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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 01:22
Jane d'un seul ?



"Ce que je fais n'est pas très peace and love"

"des histoires d'amour avec

de l'art autour"


 

Comment travaillez-vous la lecture des textes de Calamity Jane pour la scène ?
Il ne faut pas être trop chiant sur scène.


Oui, parce que c'est un disque qui s'écoute calmement, sur la durée. Ce n'est pas un truc accrocheur qu'on peut écouter dans la rue avec son iPod.
Non, parce que c'est un film sonore. Je le vois comme ça.


C'est un disque qui s'écoute chez soi, limite dans un état de sieste.
Oui, il faut pouvoir se laisser aller à son imagination, laisser les images arriver toutes seules, c'est ce que j'aime bien dans cette idée de faire un film sonore. Pour moi, c'est vraiment ça. Et comment ça se travaille sur scène ? En fait, je ne lis pas grand-chose. Je chante les chansons du disque. Il y en a huit.


Courtes.
Elles sont courtes, oui.


Elles étaient écrites comme ça ?
Ouais. Je ne suis pas du tout formatée comme fille (rire) ! C'est vrai qu'elles sont courtes. C'était comme ça. Less is more. Je n'aime pas trop les fioritures, j'aime bien le côté brut. Et ça lui va bien à Calamity, le côté brut.


Elles sont aussi courtes sur Chienne d'un seul ?
Elles ne sont pas très longues, je crois. Peut-être un peu plus, mais pas beaucoup plus.


Celles de La ballade de Calamity Jane sont très éphémères, presque comme des interludes.
Voilà, Calamity c'était vraiment ça. Il y a effectivement des moments où c'est presque des interludes.


Ce qui nous ramène au désert, au far west. Les chansons passent, fugitives, comme des mirages.
Bien sûr, c'était ça. C'est quand même une ballade au départ, c'est vraiment une errance. Il y a donc des moments où elle chantonne et des moments où elle ne chante plus du tout, où elle disparaît. Pour moi, c'est ça Calamity. Dans Chienne, c'est plus structuré. Mais ce qui est intéressant sur scène avec Calamity Jane, c'est qu'on peut faire quelque chose de très fluide avec ces courts morceaux. En fait, dans le concert, je pense ces huit chansons comme une espèce de chanson de 25 minutes, avec juste quelques phrases de lectures à chaque fois pour faire le lien. 25 minutes de cet album qui durant, mes concerts, feront une espèce de parenthèse dédiée à cette femme. Voilà.


La musique vous donne-t-elle accès à des rôles qui vous permette, en tant que femme, d'exprimer des choses que le cinéma vous permet peu souvent d'exprimer ?
Non, je pense que toutes les émotions peuvent être exprimées ! Que ce soit en musique, au cinéma, en littérature, en tout. Tous les arts sont faits pour ça. Chaque art propose une forme d'expression assez complète et satisfaisante, j'imagine, pour l'artiste qui la choisit. Mais le problème, quand on est acteur, c'est qu'on se plie à une demande. Alors c'est merveilleux quand on est complètement connecté avec le metteur en scène, qu'on en a pour deux mois et qu'on est regardé, qu'on nous cherche dans les coins, qu'on a de la liberté, qu'on est embarqué. Ça doit être magnifique. Moi, je ne connais pas ça.


Mais vous avez connu ça ailleurs qu'au cinéma. A 15 ans vous semblez (cf. son site) avoir eu un rapport très fusionnel avec un photographe qui vous a embarqué dans son univers.
Oui, beaucoup. C'est une très belle histoire que j'ai eue avec Tom Sewell.


Vous avez donc très tôt commencé par une expérience forte de pure égérie.
Ah oui, au sens fort. Pour moi, c'est vraiment important cette période, c'est pour ça que je l'ai fait figurer sur le site. Il y en a eu des milliers des photos avec lui, un de ces jours il faudra qu'on en fasse un livre.


Cette personne continue à faire de la photo ?
Oui et pas que ça (Inexplicablement, elle rit. Il faudra surfer sur le site de Tom Sewell pour tenter d'en savoir plus) ! Il fait beaucoup de choses. Avec lui, j'ai passé trois ans à faire des photos, je me déshabillais partout, dans la rue... On s'est beaucoup amusé.


Ces séances de photos avaient une dimension de happening ?
Oui, ce côté vite hop ! un peu hors la loi, genre on n'a pas le droit, mais on s'en fiche, on fait notre truc. Je rentrais vraiment dans le cerveau de quelqu'un. Et ça, j'ai beaucoup aimé.


Vous jouiez avec cette obsession qu'il avait pour vous ?
Oui, il y avait une vraie connexion visuelle à ce niveau-là. Et j'imagine que ces rencontres sont rares, qu'elles se fassent avec un homme, une femme ou dans le cadre d'une histoire d'amour. Au cinéma, ces rencontres sont rares mais elles sont magnifiques. Je pense qu'un jour ça m'arrivera. J'aspire à ça, donc ça va venir. Mais en attendant la musique me comble beaucoup. Et la scène me comble beaucoup.


Sur scène, il y a tout à gagner, tout, du moins, à prouver...
Ouais ! La situation fait qu'il va forcément se passer quelque chose. On peut plaire, déplaire, énerver les gens, ce n'est pas grave !


Il y a un vrai frottement avec le public ?
Quelques fois il se passe des trucs supers, ça dépend.


Exemple ?
Par exemple au Pulp. J'ai fait un concert au Pulp. C'est quand même une boite de nuit. Une boite qui sonne horriblement, on n'entend rien, c'est monstrueux.


Et au Pulp, il n'y a pas de scène à proprement parler.
Non, on est au niveau des gens. Et comme ce que je fais n'est pas doux, ça ne va pas dans le sens du poil, c'était magnifique de voir tous les gens s'asseoir. Dans cette boite de nuit, les gens étaient assis par terre à me regarder. Ça fait plaisir. C'est qu'il se passe quelque chose. Et c'était amusant à voir, au Pulp, tous ces gens par terre, à fumer. C'était hyper peace and love, alors que ce que je fais n'est pas forcément peace and love, il y a eu cette réaction assez bizarre pour le lieu, c'était marrant. Et puis parfois, on vous traite de tous les noms mais ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave, c'est bien, il se passe quelque chose. Je crois que ce que j'aime le moins c'est quand il ne se passe rien.


Ça vous est déjà arrivé ?
Non. En tous cas, je suis toujours heureuse de faire un concert. Toujours. Je suis toujours contente d'y aller. Même s'il n'y a pas grand monde.


Le texte du Cantique des cantiques vous habitait-il comme vous habitent les lettres de Calamity Jane ?
Non. En fait, c'est juste parce que je me mariais avec Alain. C'était simplement ça.


Une pierre pour mêler art et réalité ?
Moi, j'ai tout le temps eu des histoires d'amour avec de l'art autour. Quand on est amoureux et qu'on est artiste, je crois que c'est une façon de transcender le quotidien, le réel. C'est une façon de dire qu'on s'aimera après la mort. Il y a quelque chose qui m'est presque nécessaire là-dedans, parce que je n'ai jamais aimé autrement. Il y a quelque de bizarre là-dedans.


De passionnel aussi.
Oui, de passionnel. C'est comme graver son nom dans l'écorce d'un arbre, pour moi c'est la même chose. C'est comme de se dire qu'on veut le marquer pour toujours, même si on sait que ça ne durera peut-être pas toujours. Parce qu'on ne sait jamais ce que la vie nous réserve, mais en tous cas, à ce moment-là, on y croit et on a envie de le dire. D'ailleurs se marier c'est ça pour moi. Se marier ça ne veut pas dire qu'on se marie et que ça va durer toute la vie, mais ça veut dire qu'au moins on y croit, qu'on a envie que ça dure toujours comme ça et on a envie de vous le dire.


Le cantique des cantiques n'avait donc pas de signification religieuse pour vous.
Non. Quand on s'est dit qu'on allait se marier, on a cherché un texte parce que le curé nous accueillait dans son église. Mais il ne nous mariait pas religieusement, parce que je ne suis pas baptisée, je ne crois pas du tout en Dieu. Et je le lui ai dit.


Alain, idem ?
Oui, en plus il est divorcé. Bref, ce n'était pas possible de se marier officiellement, mais on est tombé sur un curé intelligent, un mec bien.


Aux derniers mariages auxquels j'ai assistés, j'ai en effet constaté que certains curés s'adaptent aux demandes de ceux qui souhaitent une cérémonie, quelque chose de sacré, mais pas forcément du religieux.
Il y a des cons et des gens bien partout. Et c'est vrai que les gens veulent du sacré. Nous, c'est ce qu'on a dit au curé : "On veut du sacré".


Le sacré a une place importante dans la culture rock.
Le sacré, c'est ce qu'il y a dans l'amour, c'est ce qu'il y a dans la vie. Dans la vie, il y a des moments sacrés, des choses sacrées. Une mairie, ce n'est pas sacré, ce n'est pas très drôle. Moi, je ne crois pas à Jésus Christ mais j'aime bien rentrer dans les églises, allumer un cierge, de la même manière que je rentre dans des temples quand je suis à l'étranger. Les lieux sacrés sont agréables. Ce sont des endroits où vous ne consommez pas, où c'est calme, où c'est beau. En tous cas, ici il y a quelque chose qui est hors du temps.


Comme lorsqu'on va au cinéma ?
C'est vrai ! C'est un peu la même démarche. D'un seul coup on se retrouve isolé dans un endroit neutre. Avec Alain, on cherchait donc des textes pour célébrer notre mariage et on a pensé au Cantique des cantiques qui est quand même LE texte d'amour par excellence.


Un texte très sensuel.
Oui, mais ça dépend des traductions.


Votre Cantique des cantiques est la version qu'en a donnée l'écrivain Olivier Cadiot. Il l'a revisité avec sa science du découpage poétique, tout en épure, ellipse et néanmoins sensualité.
Oui, et c'est le fruit du hasard si on a bénéficié de sa traduction, même si Olivier est un ami. Je me souviens, on était en train de déjeuner avec Rodolphe et on lui disait : "Tu ne veux pas faire un truc avec nous dans l'église, pour notre mariage ? On cherche à faire quelque chose d'un peu spécial autour du Cantique des cantiques." Il nous a dit : "Olivier vient de le traduire pour la nouvelle édition de la Bible." C'était incroyable. Les choses se sont vraiment emboîtées et ce fut une super expérience. Comme quoi, si on laisse faire la vie, elle fait parfois très bien les choses.


Quelle vie sur scène a eu Le cantique des cantiques ?
On en a joué une petite partie pendant toute La tournée des grands espaces, 15-20 minutes. Et puis on l'a joué à l'occasion d'une petite tournée des églises. On a fait la cathédrale de Genève, une grande église à Lille, des chapelles en Bretagne, une petite tournée des lieux bizarres. C'était bien. Encore une fois, c'était complètement hors de tout.


Tout à l'heure nous parlions de la difficulté d'écrire des chansons en français. Les textes de La ballade de Calamity sont en anglais, pourquoi ?
En fait, j'ai découvert le livre en français, mais dans ma tête c'était quand même une américaine donc ce qui m'est venu m'est naturellement venu en anglais.


Une question d'imaginaire ?
Ouais. Autant on peut imaginer que les textes dits par Jim O'Neill soient dits en français dans la mesure où les lettres visent à transmettre un message précis et compréhensible d'une personne à une autre, autant pour moi les chansons c'était vraiment la voix de Calamity. C'était sa voix elle qui, en un sens, ressuscitait. Donc ça devait se faire en anglais. Je me suis donc mise dans cet état-là. Et c'est venu comme ça.


Il y a au centre du disque un duo avec Alain. Un autre duo avec Alain après le long duo du Cantique des cantiques.
Ouais. (Elle fredonne.) "Bill, Bill, Bill...".


Votre union c'est un noyau dur qui circule de projets artistiques en projets artistiques ?
Oui, c'est beau ! C'est merveilleux de pouvoir s'aimer et de travailler ensemble. Je ne vois pas ce qu'il y a de mieux. Mais ça coûte cher de faire ça !

 


(Suite.)


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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