Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 12:05
Un crooner passe















Lorsqu'on est pigiste, qui plus est musique, pour survivre on se doit de bouffer à tous les râteliers. Non pas forcément renier son éthique en parlant de semi-bouses, même si, je ne vous le cache pas, cela arrive, mais rentabiliser ses coups de coeur en déclinant sa prose dans le plus de magazines possibles. Et en ce moment, faute de me faire vivre, c'est le dernier Antony and the Johnsons qui m'inspire : The Crying Light.


Je l'ai découvert le 14 novembre à l'occasion d'une session d'écoute matinale chez Beggars. Ce jour-là, avec le recul, je me dis que j'ai bien fait de me lever et de bouger mon cul jusqu'au label. Cette session d'écoute, c'était Noël avant l'heure. Malgré l'inconvénient d'écouter le disque en open space, celui-ci m'a littéralement happé. D'ailleurs il a très vite happé tout le monde. A son contact le silence s'est fait et on s'est tous mis à planer, aux anges, comme en route pour Neverland. Un effet que ne fera jamais le dernier disque des rockers pète-couilles de TV and the Radio.


Mi décembre quand Gonzaï m'a demandé si j'avais une idée de disque branché sur lequel je me sentais d'écrire un truc cool et élogieux pour sa première édition papier, j'ai donc aussitôt pensé au nouvel Antony and the Johnsons. Le hic ? Ce n'est pas que Gonzaï paie peanuts ses Gonzaï boys, non ça je le sais, c'est le prix de l'indépendance. Le problème c'est que j'avais déjà écrit trois chroniques sur The Crying Light. Alors je me disais : ai-je encore la flamme ? Et est-ce bien raisonnable d'écrire autant sur un disque écouté une seule et unique fois ?


A propos de tout autre album, je vous aurais peut-être répondu oui. Oui, je n'ai plus la flamme. Oui, ce n'est pas raisonnable. Mais là on ne parle même pas d'album, mais d'une muse. On ne parle même pas d'amour mais de coup de foudre. Et les sentiments qu'une muse nous inspire s'usent-ils ? Cette musique, c'est bien simple, plus les jours passent, plus je perds sa trace et plus elle prend toute sa dimension à mesure que je pars en co-errance avec elle. Ah, quel bonheur de se découvrir une nouvelle muse !


Cette musique, c'est comme si je n'avais encore rien dit d'elle. Par exemple je n'ai pas dit que The Crying Light était un disque de crooner. C'en est un. "Les plus belles robes sont faites pour être retirées" disait Cocteau. Et sur son troisième album avec les Johnsons, Antony Hegarty a suivi l'adage. Il tombe la tenue de diva d'I Am a Bird Now pour se révéler crooner. Voilà, outre le côté star à la voix d'ange et bête de foire aux aspirations transgenres, Antony a pondu un album ultra classieux qui peut plaire de 7 à 77 ans. C'est pour ça que cette fois les newsmag ont trustré toutes ses possibilités d'interviews, frustrant ainsi des bataillons de journalistes spécialisés qui désiraient, comme moi, poursuivre le dialogue amorcé trois ans plus tôt.


En 2005, interrogé par mes soins, Antony démentait que son approche du chant lyrique exprime sa quête de féminité. "En fait comme dirait Nina Simone, je chante juste pour me sentir vivant". Mais quelques minutes tard, il me confiait : "Si j'étais Candy Darling, il est probable que je ne chanterais pas." Il s'était donc mis à parler chiffon : "Les thèmes que j'aborde sont comme des robes qui m'habillent, et la question transgenre n'est qu'un thèmes parmi d'autres. C'est pour ça que c'est une erreur, je pense, d'appréhender ce disque à travers ce seul thème, tout comme de penser qu'il est entièrement autobiographique."


Ce jour-là, contrairement à son éponyme premier opus, très théâtral, Antony me disait aussi d'I Am A Bird Now qu'il l'avait fait "aussi nu que possible pour que tout le monde puisse s'y recueillir". Aujourd'hui, après plusieurs millions d'acheteurs à travers le monde et un Mercury Prize du meilleur album de l'année décroché à la barbe des tâcherons de Kaiser Chiefs, cet album est devenu culte. Son auteur star. Mais fin 2008, à l'écoute de The Crying Light, force est de constater que tout ceci n'était qu'une étape.


















Oui, être oiseau n'était qu'une étape. Restait à devenir l'envol. L'envol pur. Et là, de sa voix duveteuse sur d'idoines orchestrations, l'androgyne-génie y parvient. Fini les thèmes, les robes, le baroque. En dix ballades toute de noblesse less is more, tel le Nick Cave piano-voix de The Boatman's Call voire de No More Shall We Part, il se fait friable, crooner. The Crying Light, n'est-ce pas d'ailleurs la plus belle définition qu'on puisse donner de la voix d'un crooner : pleurer lumineusement par compassion pour la Nature et les Hommes. Réduire en frissons l'inconvénient d'être né.


Ainsi, de sa voix d'ange, Antony célèbre le miracle d'avoir une peau sur les os pour sentir, des mots dans le cerveau pour dire, une flèche dans le coeur pour s'ouvrir. Sur "Another World" ça donne : "I'm gonna miss the sea / I'm gonna miss the snow / I'm gonna miss the bees / I miss the things that grow". Spleendide. Cette aura, ce manteau neigeux, comment ne pas s'y sentir chez soi ? Ne pas en faire l'éloge ? Ne pas vouloir qu'un maximum d'entre vous s'y love ?



Bientôt les épisodes précédents, mes 3 autres chroniques de The Crying Light


Mon interview d'Antony and the Johnsons à l'époque d'I Am a Bird Now


Partager cet article

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article

commentaires

Annick Berger 05/04/2009 21:34

les 2 culterreux qui salissent cette page de leurs propos immondes sont bien évidemment trop vils, trop “1er degré” pour apprécier la justesse et la finesse de la chronique du pigiste, chronique qui mêle, chose rare, intelligence et sensibilité.

Callivero 06/02/2009 07:39

Entièrement d'accord avec toi pour tv on the radio, par contre, j'avoue que si Anthony est séduisant de prime abord, je n'arrive pas à l'écouter bien longtemps...sais pas pourquoi !

Fani 01/02/2009 14:30

Antony s’est transformé en grosse MERINGUE, oui ! Everglade dégouline de romantisme Disney j’ai l’impression que Natalie Imbruglia va surgir du placard pour chanter “une cloche sonne sonne” au début de Dust and Water, juste avant qu’Antony ne commence sa prose de “lalalammhmomo ohoh dust and water, water and dust” Ouais,une chanson (trop courte) sur deux ça croone presque. J’imagine bien les journalistes conviés au breakfast chez Beggars, religieusement à l’écoute de la voix de l’Ange, puis échangeant des analyses de la prose Hegartienne en fumant leur clope dehors : “kiss my name, kiss my name, kiss my name. Splen-dide”.

Sylvain Fesson 01/02/2009 14:32


Je vois ce que tu veux dire Fani. J’ai vu le clip du dernier single d’Antony récemment, celui des frères Wachowski, et c’est vrai que le coup des papillons qui lui sortent du bec, c’est de l’auto
caricature lourdingue à mort, mais bon musiclament parlant j’avais peut-être besoin d’un truc un peu Disneyland ce jour-là Surtout que pfffff, chez Beggars, à part un café, y’avait rien à se mettre sous la dent hein.


Cecil 01/02/2009 14:29


C’est TV ON the radio.
Avant de pleurnicher sur la difficulté du statut des chroniqueurs musicaux peut-être serait-il plus indiqué de relire la pertinence de ses papiers ?

Sylvain Fesson 01/02/2009 14:32


Tu cherches la baston ?!


marie 30/12/2008 23:24

désolée mais je trouve cet album en dessous de "i'm a bird now", même s'il contient quelques belles pépites et il n'a pas fallu attendre cet album pour se rendre compte qu'antony est un vrai crooner

Sylvain Fesson 01/01/2009 19:01


ll n'est pas en dessous. Il est juste plus contemplatif. Sans doute es-tu moins sensible à ce parti-pris, qui à mes yeux révèle plus que jamais sa dimension de crooner-impressionniste (pléonasme),
au détriment du côté diva-expressionniste (re-pléonasme) du disque précédent.