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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 01:06
Amor de honte














Après deux albums biberonnés au rock de stade écoulés à plusieurs millions de copies et un album d'inédits et de faces B, les Killers entament le deuxième chapitre de leur jeune carrière. Sur Day & Age, assistés par le producteur du Confessions on a Dancefloor de Madonna, ils s'aventurent cette fois dans un pan plus dansant et minimal des eighties. Mais tuent-ils toujours ?


Depuis quelques années, disons 3 ans, après essoufflement de la vague du "retour du rock", une autre lame de fond, plus profonde, s'est mise à traverser et reformater le rock. L'effet Damon Albarn et Gorillaz ? Timberlake et Timbaland ? Myspace et YouTube ? Plein de groupes se sont ouverts à d'autres sonorités. En 2006, Muse, qui déclare vouloir faire un morceau mêlant R&B et opéra italien pour sur son prochain disque, avait sorti un single très disco-funk-Prince et un album étonnant aux sons proches d'ABBA. On a ensuite retrouvé cet axe "synthé cheap dancefloor" chez MGMT, Keane et Kaiser Chief. Le prochain Franz Ferdinand devrait lui aussi s'inscrire dans cette veine et intégrer des guitares maliennes. Car voilà d'un autre côté on a également pu observer une percée de la vibe africaine chez d'autres groupes, tels Thee Stranded Horse, Syd Matters, Yeasayer, Dirty Projectors, Vampire Weekend et même Coldplay. La bande à Chris Martin a aussi collaboré avec Jay-Z. Les Kaiser Chiefs voudrait à leur tour collaborer avec Jay-Z. Après avoir produit les Hives, Pharell Williams souhaiterait produire les Strokes. Chris Cornell a fait appel à Timbaland. Kayne West a collaboré avec Daft Punk. Muse a collaboré avec The Street. The Script est présenté comme "la rencontre de U2 et Timbaland". Bref, on ne compte plus les alliances de ce genre, qui montrent une chose : les lignes bougent. Le rock se débride et rompt avec son dogme "indie", son côté cuir serré, blanc de chez blanc. Malgré un disque psyché-folk signe d'un certain changement, seul Oasis refuse de collaborer.


Le rapport avec le nouveau Killers ? Il s'inscrit en plein dans ce contexte. Oui, même le combo de Las Vegas qu'on savait fièrement campé sur sa tambouille tubesque à base de U2, Queen, Duran Duran, Cure, Bruce Springsteen, New Order et Depeche Mode, même ce vénérable tribute band qui s'ignore a changé son fusil d'épaule. D'ailleurs, si coupé du monde moderne on n'avait pas eu vent du single "Human", déjà très révélateur, en soit, d'une certaine réorientation musicale, quand on voit la pochette de Day & Age on est d'emblée mis au parfum qu'il y a de la nouveauté dans l'air. Elle dévoile un décor impressionniste aux couleurs pastels, un paysage lunaire à cheval entre jour et nuit, entre "Jingle Bells" et savane africaine. On comprend alors qu'on a quitté l'imagerie anglosaxone développée sur Hot Fuss et Sam's Town. Enclenchée dans le lecteur, l'écoute de la galette confirme : les Killers nous conduisent bel et bien dans un voyage vers d'autres facettes d'eux-mêmes. A la première écoute on sera étonné de les voir jouer un rock tropical à la Wham!/Philippe Lavil ("Joy Ride", "I Can't Stay"), étonné encore de les voir verser dans l'euro-dance à la ABBA/Madonna ("Human", « The World We Live In »). On sera aussi quelque peu rassuré de découvrir qu'ils fournissent encore du Killers tout craché, des morceaux synth-rock où parle leur amour des cuivres à la Cure ("Losing Touch"), de la basse à la New Order ("Spaceman") et de l'élan théâtral à la Queen ("A Dustland Fairytale", "This Is Your Life", "Neon Tiger"). Et à la fin on sera de suite conquis par la lente avancée noire, glaciale et stellaire d'un "Goodnight, Travel Well" en forme d'apothéose parfaite. Mais au fil des écoutes on jubilera de s'apercevoir que tout s'enchaîne sans heurts et que Day & Age n'est pas moins bon que ses prédécesseurs.


The Killers ne s'est jamais considéré comme un groupe d'indie rock. David Keuning, le guitariste, le confirme en interview (interview bientôt en ligne). "Glamorous Indie Rock'n'roll" n'était qu'une blague, dit-il, au cas où on ne l'aurait pas compris (personnellement je n'avais pas compris). Après avoir crâné à coup de gros riffs à la Brian May/The Edge, le mormon Brandon Flowers et ses acolytes osent maintenant exhumer les strates les moins "rock'n'rollement correct" de leur ADN eighties. Au-delà de ça le groupe continue de faire ce qu'il sait faire : exulter sa foi pop et son allant mélodique. Et, une fois n'est pas coutume, on mord à tous les hameçons, aux plages tchik tchiky boum qui donnent envie d'onduler de la tête, des épaules et des hanches comme aux scies dance taillées pour le concours de Eurovision. Les morceaux "new look" partagent avec les "anciens" un son lifté, dégraissé du côté bourrin qui caractérisait Hot Fuss et Sam's Town. Cette cure d'amaigrissement est le fruit de la production de Stuart Price, aka Jacques Lu Cont des Rythmes Digitales, un collaborateur de longue date des Killers puisqu'il a signé les remix de "Mr. Brightside" et "When You Were Young". En gros, tout change pour que rien ne change. The Killers reste l'ultime groupe du plaisir honteux. Et mince, c'est bon la honte.



(Suite.)



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Olivier Morneau 20/12/2008 05:40

Beeeh. Human est la pire chanson que le groupe a écrit depuis ses débuts. Ils devraient retourner aux chansons de noël (Don't shoot me Santa, par exemple), c'était une époque beaucoup plus drôle. Et bonne.

Sylvain Fesson 20/12/2008 13:25


Ah "Human" ! J'avoue que je ne sais pas trop sur quel pied danser à propos de cette chanson. Des fois je la trouve horrible, des fois elle me plait bien. Il faut peut-être des fois savoir lâcher
prise... avec le bon goût, les références... Au fait savais-tu que les paroles du refrain de cette chanson ("Are we human or are we dancers ?") sont inspirées d'un commentaire très critique
qu'Hunter S. Thompson a formulé sur l'Amérique, disant qu'elle élevait une génération de danseurs. The Killers, critique rock ???


charlie 16/12/2008 02:14

@Sylvain : ohh je ne suis qu'un humble bloggeur passioné de musique (je crois qu'on a déjà un point commun)

Sylvain Fesson 16/12/2008 12:10


Humblement a+ alors


charlie 16/12/2008 01:35

chronique bien rédigée ou je rejoins "en gros" ton avis :)

Sylvain Fesson 16/12/2008 02:00


Merci môôôsieur. A qui ai-je l'honneur ? ;-)


Véronique Grausseau 08/12/2008 22:52

mais ils sont bons quand même...

Véronique Grausseau 08/12/2008 22:50

vampire weekend, très fin, j'avoue que je les préfère aux killers...Ils m'obligent à sortir de mes pantoufles, et par ces froidures, je préfère hiverner, bien au chaud, pas trop bouger, voire m'endormir doucement avec cris jarneau ou syd...!

Sylvain Fesson 09/12/2008 12:16


C'est sûr que les Killers et les Vampire Weekend n'oeuvrent pas dans la même catégorie ! Mais c'est vrai qu'en ce moment les envies musicales se calent facilement sur le climat et qu'on a
donc envie de douces musiques