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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 11:33
Jane d'un seul ?



"Mais qui est cette femme ?"

"Seule contre tous"



Dans tout ça, à quel moment intervient le projet d'album La ballade Calamity Jane ?
J'ai commencé "Calamity" après les premières maquettes de Chienne d'un seul. (Silence.) Vous savez, j'ai plein de textes en stock parce que moi je n'ai pas de maison de disques. Si "Calamity" voit le jour, c'est parce qu'il y a Alain Bashung, sinon ça dormirait encore dans un tiroir.


Ça ne vous effraie pas d'être toujours un peu redevable de la notoriété et de l'image d'Alain ?
Si, c'est insupportable, c'est pour ça que j'ai sorti mon truc.


La ballade de Calamity Jane va forcément être plus médiatisée que Chienne d'un seul.
Forcément vu que je n'ai pas de distributeur. C'est pour ça que je vous le donne, pour que vous en disiez quelques mots (rires) ! Chienne d'un seul sera moins médiatisé, mais pour moi il est précieux. Mais attention, "Calamity" c'est aussi précieux !


Oui, cet album a tout de même l'air de vous tenir à cœur.
C'est quelque chose qui me tient très fort à cœur. Je suis rentré dans les lettres de Calamity Jane au tout début de La tournée des grands espaces.


C'est le livre qui vous a accompagné sur la route pendant La tournée des grands espaces ?
Oui. C'est Dominique Gonzalez-Foerster (cinéaste et vidéaste qui mis en images La tournée des grands espaces et qui a aussi réalisé des vidéos pour Christophe) qui m'en a parlé. On discutait littérature et comme on était dans La tournée des grands espaces avec des chapeaux et tout, on rigolait de ce côté cow-boy et c'est à ce moment-là, je crois, qu'elle m'a parlé de l'existence de ce livre de Calamity Jane.


Ce livre existe depuis longtemps ?
Je ne sais pas de quand date la première édition, mais ça fait très longtemps, oui. En tous cas, ce livre m'est resté dans la tête comme une fixation. Il fallait que je le trouve.


Vous sentiez que le personnage de Calamity Jane allait vous plaire, vous parler ?
Je n'en sais rien. (Silence.) Apprendre que cette femme avait vraiment écrit, que ce n'était pas un mythe, ce mythe de la hors la loi, ça m'a surprise et des lors ça m'a intéressé de raconter son histoire. Parce que quand on vous parle de Calamity Jane, et moi la première, vous pensez à la hors la loi avec son pistolet qui tue tout le monde, un truc comme ça. Alors apprendre que cette femme avait une fille et qu'elle lui a écrit, d'un seul coup, je me suis dit : "Hum, hum, c'est quoi cette histoire ? Mais qui est en fait cette femme finalement ? Ce n'est pas qu'un bandit. Elle a eu un enfant. C'était une femme amoureuse. Elle a eu des histoires de cœur. Qui est cette femme ?" Donc j'ai trouvé ce livre et ça m'a bouleversé. Vraiment. Ça m'a bouleversé de voir que justement c'était tout sauf une hors la loi, que c'était juste une femme qui est née dans un monde mormon où les femmes ne doivent que reproduire et d'un seul coup elle a eu un sursaut de conscience, elle s'est vue seule contre tous et elle a décidé de s'habiller en homme, non pas pour faire l'homme, mais pour travailler et pour être libre, pour gagner sa vie. Elle se fait passer pour un homme POUR gagner sa vie. POUR travailler. Et ça, ça change tout.


Faire ce disque sur son histoire à partir de son livre, pour vous, c'était quelque part lui rendre justice ?
Oui et puis parce qu'on y est encore.


Vous voulez dire que son histoire est toujours d'actualité ?
Je trouve qu'on est en plein dedans. On est en plein écartelé là-dedans.


Aujourd'hui plus qu'hier, les femmes veulent faire carrière comme les hommes...
C'est plutôt que les hommes ne veulent pas que les femmes travaillent en tant que femmes ! Je pense que c'est plus ça le problème, sans vouloir faire ma féministe primaire !


Ce que je voulais dire c'est que, dans ce combat pour "l'égalité des sexes", certaines femmes réagissent par la surenchère et se comportant comme des hommes.
Oui, il y en a qui ont les dents comme ça, mais Calamity c'était tout sauf ça ! A son époque, elle ne pouvait pas faire autrement, les femmes n'avaient pas le droit de travailler quand elles étaient en jupe, ou alors elles travaillaient dans les saloons et elles étaient putes. C'est tout ce qu'elles pouvaient espérer. Elle, elle a donc été conductrice d'attelage, elle a bossé aux rails, elle a été sage-femme, elle a été infirmière, des boulots durs, quoi. Elle a beaucoup donné de sa personne, beaucoup. Et elle a eu cette folle histoire d'amour avec Wild Bill Hickock. Elle a eu cette petite fille. Et évidemment, vivant sur son cheval, faisant des boulots durs...


Elle a dû faire un choix.

Voilà. Elle donne donc son enfant à ce monsieur, Jim O'Neill, et puis elle en meurt, voilà. Elle en MEURT parce qu'on ne se remet pas d'être parent. On ne se remet pas de tout ça et en même temps elle n'avait pas vraiment le choix. On ne peut pas non plus dire non à une liberté. Enfin moi, je comprends très bien ça.


C'est un vrai dilemme qui entraîne un chemin de rédemption. Une tentative de rédemption qu'incarnent les lettres qu'elle adresse à sa fille.
Voilà. Et elle se noie dans l'oubli, elle meurt, à petit feu. Elle meurt tôt. Enfin elle meurt à 50 ans, donc elle est morte assez jeune. Oui, pour moi elle en meurt de... de cette déchirure-là. Elle en meurt. Donc ça, ça m'a vraiment bouleversé. Peut-être parce que j'ai aussi une petite fille, je ne sais pas.


C'est ce que je me suis dit.
Ouais, peut-être. Je pense que ça parle plus aux gens qui ont des enfants qu'à ceux qui n'en ont pas.


Votre propre parcours de femme et d'artiste vous pousse aussi à vous identifier à Calamity Jane. Car le monde de la musique, et de l'art au sens large, est un monde d'homme, non ?
Oui, le monde de la musique est MONSTRUEUSEMENT un monde d'hommes. Vraiment. Enfin, je trouve. Donc oui, c'est sûr. Ça marche comme ça, hein. C'est Alain qui lit les lettres de Calamity, et ce n'est pas tout à fait juste.


Pourquoi est-ce lui qui les lit et pas vous ?
Ah, pourquoi ? (Ton acide d'une amertume qu'elle n'arrive pas à cacher.) Parce ça existait avec ma voix mais c'est resté dans un tiroir. France Culture a une émission géniale qui s'appelle l'Atelier de Création Radiophonique. C'est génial ce truc. C'est un artiste, il a une heure et demie pour faire ce qu'il veut, c'est fantastique. J'ai vu le dernier atelier, c'était Laurie Anderson, c'est magnifique. C'est très rare les espaces de liberté comme ça. Et en fait, ces gens-là sont venus voir Alain pour lui proposer un atelier. Mais comme Alain n'avait pas vraiment d'idées, il m'a dit : "C'est le moment où jamais de faire Calamity". Parce que moi sinon je suis personne, on ne vient pas me chercher, vous voyez ce que je veux dire. J'ai donc dit : "Ok". Il fallait donc que je trouve une pirouette pour qu'Alain soit toujours dans le projet. Et j'ai donc trouvé cette pirouette de lui faire lire les lettres, tandis que moi je ne m'occupe que des quelques chansons du projet. Ça fonctionne. Mais intérieurement, je me dis : "Bon, Calamity, j'ai fait ce que j'ai pu pour toi, mais tu vois le monde n'a pas beaucoup changé."


Le projet existe mais les conditions de son existence illustre cette domination d'un schéma patriarcal qui a meurtri Calamity Jane, entre autres.
Mais c'est un truc presque terriblement logique, DESESPEREMENT logique. Ça montre bien que le monde ne change pas tant que ça, voilà. Bon, ceci dit je suis très heureuse qu'il existe ce projet, tant mieux.


Alain n'était-il pas mal à l'aise de tenir ce rôle "anxiogène" par rapport au thème fondamentalement "féministe" du disque. Vous en avez parlé ?
Bien sûr, on connaît le problème par cœur. On l'a pris dans tous les sens. C'était compliqué.


Mais c'était plus important que l'album se fasse.

Oh oui, il faut quand même avancer, que les projets voient le jour. Et puis c'est le dernier comme ça.


C'est votre dernier "compromis" ?
Oui. Enfin, pas compromis, mais voilà, ça existe, c'est bien, je vais le jouer sur scène seule avec mon guitariste, Yann. En ce moment, on le répète et on va faire des concerts. Ça va être beau.



(Suite.)


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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