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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 02:05

Transcende l'Elysée


Cette semaine, je n'ai pas fait mon taf. Si je veux devenir un critique rock majeur de cette capitale, majeur, oui, parce que c'est ça ou crève, je dois sortir aussi souvent que possible. Occuper le terrain. Car vous imaginez bien qu'il ne suffit pas d'être compétent pour réussir dans ce milieu, qu'il ne suffit pas d'avoir la culture, la plume, le talent d'intervieweur et de savoir capter les tendances émergeantes, il faut aussi savoir se vendre, se mettre en avant, faire son pipole. Et ça, question d'ego, ce n'est pas donné à tout le monde. En général, là-dessus je me fais donc gentiment violence mais voilà cette semaine, pharyngite oblige, je n'ai pas pu. Je suis resté au chaud et en plus d'avoir loupé le boulot du siècle j'ai manqué les concerts de Tricky à l'Elysée Montmartre, de La Féline à Radio Campus et de Moi Caprice à La Flèche d'Or.



La Féline, je vous en ai déjà parlé là. Moi Caprice je vous en parlerai prochainement car il y a quelques j'ai interviewé le leader de cette belle formation pop danoise. Et en attendant que Tricky prenne la parole ici même, car oui, lui aussi je l'ai interviewé, mon pote Antoine, mandaté par mes soins, s'est fait passer pour moi pour assister à son show du 30 novembre dernier. Il ne s'est pas fait prier l'ami. (Lui aussi il fait de la musique, mais il n'a ni Myspace ni Facebook, d'ailleurs, soit dit en passant, le saligaud ne m'a jamais fait écouter la moindre note de ce qu'il faisait.) Tricky a marqué sa jeunesse. Mais il n'était pas prévu qu'il m'en fasse un live report pour Parlhot. Surtout si bien senti. C'est un beau cadeau qu'il me fait là. J'espère que vous apprécierez aussi. Antoine c'est à toi.


Arrivé à L'Elysée sur les coups de 20h00, j'entends que le concert ne commence pas avant 40 minutes. Super, ça me laisse le temps de cogner le bar et, bien sûr, d'accoster les meufs en me faisant passer pour Sylvain Fesson ("de Park Magazine, tu connais ?"). Je n'ai pas de mal à gagner le devant la scène. J'y découvre un public très hétéroclito : riot girls à bustier léopard, métisses r'n'b décalées assumant leurs boots roses à fourrure, hippies dreadeux, geeks-electro-nerd mais surtout une bonne bande de bobos à lunettes rectangulaires, lobotomisés par la lecture des Inrocks. En guise de musique d'ambiance, du reggae, of course, un peu smooth, pas trop transe. Le public commence à s'impatienter. 21h, les lumières s'éteignent enfin et un morceau de Phil Collins (est-ce une blague ? un hommage ?) annonce le début du concert.


Les musiciens (guitare, basse, batterie, claviers) entament "You Don't Wanna" de l'excellent Blowback. Tricky entre nonchalamment sur scène, pétard à la main. Les nappes dramatiques de "Past Mistake", le morceaux le plus trickyen de son dernier album, Knowle West Boy, rappellent le caractère rugueux et tendu du bonhomme, qui a déjà enlevé son T-Shirt. Le son est très lourd, proche du drone ou de certains trucs stoner, la basse super forte, le son résolument rock, aux antipodes du trip hop fiotteux pour ascenseur ou lopette spleenienne. Tricky passe la moitié du concert de dos, à rouler des pétards et diriger ses musiciens qu'on dirait tout droit sorti d'High School Musical (j'aperçois du lait couler des oreilles du guitariste). Du coup ses rares passages au micro s'en trouvent sublimés, théâtralisés.


Loin d'être statique comme à ses premiers concerts, le gars du Knowle West adopte une attitude de boxeur. Sa gestuelle est violente, hypnotique, saccadée. Et quand le son atteint des sommets, Tricky entre transe, comme pris d'une crise d'épilepsie, médusant un public content de retrouver intacte son imprévisible bad boy. Sa voix gutturale se mêle à la basse. Il joue sur le souffle, le chuchotement, les percussions corporelles (mais mollo, on n'est pas non plus chez Camille !) et s'autorise même quelques séances de bondage avec le fil de son micro. Les nanas semblent fascinées par cette crevette basanée. Devant moi, la bonnasse au bustier léopard ne remarque même pas que je me frotte la nouille contre elle depuis le début du concert. Merde alors ! Feintant le déséquilibre, je réussirai quand même à frôler un sein.


Bref, revenons à notre Black Sheep. Il alterne ballades élec-trop-triste ("Pumpkin", "Car Crash" et "Overcome", chouette malgré son synthé flûte de Pan), groove grave ("Antimatter", "She Said") et surtout rock à gros riffs ("How High", "Slow") qui me permette de secouer mes tifs (attention à vos lunettes, clones de Beigbeder !). Dans ces moments-là on est proche de Rage Against The Machine, de Pearl Jam, des Red Hot, des Smashing Pumpkins, du bon gros rock des nineties, quoi. "Veronika" est bizarre avec sa rythmique dénudée. Les chansons sont très accessibles, loin des expérimentations malsaines mais jouissives de Pre-Millenium Tension ou d'Angels With Dirty Faces. "Black Steel" est fabuleuse. "Christiansands", superbe chanson, est ratée. Dure de restituer son ambiance poisseuse, le guitariste se chie dessus.


La chanteuse, une pute à frange et jean slim de 19 ans à peine, fait peine à voir. Pas de gueule, pas de voix, on est loin des égéries passées (miss Martina Topley-Bird & co, I miss you !). Pendant le concert, elle chante plus que le Tricky Kid himself, mais le rappel, mémorable, aura le mérité de la replacer à son rang de Trickette de troisième zone. Là il faut dire que Tricky devient dingue, une sorte d'autiste shaman. En trip total, hurlant dans deux micros, se tapant avec, il pousse ses musiciens à jouer encore et encore, transformant "Vent", chanson de Pre-Millenium Tension (décidément un chef d'œuvre), en une longue procession tribale de 30 minutes. Un chouette concert.


Photo par Robert Gil


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Véronique Grausseau 08/12/2008 22:56

joyeux luron l'Antoine :) papier sympa, et en plus il y a un morceau qui s'appelle véronika !

Sylvain Fesson 09/12/2008 12:17


Gai luron, oui !


The Clandestines 07/12/2008 21:37

Très interessante la description du concert vraiment. Alors si j'ai bien compris une interview de Tricky devrait arriver? J'attends ça avec impatience.

Sylvain Fesson 07/12/2008 23:17


Oui, bientôt Tricky, l'interview. Patience, patience. J'espère livrer ça pour 2008 !
Au fait, c'est quoi ou quoi The Clandestines ?


lustucru 06/12/2008 19:24

non alors j'avais lu en diago....c'est antoine le triquart de service 

Sylvain Fesson 07/12/2008 14:41


C'est mal de lire en diago : ça sert à quoi que Ducro il se décarcasse


lustucru 06/12/2008 11:59

c'est moche la misère sexuel loooooooooooooooooooooooooooooolbon au moin tu étais dans le sujet trique  

Sylvain Fesson 07/12/2008 14:41


Le "sujet trique" aha h ! Elec-trique même !
Le pire étant que mon pote Antoine ne soit même pas dans la misère sexuelle.
(Affective peut-être !)
C'est juste un mec quoi.
Alors sache Lustucru que je suis solidaire avec lui.
Pervers attitude ;-)