ce qui me fait me lever le matin. Le jeu, non. En ce moment, le jeu est totalement absent de ma vie, même si ça reviendra sans doute, par vagues. Je me sens d'autant plus chanteuse que Chienne d'un seul est vraiment ma petite entreprise. Je fais tout : écriture, scène, site, enregistrement, etc. (rires) ! Donc je m'en fiche des actrices chanteuses. Bon, sauf Marlène Dietrich qui est toujours, je trouve, géniale à écouter. Marilyn Monroe aussi. Je trouve qu'elles assuraient ! Elles savaient tout faire. Elles avaient raison. Sinon, je dois avouer que je ne suis pas super sensible à Kiberlain, tout ça. Ce que je fais n'a rien à voir.


Ce que faisait musicalement Gainsbourg avec les actrices, ça vous touche ?
Ah, oui. Parce là, il les embarquait comme un metteur en scène embarque des actrices, donc c'est plutôt touchant. Il les enlevait, hop !


Il jouait au marionnettiste avec elles !
Oui, mais elles le lui rendaient bien. C'était un bel échange. J'aime bien ce principe-là.


Lors de La tournée des grands espaces, Alain a joué avec cette mythologie Gainsbourienne, vous invitant à ses côtés à la fin du show le temps d'un morceau final chanté d'une manière très très langoureuse. Vous apparaissiez comme un simulacre du couple Gainsbourg-Bardot. J'imagine qu'on vous la déjà dit, non ?
Oui, mais ces deux albums disent le contraire. Que je ne suis pas cette image-là.


Mais visuellement, on ne pouvait pas ne pas y penser.
Bien sûr ! Lors de La tournée des grands espaces, c'était assumé, j'entrais dans son univers. Maintenant avec Calamity, c'est plutôt lui qui rentre dans le mien. Et voilà, c'est bien de faire des passerelles entre nos deux univers.


Rodolphe Burger entre aussi dans votre univers. Il joue la guitare blues qui sert de trame narrative au film sonore qu'est Calamity. Vu leur passion pour les univers country western, on s'imagine qu'Alain et Rodolphe sont ravis d'évoluer dans votre univers.
Oui, ça leur va bien. On écoute beaucoup de country, c'est sûr. Rodolphe, j'ai tout de suite pensé à lui pour ce projet ! Je me disais avant même qu'il n'existe : "Si un jour ça voit le jour, j'aimerais vraiment la guitare de Rodolphe." Je trouve que c'est un des meilleurs joueurs français. Son jeu de guitare est magnifique.


Sa guitare évoque tellement la lenteur poussiéreuse du désert et du far west...
Voilà. Un de ces accords, c'est toute une histoire. J'adore Rodolphe !


Mais vous ne voulez pas qu'il vienne jouer sur scène avec vous !
Non ! Parce que lui, comme Alain, ils sont trop connus.


Qui va donc pouvoir égaler son magique jeu de guitare ?
Yan Péchin qui est excellent, extraordinaire. Il me suit depuis le début. C'est avec lui que j'ai fait Chienne d'un seul. Il a travaillé avec Alain sur La tournée des grands espaces, il a travaillé avec Miossec, en ce moment il est sur Thiéfaine, il fait beaucoup de choses. Mais pour moi, c'est vraiment mon frère siamois. D'ailleurs, sur ce disque je le remercie comme mon frère siamois. Parce que pour moi, c'est vraiment ça. Bon, il pourra y avoir quelques occasions où Alain et Rodolphe feront des apparitions. Mais si l'un ou l'autre est sur scène avec moi, ce sera forcément comme si c'était moi qui entrait dans leurs univers. Or cette histoire me tient trop à cœur pour que je reste dans leur ombre.


No way !
Ouais, no way ! Je n'ai pas envie de laisser ma place. C'est bête de dire ça, mais le monde est terrible (rires) ! Et puis c'est Calamity, donc pour une fois on va peut-être lui rendre un peu hommage. Même si c'est plus modeste ainsi, ce n'est pas grave, au moins ce sera fidèle à la réalité.



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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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