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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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6 mai 2006 6 06 /05 /mai /2006 21:56

Bédéaste Ubuesque

 

 

Jusqu’au 15 mai Pierre La Police s’expose à la galerie Kamel Mennour. Intitulé The supremacist, l’événement est une belle occasion de découvrir l’œuvre d’une "admirable laideur" de ce bédéaste véritablement fondu d’idiotie. BD, cinéma, installations vidéos : il manipule de nombreux supports pour héberger "autant de monstres de mots que des monstres de gens". En témoigne l’interview exclusive qui suit cette brève présentation de l'artiste.


L’exposition "The supremacist" de Pierre La Police, c’est un "univers inédit" dit le critique d’art Jean-Yves Jouannais, qui en signe le communiqué de presse. C’est "une sorte de bande-annonce aléatoire qui aurait pour particularité d’égarer un peu plus du sens du film à chacune de ses images". Une œuvre cultivant allégrement le mystère, le rire, le sens de l’absurde et de l’accident. Une œuvre on ne peut plus "idiote", au sens que lui donne le "courant" artistique ou plutôt l’attitude artistique qu’on nomme Idiotie. Cet état d’esprit frappeur, frappé et frappadingue, Jean Yves Jouannais s’en est fait le chantre, y consacrant une exposition et même un livre chez Beaux-Arts Editions, qui s’intitulent tous deux "L’idiotie".

Idiotie pipi
"Explorer l'idiotie, dit encore la fiche bibliographique de ce livre, c'est comme descendre avec délectation aux enfers de l'art. Faire un voyage hilare, quand il n'est pas effrayant dans l’univers de créateurs seuls et singuliers, ni vraiment clowns, ni tout à fait mystiques, qui ont fait le choix de n'être pas compris". Souterraine malgré elle, l'idiotie irrigue donc depuis plus d'un siècle, les arts plastiques, la littérature, la musique et le cinéma. C’est "une sagesse, tel un bout de sparadrap, dont l'Occident chercherait à se défaire sans jamais y parvenir."

L’empire du mou
Dans ce livre et ce "courant" artistique, Pierre La Police a sa place, culte, et "fâcheusement insituable", dixit le fan Jean-Yves Jouannais. Depuis plus de 10 ans, quelque soit l'alibi du support (illustration, bande-dessinée, exposition, émission de télé, court-métrage), il malaxe, entre fascination et dégoût, la même pâte : une idiotie qui chez lui prend forme en un déversement hallucinant et hallucinogène de junk culture "tout à la fois agressif et régressif dans le champ de la bande dessinée. Ses dessins sont des parodies de genres dépourvus de pedigree, des autopsies passionnées des multiples cadavres du burlesque, des précipités paranoïa-critiques en milieu d’idiotie." Des précipités "paranoïa-critiques" ?

Déchets d’œuvre
Disons-le tout net : La Police fait de la merde. De la merde, oui, mais au sens où Rimbaud faisait de la merde en disant dans "Alchimie du Verbe" qu'il aimait "les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs". Au sens où il la célébrait même dans ses poèmes, la merde, comme le faisait Artaud. Au sens où Duchamp faisait de la merde avec son "Urinoir". Il fait de la merde au sens qu'il fait le grand vomis critique, pittoresque, régressif, iconoclaste, subversif et dionysiaque du tout culturel. Il fait la merde de retourner au corps qui digére et réhabilite le déchet œuvre.

Pierre tombale
Sous La Police, le nerd gronde. Drogué de pop culture, il en profane le festif cimetière sans cesse renouvelé, ingurgite et régurgite cette culture envahissante qui forme cette membrane placentaire du Spectacle entre le monde et nous qui nous infantilise et nous mange. Dans ce meilleur des mondes où, sous la sophistication salope la putréfaction règne en maître, il vomit son meilleur des mondes où les monstres règnent en fous comme des clochards célestes. Des monstres échappés de nos imaginaires victimes d’un Tchernobyl pop culturel, de nos imaginaires all fucked up de trop d’images, d’icônes, de héros, qui recrachent l’infâme dans un obèse coq-à-l’âne sans fin, de bras, de jambes, de mythes et mythologies. Dégobe, dégobille, dégobiller.

Anonymat caca
Sous La Police, la merde grouille, prête au recyclage, à l’alchimie, à l’enfantillage, prête à être divisée en millier de golems, de dinosaures, de mort-vivants dégoulinants d’immondices délicieux. Ces monstres suintant de pâte à modeler sont bienfaisants, ils nous rendent la vue, en nous lavant les yeux. On dit La Police bédéaste mais c’est un bédéaste-éboueur, un bédéaste-fossoyeur, un artiste de salubrité public. Mais cette jouissance gargantuesque et délirante du caca ne fonctionne que si l’auteur disparaît lui-même dans son œuvre. Mangé par sa merde. La merde devant régner seule, par la simple force de son torrent, venant de nulle part, si ce n’est du ventre de la Terre. La Police cuisine donc son anonymat comme nul autre, en fait une pièce maîtresse de sa démarche et ne livre de lui "aucune photo, aucune notice biographique précise pour savoir où et quand il est né, ni quel est son cursus. Ne circulent de lui que des approximations non vérifiées." Néanmoins, j'ai réussi à interviewer l'artiste. Pas de visu, bien sûr, pas en chair et en os. Pas même au téléphone, mais par mail Pierre la Police a accepté de répondre à mes quelques questions. Suivez le guide... 


(Suite.)

 

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Published by Sylvain Fesson - dans divers
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