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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 02:59
Les Cahier du cinéma X ?















Acteur pendant près de six ans aux cotés de Jean-Pierre Mocky, cinéphile et auteur spécialisé dans la culture marginale, la série B et le cinéma bis, chroniqueur à Mauvais Genres sur France Culture, rédacteur à Mad Movies, réalisateur de documentaires sur les nains au cinéma ou la série B allemande : Christophe Bier est, pour synthétiser, un touche-à-tout. Et depuis octobre il est aussi rédacteur en chef de Cinérotica, "Le magazine du cinéma français érotique et pornographique".


 

 










"d'A bout de sexe à Zob, zob, zob"


"parler d'un porno comme on parlerai d'un Renoir"


 

Si les pays anglo-saxons peuvent se targuer d'être les détenteurs de l'âge d'or, que dis-je, même de l'ADN de la pop, l'âge d'or du cinéma X, lui, gît en France. C'est en gros ce que dit Christophe Bier : "Je n'ai pas de chiffres, mais je suppose que le cinéma érotique français des années 70-80 fait un carton là-bas car je constate qu'il y a plusieurs forums très fréquentés sur la question comme Vintage Erotica. Le formidable site EGAFD, qui recense toutes les actrices pornos européennes avec leurs filmographies, est aussi très consulté. Des labels DVDs américains ressortent beaucoup de " french movies" aussi. Brigitte Lahaie a la côte chez eux depuis très longtemps." Ce trésor sur pelloche, c'est ce qui l'a poussé, lui et sa bande de porno critic, a tenter le pari Cinérotica : une revue consacrée au cinéma érotique et pornographique français (un thème par mois), couplée à un dictionnaire (en 24 livrets) sur les longs métrages en 16 et 35 mm et, en bonus au fond du paquet (4 euros 90), un site web sur lequel vous pourrez visionner une heure de VOD tissée de courts métrages pornos clandestins ou amateurs entre 1920 et 1960, strip-tease et petits films naturistes des 50's et 60's, pour la plupart issus de collections privées. Tout cela est un pari. Et ce n'est vraiment pas gagné car s'il a suscité quelques centaines d'abonnements jusqu'à l'étranger, le succès de Cinérotica reste confidentiel, et le restera peut-être trop pour qu'il réussisse à tenir deux ans en kiosque. Alors le mag devra peut-être finir sa vie online. Mais même là ce ne sera pas forcément une partie de plaisir. La censure y veille, bête et méchante. Dernièrement la page Facebook de Cinérotica a mystérieusement disparu, avec impossibilité de la recréer. Dur, dur. Interrogé par mail, Christophe Bier me dit tout de son par(rad)i(s) pas perdu d'avance.


Bonjour Christophe Bier. Pourrait-on décrire Cinérotica en disant qu'il s'agit d'une sorte de "Cahiers du cinéma du X français" ?
Cinérotica est plutôt une sorte d'encyclopédie déclinée en 24 magazines. Et les 24 livrets du dictionnaire qui l'accompagne chaque mois forment un monstre qui n'a pas d'équivalent. D'ailleurs, en tant que "monstre", il a été rejeté par tous les éditeurs qui, comme chacun s'en doute, sont des monstres de perspicacité. Plus de 1000 pages, 6 millions de signes, voilà qui rebute un éditeur. Et il n'y a plus Eric Losfeld pour sauver l'honneur de cette profession. Le seul qui nous ait dit oui a été Michel Sitbon, l'homme de presse qui édite la revue échangiste Couples. Il rêvait depuis longtemps d'éditer une encyclopédie en kiosques. Le Dictionnaire des longs métrages français érotiques et pornographiques fait penser aux catalogues des films français établis par Raymond Chirat mais avec un important appareil critique en plus. Un recensement de plus de 1700 titres, d'A bout de sexe à Zob, zob, zob, c'est peut-être sans précédents en matière d'édition ?


Pourquoi avec créé ce "magazine du cinéma français érotique et pornographique" ?
L'impulsion de base est d'abord personnelle. Il y a dix ans j'avais besoin d'un livre de référence sur le cinéma érotique et porno français. A ce moment, d'autres personnes ont manifesté leur intérêt et nous avons commencé à retrouver toutes les copies possibles existantes en VHS pour pouvoir faire ce travail critique et historique. Les erreurs et imprécisions pullulent sur le cinéma porno. Ce travail est également né dans la foulée d'un petit livre que j'avais écrit en 2000, Censure-moi - histoire du classement X en France, chez L'Esprit Frappeur, le même éditeur que Cinérotica. J'avais écrit cet ouvrage à toute berzingue après avoir été énervé par le nombre considérable d'idioties rapportées par la presse généraliste française sur la loi X, au moment de la polémique Baise-moi. On lisait notamment qu'aucun film français n'avais été censuré depuis La Religieuse de Rivette en 1965. Soit par mépris soit par ignorance, les journalistes qui osaient affirmer cela enterraient plus d'un millier de films pornographiques que la loi X avait relégué dans un ghetto, leur faisant subir la honte de salles spécialisées qui n'avaient plus le fonds de soutien pour se rénover et subissaient une censure économique. La lente agonie du cinéma porno en salles s'était faite dans une indifférence générale. Avec Cinérotica, mon équipe de rédacteurs et moi avons voulu mettre la lumière sur tout un patrimoine du cinéma français.


Comment avez-vous découvert ce "patrimoine du cinéma français" ?
Je suis un cinéphile passionné de cinéma bis. Or l'érotisme entre par toutes les fenêtres du cinéma bis et quand on débarque à Paris en 1989 et qu'on s'installe en permanence au Brady pour y découvrir le visage de Barbara Steele dans Le Masque du démon, les forfaits du monstre des Orgies de Frankenstein 80 ou la sûreté du scalpel d'Howard Vernon dans L'Horrible Dr. Orlof, on s'ouvre fatalement au cinéma érotique. C'est d'ailleurs au Brady que j'ai dû voir mon premier porno, parce que parfois un porno servait de bouche-trou quand le Brady ne trouvait pas à temps un film fantastique, et il s'agissait de L'Inconnue d'Alain Payet. C'était une comédie plutôt navrante avec le nain noir Désiré Bastareaud en président africain mais il y avait une scène formidable avec Catherine Ringer, une scène d'une telle intensité que j'ai tout d'un coup compris à quel point le cinéma porno pouvait être émouvant. A côté du Brady, il y avait le Pix qui passait des soft comme Sadomania de Franco ou des polars sexy comme Photos scandales avec Brigitte Lahaie. Je regrette hélas d'avoir connu les derniers feux de la pornographie en salles, de ne jamais être entré à la Scala ou au Méry pour y voir ce que j'ai découvert plus tard en vidéo. Donc, et contrairement à beaucoup de personnes qui s'arrogent le droit de parler de pornographie, j'en parle avant tout parce que j'aime "ça", parce que je trouve qu'il y a de bons films, et peut-être bien des chefs d'œuvres. Dès l'instant où je me suis intéressé à ce genre, j'ai commencé à faire des recherches, notamment dans les archives du CNC qui m'a permis la consultation de tous les dossiers de censure des films X.

Pouvez-vous m'en dire plus de cette "scène formidable avec Catherine Ringer" dans L'Inconnue d'Alain Payet ?
Plutôt que de paraphraser, je vous livre ce qu'en a écrit Alain Minard pour le Dictionnaire de Cinérotica. C'est tout à fait ce que j'ai ressenti, même si la séquence vue au Brady était incomplète par rapport à la vidéo visionnée par Minard : "Arrive l'avant-dernière séquence. Sur le carrelage noir et blanc de la salle à manger, à côté de la table non desservie, la soubrette, Catherine Ringer - pas un mot de tout le film - cheveux défaits jusqu'à la taille, étrange lueur dans le regard, s'agenouille entre les jambes de Bastaraud. Elle le gorge d'un seul élan des lèvres, bascule à terre, le roule et se roule, jusqu'à s'asseoir sur son visage. La pieuvre d'Hokusai sur le nain noir. Les yeux révulsés au point qu'on n'en voit plus l'iris, elle se vrille sur lui, joue de ses cheveux, le griffe, l'étouffe, l'écrase de son poids, le caresse comme on le fait d'un bébé, se saisit de son pied droit, le lèche, en savoure un à un chaque orteil, joue avec le membre dont elle se fouette le visage, puis l'avale. Tel Bastaraud vidé sur le carrelage, le spectateur groggy dans son fauteuil peine à retrouver son souffle. L'Inconnue, c'est elle." De toute façon, Catherine Ringer a transcendé tous les films dans lesquels elle était. Elle fut l'une des meilleures hardeuses de son temps, son jeu atteignait les cimes de la performance.


Cinerotica parle d'un cinéma porno révolu. Est-ce à dire que pour vous "c'était mieux avant" ?
Absolument pas ! J'ajouterai même deux autres points d'exclamation. Absolument pas !!! Si vous lisez attentivement le dictionnaire, vous y découvrirez des films médiocres qui sont descendus. Ce projet est à la fois ambitieux et... modeste ! Nous n'abordons que les longs métrages tournés en 16 et 35 mm. A partir de 1978, avec les premiers films produits par Dorcel, et très progressivement, le film vidéo a remplacé le porno 35 mm. Ce changement de support a révolutionné le genre, a aussi imposé d'autres esthétiques et contribué à l'avènement du porno amateur ou pro-am. Bref, le porno en vidéo, c'est une autre histoire, encore plus abondante et probablement aussi riche que celle du porno en 35 mm. Pour en parler en détail, rendez-vous dans quinze ans avec un autre monstre, de 2000 pages cette fois-ci... Cinérotica n'a donc aucune vocation d'opposer une "bonne" pornographie qui serait en 35 mm à une "mauvaise", celle de la vidéo. Aucun discours conservateur, aucune idéologie cachée, aucune nostalgie rampante. A la rigueur, si Cinérotica contient un sous-texte, il est politique et contre la censure : faire le constat du travail de censure et de ghettoïsation qui a amené le porno à quitter les salles de cinéma. Si un mécène donnait aujourd'hui du fric à John B. Root pour qu'il réalise son vieux rêve, tourner un porno en 35 mm, il ne le ferait pas car il n'obtiendrait pas, comme un Catherine Breillat ou un énième Saw, une interdiction simple aux moins de 18 ans, mais un classement X, lequel n'a jamais été abrogé. Enfin, le sérieux de notre démarche est aussi la seule façon, éloquente, de clouer le bec aux pornophobes qui se multiplient dans notre belle contrée riante. C'est une race de "penseurs" qui tape sur la pornographie à coups d'idées générales et d'études fumeuses Cinérotica en revanche a vu tous les films et en parle en connaissance de cause. Aux pornophobes qui attaquent le cinéma porno, nous répondons : "Quels films avez-vous vu pour dire cela ? Avez-vous vu par exemple La Comtesse est une pute qui est une réussite ? Avez-vous vu Orgies en cuir noir ? Avez-vous vu Délires porno ? Non ? Alors, bouclez-la !"


A qui s'adresse Cinérotica ? Aux jeunes ? Aux vieux ? Aux hommes ? Aux femmes ? Au lectorat intello-bobo des Inrocks & co ?
Aucune idée. Des cinéphiles certainement. Et ils n'ont pas besoin d'être vieux pour s'intéresser au "vieux" cinéma porno. Le lectorat est certainement à l'image de l'équipe rédactionnelle. Dans celle-ci, vous retrouvez quelques pionniers de la critique de films pornos comme Jacques Zimmer et Alain Minard, des anciens de La Revue du Cinéma, ou Herbert P. Mathese qui fut le premier en 1973 à écrire un livre sur José Benazeraf ; un ancien de Starfix comme François Cognard ; un directeur de programmation de Cinémathèque comme Jean-François Rauger dont l'intérêt pour la pornographie n'est plus à affirmer ; des critiques spécialisés dans le "cinéma de genres" tels que Gilles Esposito de Mad Movies et aussi de jeunes cinéphiles qui n'ont pas la trentaine ! S'il est probablement éclectique, le lectorat de Cinérotica comporte donc certainement plus d'hommes que de femmes. Quant au lectorat "intello-bobo", je ne sais pas trop ce que c'est. Si c'est un lectorat qui cherche à récupérer la pornographie comme le "cinéma de genres" commence à l'être, Cinérotica n'est absolument pas pour eux. Il n'y a aucun second degré, aucune position de supériorité dans l'écriture de Cinérotica, cette détestable pose intellectuelle qui sévit actuellement lorsqu'on parle avec condescendance de séries B, de cinéma bis et peut-être bientôt de pornographie. Mais ce sera sans Cinérotica. Et donc sans ce lectorat.


A propos de l'écriture de Cinérotica, elle n'est pas très funky. Pourquoi avoir opté pour ce style objectif assez vieux garçon ?
J'ose croire que la question est provocante. Qu'entendez-vous par "funky" ou par "vieux garçon" ? Je ne crois pas que le ton soit uniforme, vu le nombre de rédacteurs. J'ai parfois eu des difficultés à trouver des rédacteurs car il semble difficile pour certains d'écrire sur le cinéma porno. Comme si la notion de critique de cinéma se diluait face au porno ? Comme si cela touchait à la nature sexuelle du rédacteur ? Beaucoup de gens abordent les films pornos à la rigolade. Je trouve insupportable la condescendance qui est parfois utilisée pour parler d'un porno. Je ferai la même chose avec un film de Jean Renoir, on m'attaquerait pour crime intellectuel. En revanche, il est de bon ton d' "analyser" un film porno en s'en moquant gentiment, en faisant des jeux de mots, bref en montrant à quel point on a beaucoup plus d'esprit que le réalisateur qui a osé commettre cette "petite-crotte-de-film-porno-qui-fait-rire tout-de-même-mais-pas-trop-longtemps" Si c'est là la définition du style "funky", OUI Cinérotica n'est pas funky et très content de ne pas l'être.


A part ce style funky, vous interdisez-vous d'autres choses dans Cinérotica ?
Non. Dès le numéro quatre, quand l'arrivée de la pornographie sur les écrans en 1974-75 sera abordée, il y aura des photos hard. Dès le numéro trois, Cinérotica sera vendu sous blister. Un seul interdit, que je regrette mais il ne faut pas être témérairement maso, nos couvertures ne seront jamais hard. Pourtant la vraie obscénité, plus qu'une magnifique fellation en quadri et en pleine page, amoureusement maquettée, n'est-ce pas le gros plan sur le mini string de Paris Hilton, lequel ne poserait aucun problème pour la couverture d'une revue people ?



Christophe Bier en interview vidéo sur Darkplanneur.com


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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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