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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 21:51
Je sors peu, je ne suis pas un globe trotter de la nuit parisienne. Mais le 6 avril, invité aux concerts de Vegomatic et de Patrick Eudeline et ses Beaux Gosses, j'étais au Triptyque. Et j'ai bien fait. Il s’est passé d’intéressantes choses sur et hors scène (suite).

Attention Tanger : quatrième album en vue !
A l’entracte, on met le grappin sur Philippe Pigeard, le chanteur-parolier du groupe jazz-rock Tanger. Il est tout vêtu de noir, comme à l’accoutumée. Et très gentil comme à l'accoutumée. On parle un peu. Le temps d’apprendre qu'il est actuellement plongé dans l’écriture de son premier livre depuis six mois (on n’en saura pas plus sur le livre, c'est une surprise) ; que le quatrième album de Tanger en est au choix du tracklisting (on l’appréhende cet album vu la teneur techno-rock des nouvelles compositions qu’il a dévoilé il y a quelques mois à la scène Bastille) ; qu’ils cherchent maintenant un petit label pour sortir l'album (Valérie Zeitoun était chaud pour les resigner chez Mercury, mais Philippe ne veut plus de contrat sur trois albums, il vise plus un contrat ponctuel, une petite écurie, fidèle) ; et que Tanger a récemment joué avec Nina Morato (présente ce soir et fort jolie) à l'occasion de son passage dans l’émission le Fou du Roi. Le temps d’apprendre que Philippe Pigeard n’aime pas du tout l’écriture précieuse d’Holden, avant qu'il ne reprenne sa discussion avec Nina Morato et ne nous oublie pour le restant de la soirée (je vous dirai plus sur lui une prochaine fois car j'ai eu la chance de le coincer en interview pendant 45 minutes quand leur troisième album, L'amourfol, est sorti en 2003).

Eudeline, Didier Super du blues rock ?
Attention, le deuxième vieux rocker entre en scène. Et si le premier était un vieux qui faisait jeune, le second est un vieux qui fait vieux. Terriblement vieux même et sa fierté est là, être un déchet, un vétéran, un rescapé du rock. Le "dandy punk parisien", "l’ex Asphalte Jungle à multi-casquette d’écrivain, critique, chanteur, musicien" arrive donc en odeur de sainteté avec ses Beaux Gosses pour nous donner "un aperçu de son rock aux accents bluesy pour un moment poétique empreint d’urgence", dixit, toujours, le flyer. Les choses ont changé depuis qu'on l'a vu sur cette même scène il y a quelques mois, voire un an. Depuis son album est sorti (Mauvaise étoile, le 17 mars) et il n’a plus de feuilles en main. Plus d’anti-sèches. Est-ce à dire qu’il a ses textes en tête ? Qu’il les a appris ? Et va-t-il moins tituber, moins tâtonner dans sa façon de chanter, moins jouer le poète déglingué et maudit ? Et moins nous faire rire par son affreuseté ? Que nenni. De nouveau de l’autre côté de la barrière, celle qui sépare les pages de la presse rock de la scène rock elle-même, Eudeline le critique rock mythique se fait plaisir et ça fait peur à voir. Guitare et micro en pogne, il devient le Didier Super du psyché-blues-rock. Il faut voir ça ! Il faut le voir chanter "Excuse-moi partenaire" (de Johnny Hallyday) pour saisir l'ampleur du désastre. Sur disque, je ne sais pas ce que ça donne, mais sur scène c’est la cata. Mais pas n’importe quelle cata. Une cata savamment entretenue. Une cata Gainsbarienne, une cata Lou Reedienne… Enfin une cata qui rend hommage à tous les Dieux rock que l'Eudeline vénère. Des Dieux cramés, les mêmes que son ami Daniel (Darc). Mais avec les mêmes Dieux, Eudeline convainc moins que Darc. Il n'a pas la finesse de Darc. Il fait du grand n’importe quoi Eudeline, c'est inaudible tellement il chante faux, tellement il se vautre dans des babillages séniles censés mimer la transe rock. C’est très drôle à voir et pitoyable aussi. Fascinant. Eudeline fait tout pour maintenir sur scène un niveau de bordel suffisant, il en fait des tonnes pour que ça reste bien destroy – exploite le moindre couac pour la ramener, papoter, jette son pied de micro, revendique que si on veut de la merde avec lui on est servi, enlève ses Ray Ban pour nous laisser voir sa gueule de dragon ravagée, beurk. Il en fait des tonnes, comme si la déglingue était l'étalon maître du rock, comme si la déglingue, c'était LE dogme du truc. On n'a pas affaire à un "moment poétique empreint d’urgence", ce qui peut être une chouette définition du rock, on a juste affaire à un has been qui s’enlise dans une rock attitude artificielle et surjouée. C’est bien dommage en un sens car derrière lui ses Beaux Gosses assurent plutôt niveau musique. On guette donc les moments sans chant pour profiter un peu du son et ne pas partir tout de suite. Mais on ne fait pas long feu. Le public joue le jeu d'Eudeline, lui réclame "I put a spell on you" (de Screamin' Jay Hawkins) et le laisse en roue libre dans sa spirale destroy. Bamos.

Bang Bang Rock'n'roll
On ne reste pas pour voir les battles qui opposent Hervé d’AS Dragon ou Eudeline aux petits jeunes de Second Sex ou The Naast, ou encore Vegomatic à Christophe de Tanger, etc. On rentre tranquillement chez nous, lisant dans le dernier métro qui nous ramène, un bel article sur Lester Bangs qu'on a trouvé dans le magazine One Shots qu'on a choppé au Triptyque avant de partir. Le journaliste, qui écrit le sagouin, y cite des propos de Bangs qui font étrangement écho à cette phrase de Michel Houellebecq, dans La possibilité d'une île : "Ce que nous essayons de créer c'est une humanité factice, frivole, qui ne sera plus jamais accessible au sérieux ni à l'humour, qui vivra jusqu'à sa mort dans une quête de plus en plus désespérée du fun et du sexe ; une génération de kids définitifs." Voici ce que dit Bangs : "Ce dont nous avons besoin, c'est de stars rock prêtes à passer pour des iméciles, à faire le grand plongeon et si nécessaire à se comporter de telle sorte que leur public ait honte pour elles, aussi longtemps qu'il ne leur reste plus le moindre lambeau de dignité ou d'auréole mythique. Parce qu'alors tout le foutu édifice prétentieux de l'industrie rock, si suprêmement ridicule, lancé pour piquer du pognon en arnaquant les kids et en encourageant les carrières des anonymes sans talent qui s'en nourrissent."

Photo de Patrick Eudeline par Nicolasi pour ParisCityRock

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

sylvain 15/04/2006 14:36

salut juko, merci de la piste, je ne connais pas non plus, je suis en train d'imprimer le doc... normalement je vois eudeline à 17h aujourdhui... donc j'en parlerai sûrement avec lui... affaire à suivre sur Parl Hot ! bon week end ;-)

juko 15/04/2006 11:40

dans le genre trash , et qui smeble etre devenu une légende punk que je connaissias pas perso, y'a Alain Z kan (http://www.interdits.net/2000dec/punk4.htm), qu'en pense un journaliste comme toi?
chuis sur que t'aurais des trucs à dire là-dessus

juko 14/04/2006 11:39

ah oauis ça pulse cet article, c du saignant avec bcp de poivre!
atchoum et bravo!
jle dis comme jle pense au moment ou jle pense,fou non?

Cécile 13/04/2006 23:36

Bravo !