Jeudi 27 avril 2006

Solas, c’est le trio rock qui monte. Leur premier album, Viens sur moi, vient de sortir et s’apprête, avec son rock brûlant dans une veine glam gavroche, à tenir la dragée haute à Luke et Déportivo. Entre autres. Interview fleuve.

Mon petit frère, fan de Muse et de Placebo devant l’Ephémère - adolescence oblige – a pris son pied – à sa manière bien à lui, très silencieuse, introvertie – de les voir éclater en live leur rock glam, lyrique et nerveux à la Oui Oui Party de OUI FM. Leur sincérité, leur furie scénique, mais surtout leurs chansons, toujours bien troussées qu’elles soient ballades ou brûlots purs, y sont pour quelque chose. Elles ont bien sûr ce petit truc dans les veines qui évoque Noir Désir – qui à 30 ans et faisant du rock en français n’affiche pas quelques sains stigmates lié à la découverte des rockers bordelais ? –, mais ils n’ont pas à en rougir, c’est juste un gimmick. Un tremplin pour installer leur propre style. Radio Néo, qui a aussi mordu à leur âme-son, diffuse depuis un moment leur single "Quand la ville dort" – qui a déjà servi d’illustration sonore pour une pub de céréales – et les a programmés à sa soirée "Outrageusement public" d’avril. Leur premier album, Viens sur moi, est dans les bacs des Fnac depuis le 20 avril. Et sincèrement, il envoie dur à chaque plage. Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenu. Si quelques médias leur tombent dessus, c’est sûr, Solas va exploser ! Le 13 juillet 2005, sur la foi d’un concert à la Scène Bastille et de l’écoute de leur dernier maxi, nous étions en studio avec Paul Solas, Denis Richards et Arnaud Queudeville pour discuter de tout ça.

Les débuts du groupe
"On faisait des reprises de standards blues à notre sauce"
"On ressentait le truc en tant qu'instrumentistes"


Denis : L'énergie qu'on a donné ce soir-là à la Scène Bastille, ce n'est pas parce qu'on était à la Scène Bastille qu'on l'a donnée, non, c'est juste qu'on prend du plaisir à jouer.
Paul : L'ambiance est froide dans ce genre d'endroits, surtout quand tu n'es pas connu, car les gens ne se déplacent pas. Et ce n'est pas non plus un endroit où les gens font n'importe quoi, où les gens délirent. La Scène, ce n'est pas super underground. Pour réchauffer l'atmosphère, il faut donc ne pas avoir peur d'y aller, de se donner.

Vous êtes plutôt habitué à jouer dans les bars ?
Paul : Ouais, on en a fait pas mal dans les bars. On aime bien. On a appris à faire de la musique comme ça et c'est bien. Mais bon, après on ne va pas jouer dans les bars toute notre vie, ce n'est pas le but. Mais dans les bars, c'est vrai qu'il y a autre chose, une autre énergie.


Solas a commencé dans les bars ?
Denis : En fait, Paul et moi on s'est tout simplement rencontré dans un bar où je faisais un concert de reprises. Parce qu'on jouait chacun des reprises pour gagner notre vie. C'était il y a cinq ans.

Vous venez du même coin ?
Denis : Non, du tout. Moi je viens de Saint Denis.
Paul : Moi je suis né à Angoulême et j'habite Paris.
Arnaud : Moi je viens de Caen. Là-bas je faisais de la reprise rock, du bal, un peu de tout. Je suis venu à Paris pour la musique. Mais arrivé ici, je n'avais rien du tout avant de rencontrer Paul et Denis, je cherchais à travailler, mais ne jouais dans aucun groupe. Quand tu arrives sur Paris et que tu ne connais personne, c'est dur...
Paul : Hmm, tu cherchais des mecs, toi (rires) !
Denis : Qu'on se rencontre, c'était donc un hasard. Et puis on a monté un groupe de reprises blues, on a fait quelques concerts comme ça et ensuite on s'est dit qu'on allait faire des compos.
Paul : En fait, on avait trouvé un batteur, donc on était un trio. On a fait un album de reprises de standards de blues vraiment à notre sauce et on a tourné deux ans avec ça. Et après oui, on s'est dit qu'on allait faire des compos. Et donc fallait s'y mettre, parce qu'on n'avait rien !


D'un coup c'était galère de vous mettre à l'écriture de vos propres compos ?
Paul : Ouais, car, à priori en tout cas, il n'y a rien qui lie le blues d'avant-guerre au rock français, au niveau de la voix par exemple. On s'est donc un peu cherché musicalement. On bossait avec un batteur mais de manière moins impliquée que maintenant et c'est en rencontrant Nicolas, notre manager, qu'on a rencontré Arnaud. C'était à l'époque où l'on n'avait plus de batteur. Maintenant, ça fait un an et demi qu'on se connaît. Un an et demi que le groupe a commencé, vraiment, d'un point zéro. Concret. Ça fait un an et... huit mois qu'on est tous les trois ensemble. On compte parce qu'on ne sait jamais ! tout ça va tellement vite. Pendant un an donc on a vraiment bossé les répét', on a vraiment travaillé des morceaux, on a fait beaucoup de concerts, avec nos propres moyens, les moyens du bord : notre matos, notre sono, nos voitures et puis Nicolas qui s'occupe de tout ce qui est com', putes et plans avec les mairies.


Comment êtes-vous "passé du blues au rock" ?
Denis : On n'est pas passé du blues au rock, on a toujours écouté du rock, mais on aimait juste jouer du blues ensemble.
Paul : Ouais, du blues vachement rock quand même.


C'était quoi les morceaux par exemple ?
Paul : Des reprises de Robert Johnson, Hank Williams, une des Stones, un standard de blues dont je ne savais même pas qui l'avait composé... Mais on a toujours été vachement rock en fait, la difficulté c'était qu'on ressentait le truc en tant qu'instrumentistes. Je veux dire ensuite, niveau chant, pour que je trouve un truc aussi percutant en français, ça a été vachement de boulot, du boulot aussi dans les compos. Il fallait essayer plein de trucs pour se dire à un moment : "Hop ! c'est ça, ça le fait". Ce n'est pas très réfléchi et maîtrisé non plus, ça le fait aussi parce qu'on s'apprécie et qu'on travaille ensemble régulièrement. On a le même but, c'est pour ça que ça fonctionne. On ne fait pas du tout de la musique "à la manière de" ou en se disant : "On va essayer du funk, du rock, du zouk...". Non, pas du tout. Notre musique est un prolongement de notre expérience dans la musique jusqu'à notre rencontre et... jusqu'à aujourd'hui !




par Sylvain Fesson publié dans : DISCussion
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