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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 mai 2006 1 08 /05 /mai /2006 00:15

Bédéaste ubuesque


"Mon nom était destiné à un dictateur bolivien"

"Ma forme d'humour est devenue comprise par le grand public"

 

 

D’où vous vient ce nom, Pierre La Police ?
Quand j’ai commencé à montrer mes dessins dans des livres auto-édités au milieu des années 70, les noms slaves inspiraient une certaine méfiance. L’essentiel de ma production se résumait à des séries compulsives et disco d’explosions nucléaires en feutrine collée. C’est à cette période que j’ai senti le besoin de me fabriquer un nom. Je me rappelle avoir confié ce travail et mes économies à un name-designer de Singapour, la première société qui proposait ce genre de service. Aujourd’hui ça peut paraître dérisoire mais à l’époque, la confection d’un nom se faisait à partir de données très strictes. On vous demandait des analyses médicales, un thème astral approfondi et on en tirait des fiches perforées contenant toutes les données de votre vie, remises alors à des supercalculateurs. J’appris des mois plus tard qu’il y avait eu une erreur, que le nom qu’on m’avait refilé était en fait destiné à un dictateur bolivien. On m’a proposé de me rembourser, mais j’ai préféré garder le nom.


Ce nom marque-t-il la naissance du style Pierre La Police, qui semble-t-il consiste à la fois à dénoncer le monde consumériste et à en sublimer une des facette – son cheval de Troie ? – qu’est la contre-culture ?
Ce qui caractérise mon style n’est pas né à un moment précis, je le ressens davantage comme quelque chose qui a toujours fait partie de moi et qui s’est construit progressivement au fur et à mesure de mon évolution. Le fait de prendre un nom a plutôt marqué le passage entre le fait d’exercer une activité artistique pour soi et celui où l’on décide de lui donner une expression publique. Pour répondre à la deuxième question, je ne cherche pas à dénoncer, je n’ai jamais agi dans ce but. On me perçoit souvent comme un provocateur mais je ne me reconnais pas dans cette image. Sur le fond, vous avez raison quand même, je cherche à m’inscrire dans la culture populaire tout en ayant une production apparentée à la contre-culture et à l’underground. C’était une préoccupation depuis le début. Avec le recul, je suis content de voir qu’une forme d’humour qui m’était personnelle à l’époque est devenue aujourd’hui acceptée et comprise par le grand public.

Comment êtes-vous venu au dessin ?
J’ai commencé à dessiner enfant. Je suis atteint du syndrome de Jules Verne, une maladie chromosomique très rare. Beaucoup d’activités me sont interdites car je n’ai pas le droit d’entrer en contact avec certaines matières plastiques, alors j’ai développé assez tôt un goût pour le dessin. J’ai étudié les beaux-arts pendant deux années dans une école spécialisée en Suisse Allemande. C'était horrible, on nous forçait à regarder des matchs de Curling à la télévision. C'est en réaction à cela que j'ai développé ma technique d’icônes anti-stress en fromage fondu. Avant cela je faisais surtout de la BD, je me suis mis au dessin de presse plus tard pour pouvoir m’acheter des voitures de sport. Dans le dessin de presse, on a certaines contraintes, un sujet, un format imposé, la compréhension du dessin par le lecteur doit être immédiate et appréciable par tous. Quand on accepte ces règles, ce n’est pas un problème de rester fidèle à soi-même tout en se prêtant au jeu de la commande, c’est même assez enrichissant d’un point de vue créatif. La bande dessinée par contre, permet d’exprimer des idées plus personnelles. Aujourd’hui ces deux supports ne représentent qu’une partie très minime de mon activité. Cette année j’ai principalement travaillé sur des expositions et des projets audiovisuels.

Comment vous y prenez-vous pour faire un dessin de presse ?
Quand on me téléphone et qu'on me propose un sujet à illustrer avec un format donné, j’ai en général quelques heures ou jours pour faire le travail. Souvent l’idée arrive pendant qu’on me parle du sujet. Je n’ai pas trop à réfléchir, une image qui vient de suite. En général je cherche à proposer une ouverture qui va au-delà du texte à illustrer. Parfois, l’idée ne vient pas immédiatement, alors je suis obligé d’employer une technique d’auto-hypnose empruntée à Philippe II de Macédoine.

Dans la mesure où un magazine est toujours plus politiquement correct qu’une exposition ou une bande-dessinée, votre style n’est-il pas plus percutant dans le dessin de presse ?
Il faut distinguer le dessin de presse illustratif et le cas de figure où l’on me donne une carte blanche pour exprimer des idées personnelles comme c’était le cas par exemple avec Les Inrockuptibles. Ce sont deux choses assez différentes. Je préfère quand même le travail qui me permet de m’exprimer sans contraintes. La presse a contribué à me faire connaître du grand public mais je ne me considère pas pour autant comme un dessinateur de presse. Pour certains je suis dessinateur de BD, pour d’autres je suis artiste, certains ne me connaissent qu’en tant que réalisateur. Ce qu’on sait moins c’est qu’avant de vivre du dessin, j’étais ingénieur agronome. A ce titre, j’ai commercialisé un produit pour tuer les limaces qui est l’un des plus vendus aujourd’hui dans le monde. Je comprends que ce soit un peu difficile de faire la synthèse de toutes ces facettes mais personnellement je vois cela comme un seul et unique travail. Je trouve toujours un peu de voir à quel point les genres sont encore cloisonnés, c’est pourquoi je ne peux laisser ni le dessin de presse, ni la bande dessinée, devenir mon terrain de jeu privilégié, ce serait me priver de la liberté de pouvoir faire autre chose.

(Suite.)

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Published by Sylvain Fesson - dans divers
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