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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 01:34
The Next Bug Thing ?


J'ignore s'ils occuperont encore les esprits en 2009, mais si ces quatre anglais hauts comme trois pommes ont agité le circuit rock en 2008 avec la sortie de leur premier album, Fantasy Black Channel, ils ne l'ont pas volé. Car contrairement à ce qu'ont pu dire des petits malins pressés à l'idée de se farcir une "next big thing", la musique des Late Of The Pier n'est pas qu'un maelström barré jouant la carte de la barjitude à tout prix pour exciter une industrie en mal de nouvelles nouveautés. Leur disque est fou-fou puisque s'y télescopent, pillés, tous les genres et sous genres du rock, du hard à l'électro, du glam au psyché, mais il n'est pas une mascarade post "nu rave" à la Klaxons ou un autre péplum "technolo-geek" à la Justice. Tout en coloriant comme un sagouin, ce disque pirate contient des chansons. Le 8 octobre dernier, quelques minutes avant leur passage sur la scène du Grand Journal de Canal+, tout cela m'a donné envie de longuement converser avec Samuel Eastgate, alias Samuel Dust, le chanteur pas souriant, Andrew Faley, alias Francis Dudley Dance, le guitariste au cheveux longs, Sam Potter, alias Jack Paradise, le claviériste à gueule d'ange et Ross Dawson, alias Red Dog Consuela, le batteur rouquin.




"Notre motivation c'est de ne pas perdre notre excitation"


"Beaucoup de critiques jugent les groupes histoire d'amuser la galerie"




Bonjour Ross, bonjour Sam. Alors il parait qu'hier soir vous avez joué sur le plateau de l'émission Ce soir ou jamais. Comment c'était ?
Ross : Surréel !


Pourquoi ?
Sam : Hé bien pendant une bonne heure et demi les invités de l'émission ont débattu le plus sérieusement du monde de la crise économique et hop après ils ont invité un groupe de rock à venir jouer : nous !


Et il n'y a aucun lien entre votre musique et la crise économique !
Ross : Hé bien non, je ne pense pas ! Ça faisait donc un gros contraste. (Andrew arrive et s'installe bien en face du dictaphone.)


Bonjour Andrew. Bienvenue ! Nous parlions de la crise économique.
Andrew : Super ! En un sens la crise c'est bon pour nous car elle donne aux gens l'envie de s'évader, de se distraire. Et distraire les gens, les amuser, ça on sait faire. A part ça, je suis assez excité de voir ce qui va se passer. Ca peut être intéressant si tout le système économique se casse la gueule.


J'ai lu qu'à Londres les riches sont tellement flippés qu'ils se sont mis à faire leurs courses chez les hard discounts...
Sam : Oui, c'est triste.
Andrew : Mais je pense que c'est positif. Quelque chose de positif émerge toujours de ce genre de situation catastrophe. Plein de travailleurs vont quitter la City parce que des banques vont fermer et qu'il y aura donc moins de boulot, mais je me demande si les riches vont être touchés par la crise.
Ross : Les riches sortent leur argent des banques pour le mettre sous leur matelas. Moi il ne peux rien m'arriver : je n'ai que 60 pounds sur mon compte !


Vous n'avez pas l'air trop stressé avant de monter sur scène...
Andrew : On essaie de ne pas trop y penser...
Ross : C'est super de jouer à la télé française...


Pourquoi ?
Andrew : Parce que jusque-là chez vous, contrairement à la télé anglaise où on ne joue jamais live et où s'ennuie horriblement, on a joué live et il n'y avait pas un type pour haranguer le public, genre : "Allez amusez-vous, applaudissez !"


Pourtant chez nous aussi ça existe les chauffeurs de salle...
Andrew : Sans doute mais en tout cas il n'y en avait pas lorsqu'on est passé dans l'émission Ce soir ou jamais. La scène était belle, blanche, bien éclairée, les plans de caméras étaient supers, bien rythmés et personne n'était là pour dire à la foule de péter les plombs quand on arriverait sur scène. Ils ont juste dit : "Voici Late Of The Pier". C'était soft, smart.


Quelle chanson avez-vous jouée ?
Andrew : "Mad Dogs & Englishmen". D'habitude c'est une de nos chansons qui marche le moins en concert parce qu'elle est plus laid back et qu'elle fait moins appelle aux samples.


Vous ne vouliez pas trop chahuter le public de Ce soir ou jamais !
Sam : Je trouve ça dur de jouer à la télé parce que d'habitude quand on joue live on sent l'excitation de la foule, les gens se lâchent et toi sur scène tu sens cette énergie, et tu sais qu'elle est sincère. Quand tu joues pour la télé c'est moins le cas, l'excitation du public est plus mise en scène parce que tu ne joues qu'un titre, qu'il y a les caméras...
Ross : C'est vrai, mais apparemment hier soir le public de l'émission a semblé avoir vraiment aimé notre prestation. On a bien été applaudi.


Depuis quelques mois, comme votre premier album est enfin sorti, mais d'ailleurs le cas avant qu'il ne sorte, la presse ne tarit pas d'éloges sur vous. Comment vous vivez ça ?
Tous : Ça va ! (Samuel, le leader, vient d'arriver et se tient debout un peu à l'écart, visage fermé, sérieux)


Bonjour Samuel. Nous discutions du statut de "next big thing" que vous ont conféré les médias. Qu'en penses-tu ?
Samuel : Pour eux on est « the next big thing » depuis qu'on a joué notre première chanson live à Londres. Les médias disent ça à chaque fois, pour un peu n'importe quel groupe. Honnêtement, tout ça ne rime à rien, je pense que personne ne peut dire quel sera le prochain groupe qui va vraiment compter. A la limite être "the next big thing" c'est plutôt une tare, ça veut dire que tu ne seras jamais vraiment quelque chose, c'est un effet d'annonce qui te réduit au statut de nouveauté qui sera très vite remplacée par une nouvelle nouveauté. Les médias disent juste ça pour vendre du papier !
Andrew : Ce qui est marrant avec cette appellation de "next big thing" c'est que d'un côté si tu n'es pas "the next big thing" ça veut dire que tu n'es rien, que tu n'existes pas, mais d'un autre côté si tu es "the next big thing" ça veut dire que tu seras dépassé dans deux mois. Tout cela est très paradoxal et montre bien l'absurdité de la chose...


On est d'accord...
Andrew : Nous notre motivation numéro une en ce moment, comme nous sommes encore très jeune et qu'on continue d'apprendre, c'est de tout faire pour ne pas perdre notre excitation et notre plaisir à faire ce qu'on fait. Surtout que c'est en nous faisant plaisir qu'on pourra faire plaisir aux gens. Pour nous c'est dans ce sens-là que ça marche, pas l'inverse. Et c'est super important pour nous cette notion de plaisir à entretenir car on se lasse vite des choses. On a toujours besoin de rester en mouvement si on s'ennuie. Pour faire nos concerts, on n'a pas de budget en or, on a juste un peu d'argent et des idées, mais voilà ça semble marcher. Ça plait aux gens, ça les excite. Donc voilà si c'est cela être "the next big thing", pourquoi pas. Tant que les gens sont excités par ce qu'on fait au point d'avoir envie d'en savoir plus sur notre musique, c'est bien.
Sam : En France on est signé chez Because Music mais pour le reste du monde on est chez Emi, donc on ne sait pas trop comment on est perçu en France, mais on en a eu un petit aperçu la dernière fois qu'on est venu à Paris pour deux jours de promo. Les journalistes qu'on a rencontrés ici étaient vraiment enthousiastes.


Parce qu'ils rencontraient la "nouvelle sensation" anglaise !
Sam : Non, on les sentait vraiment intéressé par notre musique. C'était des mecs de 40-50 ans, des types très intelligents. Ils nous ont posé les meilleures questions qu'on ne nous ait jamais posées.


Quel genre de questions ?!
Tous : (rires)
Sam : Ce n'était pas vraiment des questions, plus des thèmes de discussion, du ressenti...
Andrew : Je ne sais pas trop ce qu'il en est en France mais en Angleterre, la plupart des journalistes de presse écrite ne veulent pas parler de musique. Si tu es une célébrité ou une personnalité, c'est de toi qu'ils veulent parler.


Cette dérive people touche aussi la presse française, mais pas trop notre presse rock parce que comme le rock n'est pas notre culture populaire, mais celle des pays anglo-saxons, chez nous ça reste quelque chose de fort, d'artistique. En général lorsqu'on parle de rock on parle donc de la musique, de l'œuvre en elle-même.
Andrew : Je vois. En tous cas c'est ce genre d'expérience qu'on a eu lorsqu'on venu donner des interviews à Paris. On s'attendait à être interviewé par des jeunes rédacteurs de webzines fascinés par le fait qu'on soit "the next big thing", mais non on a plutôt été interviewé par des mecs qui sont dans le métier depuis près de 30 ans et qui ont écrit en temps réel sur les décennies musicales dont nous nous inspirons. Et ces mecs nous disaient : "Bon Dieu, votre musique me met sur le cul !"


Mais comme vous êtes un peu partout glorifiés comme "the next big thing", certains journalistes font de vous leurs têtes à claques préférées. Ainsi je connais un journaliste français qui vous a dégommé en vous décrivant sommairement comme un vulgaire mélange des Klaxons et de Simple Minds. Qu'en pensez-vous ?
Samuel : Hé bien je me demande bien laquelle de nos chansons il a pu écouter pour penser cela ! Ou quelle partie de quelle chanson ! Que dire ? Beaucoup de critiques de presse écrite sont payés pour juger les groupes histoire d'amuser la galerie. Je trouve ça dommage. La musique ne devrait pas être traitée comme ça. Ce journaliste dont tu parles, il n'a pas compris qu'on cherche juste à s'amuser. Il nous a jugé super sérieusement, du haut de son super cerveau de critique qui sait si bien trier le bon grain de l'ivraie. Les critiques font surtout ça en Angleterre. Les gens qui nous aident sont ceux qui ne nous jugent pas à la première impression. Erol Alkan, notre producteur, nous connaît depuis un an et il ne nous a jamais jugé. Le truc c'est que notre musique est dure à capter au premier abord. Il faut l'écouter à plusieurs reprises pour pouvoir vraiment rentrer dedans.



(Suite et fin.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Alex 16/12/2008 09:52

Bien l'interview. Plutot intelligents les petits gars, suis tres agréablement surpris. On est loin des branleurs-maitre du monde-qui se la pètent. J'aime bien :))

Sylvain Fesson 16/12/2008 12:10


Eh oui oui, et ce n'est pas une fausse interview, genre je ferai les questions et les réponses ! Tu verras ils sont pas moins "intelligents" dans la deuxième partie de l'interview que je mettrai en
ligne ce soir.