Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 19:22
Next Bug Thing ?


"L' intérêt d'aujourd'hui ne connaît que l'intéressant. Et intéressant veut dire : ce qui permet à l'objet en question de redevenir indifférent l'instant d'après et d'être remplacé par un autre qui nous concerne tout juste aussi peu que le premier. Aujourd'hui l'on estime souvent honorer beaucoup une chose en la jugeant intéressante. En vérité, un pareil jugement abaisse la chose intéressante au niveau des indifférentes et il la repousse parmi celles qui bientôt seront ennuyeuses." Voilà comment en 1952 Heidegger définissait ce que des années plus tard le NME nommerait "the next big thing", soit, en français, "la nouvelle sensation". Cette année, dans cette catégorie, nous avons eu Vampire Weekend et MGMT dont je vous ai déjà parlé. Place maintenant au cas Late Of The Pier.


Ces 4 anglais réunis depuis 2005 sous la bannière LOTP ont été buzzés comme pas permis en amont et en aval de la sortie en août de leur premier album, Fantasy Black Channel. Parce qu'ils sont jeunes, mignons, facétieux, que leur musique, gonflée et composite, revêt, en apparence, les attributs d'un phénomène sans précédent, et que voilà en Angleterre ça fait des décennies qu'on ose signer de gros chèques à des post pubères pour qu'ils montrent au monde ce qui se passe dans le corps et l'âme de sa jeunesse par la voie de guitares, basses, batteries. On appelle ça la pop ou le rock. 50 ans ont passés et tout cela nous reste globalement étranger. En France je veux dire. Tout ça pour dire que cette histoire de « next big thing » est lourde de soupçons pour notre beau pays qui a toujours su habilement distinguer l'art du bizz. Alors quand ces LOTP débarquent auréolés du statut de "next big thing" je me méfie. Je me dis qu'on cherche encore à nous faire passer des morveux pour des Mozart post-moderne. Parce que en plus leur dossier de presse les présente comme la relève du "phénomène" 2007, à savoir les Klaxons. Et vous vous rappelez de ce groupe et de leur soi-disant "nu rave" ?


J'aurais donc pu en rester là, campé sur mes a priori et sortir plumes et goudrons, excité de tenir une belle baudruche marketing justifiant le passage à tabac. Mais je devais reconnaître que la première écoute du disque, si elle ne m'avait pas tout à fait convaincu, ne m'avait pas non plus laissé indifférent. J'avais pris un certain plaisir à me faire chahuter par cette sorte de mash up musique épique et hyperactive évoquant tout à tour Queen, Bowie, Muse, Marylin Manson, Justice, Daft Punk, Gary Numan, Slades, Sex Pistols, Of Montreal et même Ima Robot, des américains qui avaient fait sensation fin 2003 avec un premier album éponyme sous estimé qu'on trouve aujourd'hui pour une boucher de pain chez les disquaires d'occasion. J'ai donc réécouté l'ovni. Et passé le vertige du premier contact, au fil des écoutes j'ai découvert que tout ce bazar trash, cosmique, dark et cheesy s'emboîtait. Je ne voyais plus les briques, mais le mur. En un mot j'ai vu les chansons émerger. Je ne savais toujours pas par quel côté les prendre, mais une chose est sûre : elles me prenaient de tout côté, me fracassant la tête et donnant furieusement envie de me démembrer sur un dancefloor. Dans sa fusion d'emprunts plus ou moins inconscients à la grande mémoire pop, du hard au glam, de l'electro au psyché, c'est comme si la musique des LOTP fonctionnait à l'image du web 2.0., faisant tourner des algorithmes en surchauffe, zappant sans fin entre tout et son contraire. Je leur ai d'ailleurs exposé cette théorie en interview. Trop performative, démonstrative, orgiaque, cette musique n'est donc pas destinée à être écoutée en boucle, mais dans son élan fourre-tout a quelque chose d'euphorique et de salvateur. Car, pardon du jeu de mots, mais il fourre, nique et n'est-ce pas parfois le propre de "l'art" de déborder sauvagement de formes et de couleurs ?


Je ne tomberais donc pas dans le piège de mépriser la musique des Late Of The Pier. Au-delà du déballage théorique, j'aime son foisonnement, maladresses et fulgurances incluses. Bien sûr on pourra toujours me dire qu'elle est jeune, naïve, qu'elle fait partie du Spectacle avec un grand "S" et alors ? Elle n'est le Spectacle. Dernièrement j'ai lu dans Libé un article éclairant à ce sujet. Il parlait de Jacques Rancière, à l'occasion de la publication de son dernier livre, Le Spectateur émancipé. Le "mouvement de pensée" de ce philosophe a toujours consisté à prendre "le parti des ignorants, des incultes, des incapables et de tous ceux qui sont décrétés tels". Et il disait qu'il faut sortir de la critique facile du spectacle parce que "la critique du spectacle est un maillon du spectacle". "Le problème n'est pas d'opposer la réalité à ses apparences. Il est de construire d'autres réalités". Enième "next big thing" par la force des choses, LOTP s'y essaie. The show must go on.



(Suite.)


 

Partager cet article

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article

commentaires

Alex 15/12/2008 11:55

Ahhhh !! Remarque après les couleurs criardes de LOTP, The Album Leaf, c'est tres reposant !

Sylvain Fesson 15/12/2008 16:03


Les monstres c'est comme la honte : c'est bon.
Les couleurs pastels de The Album Leaf aussi.
Faut varier les plaisirs ;-)


Alex 15/12/2008 11:04

- Vite Steve ! Le monstre LOTP vient de chopper Sylvain !- Nonnnn ! Damned ! Il n'est peut etre encore pas trop tard ?- Pas sur... Il semble avoir succombé à cette bouillie qui nous donne la nausée.- Arghhhh, non, SYLVAINNNNNNNNNNNNN !!!:-)))

Sylvain Fesson 15/12/2008 11:51


Yeah we need some kind of monster !
A part ça il y a quelques années j'ai moi aussi succombé au In a safe place de The Album Leaf ;-)