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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 23:31
The Next Bug Thing





"Notre musique fonctionne comme une sorte de monde parallèle"


"Plutôt qu'apocalyptique je dirais que notre album est chaotique"




 







On va parler de votre musique, j'y tiens. Mais avant toute chose j'aimerais qu'on parle image. Ca a l'air important pour vous l'image. En allant sur votre Myspace j'ai vu que aviez déjà réalisé 5 vidéos clips.
Samuel : On voit juste ça comme l'occasion de s'amuser un peu...


Ça ne vous intéresse pas plus que ça de faire des clips ?
Samuel : Non, honnêtement, pour nous ce n'est pas quelque chose de nécessaire, si on le fait c'est plus parce que notre label juge nécessaire d'en faire. La plupart de nos clips ne disent rien que nos ne chansons ne disent déjà, c'est juste des idées visuelles...
Andrew : On est d'ailleurs déçu de certains de nos clips.


Lesquels ?
Andrew : "Space and the Woods" est notre plus grosse déception. Il a été réalisé par Ian Emes, un type qui a beaucoup travaillé sur l'identité graphique de The Wall de Pink Floyd. En fait on voulait quelque chose d'assez arty pour refléter le fait qu'on utilise du vieux matos. Mais il a dit : "Je peux faire votre clip, j'en ai vraiment envie, mais j'ai besoin de 6 mois". Là-dessus notre label a dit : "Ok, mais tu as une semaine !"


Je vois le hic. Comment connaissiez-vous son travail ?
Andrew : On avait vu certaines de ses vidéos. Et puis on connaît sa fille qui fait elle-même des films d'animation. Un jour on lui a donc demandé si on pourrait rencontrer son père...
Samuel : Le travail autour de notre image, on prend ça comme l'occasion de nous amuser. As-tu vu le clip de "Focker" ?


Oui.
Andrew : On a fait ça avec très peu de moyens et c'était fun !
Ross : En comparaison, "Space and the Wood" a coûté 4 fois plus cher. Ca restait marrant à faire mais moins que "Focker" parce que lorsqu'il y a beaucoup d'argent en jeu, ça gâche le plaisir. Sur "Focker" il n'y a pas d'effets spéciaux, on a fait avec deux francs six sous. Andrew : Le montant qu'il y a sur ton compte en banques (rires) !


Qui a réalisé le magnifique robot en carton qu'on voit dans le clip de "Focker" ?
Andrew : C'est Dan Brereton, le réalisateur du clip. Il a dessiné le robot et c'est une fille dont je ne me rappelle plus le nom qui l'a construit. Et c'était fantastique. Le robot est animé par un type qui porte ça comme un déguisement et à la fin du clip il nous tabasse pour de vrai !
Sam : À chaque fois qu'on fait un clip on se fait maltraiter ! Pour celui de "The Bears Are Coming" on a dû se lever à 5h du mat' pour marcher dans la forêt et pour "Focker" on a passé une journée entière enfermé tous les quatre dans une petite pièce à devoir gigoter comme des fous et nous jeter littéralement sur nos instruments et contre les murs. En plus il y avait de la fumée. Ah, cette fumée ! Moi qui suis quasi asthmatique, je n'en pouvais plus. Et il fallait sans cesse qu'on refasse les scènes.


Y a-t-il une sorte de message dans le fait que ce robot vous tape, vous musiciens, vous humains ?
Andrew : Tu veux dire un message genre les hommes contre les machines comme il y en avait dans la science-fiction des années 60-70 ? Non, ce genre de choses c'est daté. C'est comme l'aéroport Charles de Gaulle. A l'époque son style architectural devait être jugé moderne et tout mais maintenant c'est daté. Mais ça reste tout de même beau, fascinant en un sens. Parce que les choses peuvent être simples, datées et frapper encore l'esprit.
Sam : Comme ces vieux films de SF : Le Mystère Andromède, 2001 Odyssée de l'espace, Solaris...


Dans le clip de "The Bear Are Coming" vous jouez avec les initiales de votre nom de groupe, le L, le O, le T et le P, comme si c'était des symboles ésotériques, mystiques. Ca m'a fait penser aux pubs que faisait Playstation il y a quelques années. Elles déliraient pareillement autour des 4 symboles de sa célèbre manette.
Samuel : C'est vrai qu'on les aborde nous aussi comme une sorte de schéma combinatoire un peu mystérieux. Notre logo est une fusion de ces 4 lettres. Ça donne quelque chose d'assez organique, sexuel...
Andrew : D'ailleurs on a dû avoir cette idée en regardant un film de cul (rires) !


Qui est l'auteur de votre logo ?
Andrew : C'est Samuel.


Moi quand je le regarde j'ai l'impression que la manière dont s'emboîtent le L, le O, le T et le P former un flingue !
Samuel : Un flingue ?!
Andrew : Ce n'est pas faux, mais alors un flingue tout zarbe dont on se demande comment il pourrait fonctionner


Un flingue de SF !
Andrew : Oui, forcément ! As-tu vu Krull ?


Non.
Andrew : C'est un vieux film d'aventure SF. Notre logo-flingue pourrait très bien s'intégrer dans ce genre de films où les héros ont tout un tas d'armes bien tordues ! On a un autre logo où les initiales de notre nom de groupe forment un triangle. L'idée de ce genre de logo c'est de permettre de mieux nous identifier et voilà, nous on va sortir notre deuxième logo pile poil au moment où les gens auront commencer à nous identifier avec notre premier logo (rires) !


Le style graphique de vos logos me fait penser au travail de Druillet, un dessinateur de SF français des années 70. Voici un recueil de certains de ses dessins.
Andrew : Wouah ! Ca ressemble à ce que fait Roger Dean, un artiste anglais de la même période qui a entre autre illustré des pochettes de Yes.


Alors ça te plait Druillet ?
Andrew : Carrément ! J'aime ce genre de BD, d'univers, je suis un gros geek. C'est pour ça que j'aime la scène musicale française. Beaucoup des groupes français que j'ai rencontré sont de gros geeks, comme l'est Erol, notre producteur. Erol, c'est juste un gros geek, un fou de musique. En ce moment nous tournons avec Breakbot, un parisien dont certains des morceaux sonnent un peu comme ce que fait le label Ed Banger, très disco, très cheesy. Et Breakbot, c'est aussi un gros geek. La musique et les geeks font bon ménage.


Et donc les geeks que vous êtes ne se préoccupent pas plus que ça de peaufiner l'univers visuel de leur groupe ? Quand on forme un groupe de musique et qu'on est des geeks j'imagine qu'on a toujours la tentation de proposer plus que de musique mais un véritable univers multimédia...
Samuel : Nous avons en effet plein d'images en tête, mais comme notre but c'est de déclencher l'imaginaire et qu'on estime que notre musique génère déjà en elle-même des images dans la tête des gens, on pense qu'on pourrait s'abstenir de faire des clips. Surtout que c'est dur de faire un bon clip. La plupart du temps quand tu en fais un tu dois te battre pour ne pas être redondant avec les images que la musique évoquent toute seule. En même temps tu dois réussir à ne pas être trop ambitieux, à ne pas vouloir exprimer avec le clip tout ce que tu as déjà voulu exprimer avec ta chanson, parce que voilà, ce n'est qu'un clip, il doit venir compléter la chanson. Or nous nous si on voulait vraiment être à la hauteur des images qu'on a en tête il nous faudra des budgets de fous, ce qu'on n'a pas, et ce ne serait peut-être plus des clips à l'arrivée mais des mini films. Peut-être qu'un jour on fera des films...


Votre The Wall !
Samuel : Peut-être pas aussi politique...
Ross : Quelque chose de plus arty et décalé à la Monty Python peut-être !
Samuel : Oui, mais voilà pour l'instant on fait de la musique et dans l'absolu, si on avait le choix on préférerait ne faire que de la musique et laisser l'imagination faire son travail parce qu'elle est plus puissante que n'importe quel clip.
Andrew : Notre musique fonctionne comme un monde en soi, une sorte de monde parallèle. Je pense que les réalisateurs sont conscients de ça et qu'ils le transcendent à travers leurs clips. C'est ce qu'a fait Saam Farahmand avec le clip de notre morceau "The Bears Are Coming" comme il l'a fait pour le clip de "Feedback", le dernier single de Janet Jackson
Sam : C'est étrange de parler du regard des gens alors que nous nous adressons plutôt à leurs oreilles. On est tellement immergé dans notre musique, son univers, que lorsqu'on en sort on est un peu étonné d'être perçu comme un groupe multi sensoriel. De voir que les gens captent eux aussi un peu de ce monde parallèle dans lequel nous baignons. Mais c'est bon signe, ça veut dire qu'on touche les gens sur plusieurs plans, auditifs, visuels, etc. On est super content de réussir ça à une époque où il est très dur de captiver les gens parce qu'ils sans cesse stimulés par 36 000 choses à la fois...


Là-dessus votre musique semble jouer la carte de la surenchère. Hyperactive, instable, elle incorpore telle un mash-up plein d'éléments en perpétuel changement. D'ailleurs en l'écoutant, je me suis à échafauder une hypothèse à son sujet et vous allez me dire ce que vous en penser. Mon hypothèse c'est que votre musique est le reflet d'Internet et de la manière dont il bouleverse les codes musicaux. Comme Internet votre musique est emphatique, boulimique, elle zappe et mélange tous les genres dans un même mouvement. Et je me disais donc qu'en un sens Internet agissait peut-être sur votre musique comme le LSD avait agi sur celle des Beatles à la fin de leur carrière, en la rendant monstrueusement psychédélique. Qu'en pensez-vous ?
Andrew : C'est une hypothèse intéressante mais à vrai dire nous ne sommes pas de gros utilisateurs d'Internet. On ne télécharge pas des tonnes de disques. Internet, on voit juste ça comme un outil générationnel, un truc qui à un moment nous a permis de mettre des démos de nos chansons en ligne.
Sam : Aujourd'hui Internet est dans tous les foyers, et c'est utile lorsque comme nous tu habites un petit village, car ça te permet d'écouter plein de choses, d'élargir ton horizon.
Samuel : Mais en même temps notre imagination n'a rien à voir avec Internet. A la limite, elle a plus à voir avec le fait de s'asseoir en plein milieu d'un champ. Enfin je dis ça mais en fait je trouve qu'un champ c'est aussi ennuyant qu'Internet. Tout ça c'est pareil. Et nous, tout ce qu'on fait on le fait pour lutter contre l'ennui.


Andrew, tout à l'heure tu évoquais l'écurie Ed Banger. Je trouve qu'il y a une sorte de lien entre votre album et celui de leur groupe phare, Justice, car vos deux disques véhiculent un côté odyssée ou opéra électro rock, comme s'il titillaient la notion de concept album.
Andrew : Vous ne pouvez pas dire ça en France, c'est un gros à ce qu'il parait !


La notion de concept album ?
Andrew : Oui !


Ça dépend avec qui tu causes !
Andrew : Je ne pense pas que notre album soit un concept album parce qu'il n'est soutenu par aucun concept précis. Il y a plusieurs petits concepts mais il n'y en a pas un gros.


Mais votre album raconte une histoire, non ?
Andrew : Si c'est le cas, c'est un hasard ! C'est juste que lorsque nous avons fini ces morceaux nous nous sommes demandés comment les organiser ensemble pour qu'ils forment un tout cohérent.
Samuel : Le truc aussi c'est que la plupart de ces morceaux datent d'il y a 4 ou 5 ans. Ils sont comme les différentes facettes d'une même histoire qui serait l'histoire de notre évolution en tant qu'individu, l'histoire de notre devenir en tant que jeune adulte, l'histoire de l'excitation qui nous habite encore en tant qu'adolescent et de toutes les émotions qui vont avec. Enfin, je ne sais pas. Cet album est si riche que je crois qu'on peut y voir ce qu'on veut.


J'ai l'impression que cet album sonne comme une apocalypse, mais une apocalypse grotesque, hédoniste...
Andrew : ça m'étonne toujours que les gens trouvent que notre album soit apocalyptique. C'est juste qu'il sonne comme la fin de quelque chose et le début de quelque chose d'autre.
Sam : Peut-être aussi qu'il reflète malgré lui cette période crise et de chaos dont on parlait tout à l'heure. Plutôt qu'apocalyptique je dirais donc de notre album qu'il est chaotique.




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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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