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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 02:09
Simple (man) ?



Il y a deux grands types d'hommes dans la vie, d'un côté les futuristes, les modernes, les fascistes, les cyborgs, les rock stars : ceux qui font l'éloge de la névrose, de la conquête, du pouvoir, de l'outil et n'acquièrent jamais satisfaction ; de l'autre les humanistes, moines : ceux qui font l'éloge du zen, du lâcher prise, du très peu pour moi, je vais bien ne t'en fais pas et tempèrent leurs moi. En gros il y a ceux qui veulent changer le monde, et l'homme, et ceux qui ne le veulent pas. Andy Yorke fait partie de cette deuxième catégorie d'hommes-là.


Comment pourrait-il en être autrement quand on a comme grand frère Thom-fut-un-temps-Paranoïd-Androïd-Yorke ? C'est ce que cette longue interview avec le petit frère cherche un peu à déterminer. Personnellement j'ai toujours été fasciné par Radiohead. Une autre façon de dire que j'ai toujours voulu être Thom Yorke. Enfin quand j'avais 17 ans. Et les murs (qui ont des oreilles) s'en souviennent. Mais aujourd'hui, je ne suis pas rock star, ni rock critic, je suis journaliste musique, et pas en haut de la pyramide, qui plus est sans pseudo fantasmatique ni quête esthétique visionnaire derrière laquelle me drapper. "Je suis un homme. Quoi de plus naturel en somme." Et je pense qu'entre autres raisons c'est pourquoi aujourd'hui l'œuvre du très Simon & Garfunkel Andy-je-ne-suis-pas-un-héro-Yorke a une place spéciale dans mon cœur.


J'ai rencontré l'ex-leader d'Unbelievable Truth durant l'été 2007. Le temps a passé. Je ne sais plus si c'était avant ou après son concert du 25 juillet au Divan du Monde. Concert ouvert par le folk divin des sœurs jumelles de Taxi Taxi ! dont j'attends toujours le premier album. Je me revois marcher jusqu'à l'hôtel d'Andy. Un hôtel tout ce qu'il y a de plus simple comme moi j'aurais pu en louer avec mes maigres revenus si j'avais fait halte dans une ville étrangère. Je me revois écraser ma clope, repenser à quelques souvenirs perso liés à la musique de ce trio pop-folk qu'Andy formait avec Nigel Powell (batterie, claviers, choeurs) et Jason Moulster (basse, choeurs). La douce mélancolie de leur premier album arrivée en 98 à point nommé après la bourrasque Ok Computer. Leur concert un an après à L'abordage d'Evreux. Les gens rentrant chez eux comblés en chantant tout haut le refrain lancinant de "Buildingt" ("Say what you want, say what you want..."). Et moi pareil, dans ma tête.


Je me revois écrasé ma clope et regarder cet hôtel bête comme chou. Il faisait assez terne ce jour-là. Froid presque. Je me rappelle. On était en juin. Bizarre. Du froid en juin. Oui, c'était même précisément le 24 juin 2007. La veille Andy était déjà venu une première fois sur Paris pour présenter ses nouvelles chansons au Trabendo. Ce soir-là je n'y étais pas. J'avais loupé un chouette groupe que j'ai découvert depuis : Au Revoir Simone. Et donc voilà, après avoir échangé quelques mails et textos avec lui, j'étais venu le cueillir dans son hôtel le lendemain de son concert, juste avant son retour à Londres, pour lui poser quelques questions sur son premier album solo, Simple, qui sortira finalement un an plus tard, le 14 juillet 2008, mais aussi sur lui, tout simplement. Je le revois parler lentement, avec plein de silence dans la voix, monacal, et un peu de gène. Comme moi du coup.












"du mal à me croire capable de devenir un vrai songwriter"


"très heureux de ne pas avoir choisi entre le russe et la musique"



Bonjour Andy. A qui dois-tu ton premier contact avec la pop music ?
Pour tout dire à mon frère parce qu'il a 4 ans de plus que moi !


Tu lui empruntais ses CD ?
Oui, j'ai fait ça pendant un certain temps jusqu'à ce qu'ils me disent qu'il était temps que j'achète mes propres CD ! Petit à petit j'ai donc développé mon propre rapport à la musique. Peut-être que j'aurais découvert la même musique sans lui et que je me serais aussi mis à en faire par la suite, mais quand j'étais jeune c'est lui qui m'a insufflé le truc.


Tes parents écoutaient de la musique ?
Non, pas vraiment. Je ne peux pas dire qu'il y avait de la musique à la maison.


Alors, quels groupes as-tu découverts en piochant dans la discothèque de ton frère ?
REM et Tom Waits. Et en 1987 mes deux premiers vrais concerts c'était eux : REM et Tom Waits. J'ai vu REM avec un ami et Tom Waits avec mon frère.


Deux grands souvenirs ?
Oui, fantastiques. Prendre le bus à 15 ans pour voir un concert à Londres est une expérience formatrice. D'un seul coup tu te sens grand ! En plus j'ai la chance que ces deux groupes soient devenus des "classiques". Pour commencer, il y a pire comme concert !


Et vu que ton frère était déjà un vrai passionné de musique, pratiquant qui plus est, ça n'a pas été pas dur pour toi de développer ton propre rapport à la musique ?
La musique m'a très tôt intéressée, j'en écoutais beaucoup, je me nouais d'amitié avec de vrais fans de musique, mais je me suis mis à écrire mes propres chansons sur le tard. Et là-dessus je dois beaucoup à mon ami Nigel. Lui compose depuis qu'il a environ 8 ans, il a senti que j'avais un talent de songwriter qui ne demandait qu'à sortir et il m'a toujours poussé dans cette voie. J'ai appris des rudiments de guitare rythmique quand j'étais à l'école primaire mais ça ne suffit pas si tu veux te lancer à écrire tes propres chansons. Je me suis donc mis à tout réapprendre proprement depuis le début. Mais j'avais du mal à me croire capable de devenir un vrai songwriter. Et c'est vrai que c'est sans doute dû en partie au fait qu'à ce jeu-là mon frère était déjà loin loin devant moi.


Thom devait être plus confiant en son potentiel musical. Il parait qu'il a très tôt rêvé de devenir une rockstar...
Je ne sais pas... Enfin je ne peux pas parler pour Thom mais je ne pense pas qu'il souhaitait particulièrement devenir une rockstar...


Toi, tu n'as jamais eu ce genre de rêve ?
Non. J'ai toujours voulu composer de la musique, ma musique et je ne sais pas si... Encore aujourd'hui je me demande pourquoi j'ai quitté le groupe et pourquoi je continue à faire de la musique.


Justement, pourquoi avoir arrêté l'aventure Unbelievable Truth en 2000 ? Est-ce à cause du manque de succès ou de problèmes internes au groupe ?
(Soupir) Le manque de succès n'a évidemment rien arrangé, mais en fait tout cela est plus dû au fait que j'avais l'impression de ne plus avoir les choses sous contrôle et j'ai pris peur.


Il paraît que tu avais déjà quitté le groupe en 96, avant la sortie du premier album, parce que tu avais peur de t'engager pleinement dans ce qu'impliquait la vie de groupe...
Oui, c'est pour ça que je suis en grande responsable de la fin du groupe. Les gars auraient bien aimé que je sois plus fort, que je prenne les choses en main comme un vrai leader sait le faire, mais je n'en étais pas capable. Aujourd'hui, je suis plus à même de faire face à ces responsabilités parce que j'ai mûri et que j'évolue désormais sous mon nom. En plus aujourd'hui, j'ai un vrai boulot. Du coup je ne suis pas obligé de réussir musicalement. Aujourd'hui la musique ce n'est que du bonus.


C'est un atout pour toi de ne pas consacrer tout ton temps à la musique ?
Musicalement, pas vraiment, parce que je serais plus productif si j'y consacrais tout mon temps, mais ça me permet d'allouer du temps à mon vrai travail qui est directement lié à mon autre grande passion : la Russie.


Quel est ton vrai travail ?
Je suis consultant Russe au Royaume Uni. En gros, je donne des conseils à des sociétés internationales désirants faire du business en Russie. Je fonctionne donc comme si j'avais deux carrières et je suis très heureux de ne pas avoir choisi entre le russe et la musique. Je trouve mon équilibre là-dedans.


(Suite.)



Merci au fan-site Found The Road


Unbelievable Truth sur Deezer


Mon premier article sur Andy Yorke




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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lyle 21/01/2009 08:50

The Unbelievable Truth s'était vraiment bien. Dommage que le groupe est tellement pris sur la gueule ( surtout en Angleterre ) pour la seul raison qu'il était le frère de...Une interview qui commence bien ! Vivement la suite !

Sylvain Fesson 22/01/2009 15:25


Tiens, Lyle, la suite en ligne rien que pour toi ;-)