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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 avril 2006 4 13 /04 /avril /2006 20:31
Je sors peu, je ne suis pas un globe trotter de la nuit parisienne. Mais le 6 avril, invité aux concerts de Vegomatic et de Patrick Eudeline et ses Beaux Gosses, j'étais au Triptyque. Et j'ai bien fait. Il s’est passé d’intéressantes choses sur et hors scène.

Eudeline, l'idole des jeunes
Une soirée de vieux. De rockers des années 70 et 80. Thierry Los, leader de Vegomatic, a la quarantaine et Patrick Eudeline la cinquantaine, mais "canonique" comme on dit. Bien sentie. Tassée. Défraîchie. Il est tard. 22h00. Et les passages des formations, respectivement prévus à 22h30 et 23h30, of course, sont en retard. Il faut être motivé pour en être de cette soirée. Mais de toute évidence, il y en a d'autres que nous qui en veulent ce soir-là. Le Triptyque est plein, surtout côté bar. Envahi de jeunes gens trendy effets-minets. Naast ? Second Sex ? Parisians ? Plasticines ? On ne sait pas. On ne les connaît pas trop ces groupes, si ce n’est de nom, de réputation, d’allure. Et qu'ils cocottent le revival rock du haut de leurs 15 ans et demi. Bref, on ne sait pas trop qui ils sont, mais pour tout dire, on s’en Brats les couilles. Juste qu’ils sont là, en clique, impossible à ne pas voir, alors on les regarde. On les a repérés dès l’entrée, trop prompts qu’ils sont à se montrer, bien fringués décadence pailletée ou vintage rockab’, ridicules comme pas permis. Dès l’entrée, un des leurs s'est tapé l'affiche, grillant la queue dans le seul but qu'on le voit bien avec ses grosses lunettes rondes et noires, son jean moulant, ses cannes de serin, son sac doré de marque à l’épaule et sa greluche assortie. Look total m'as-tu-vu. L’hallu totale. Dans quel monde Vuitton ? En 78 au début des années Palace ? Non, on est juste au Triptyque, à Paris, en 2006. Et eux, ils essayent de paraître pressés, de starifier leur jeunesse branleuse, de paraître comme à la recherche d’un caprice, comme s’ils comptaient, qu'ils faisaient partie d'un mouvement de poids, de fond, comme si Paris, le Tryptique, 2006, tout ça, c’était important : the place to be. Quelque chose comme ça. Bon, c'est vrai, il y a Pete Doherty qui joue la semaine prochaine au Triptyque, même nous ça nous étonne. Pete Doherty, lundi 10 avril au Triptyque, c'est inscrit en blanc sur rouge bien gros sur les affiches. Doherty l'enfant terrible du rock en guitare solo en plus. Seul, mais escorté d'une ribambelle de premières parties. La crème du rock d'ici : Vegomatic, AS Dragon, Hushpuppies. Tout ça. Mais bon, ce n'est pas pour autant la révolution, hein. Et eux qu'ont-ils à voir avec Pete Doherty ? Non, il n'y a aucune raison de se la péter les gars (en plus Pete Doherty n'est finalement pas venu). Mais les jeunes fashion victims sont là. Pareil que la dernière fois où Eudeline jouait. Elles ont fait du Triptyque leur repère, semble-t-il. Et ce n'est sans doute pas étranger au fait que Patrick Eudeline, parrain de l’âge d’or du rock, en ait lui-même fait son QG. Pas étranger au fait que l'Eudeline y traîne ses célèbres boots à talonnettes, que le flyer de ce soir n'oublie pas de mentionner. Important ça, les boots. Emboîtant ses pas dans ceux de l'idole, du fantôme Eudeline, cette jeunesse mène là un ersatz de vie rock, un simulacre de vie de château rock, espérant peut-être profiter des quelques secrets ou de l'aura incertaine qui entoure Eudeline. De ronger sa carcasse pendant qu'elle est encore tiède. Cette jeunesse squatte donc côté bar. Garçons et filles tchatchent vainement, attendant que la vie passe, qu’on les élise, qu'on les regarde, comme dans une sitcom d’AB. Comme dans un loft de caméras truffé.

Ce soir, c’est soirée disco avec les Vego !
Vegomatic s'élance sans plus attendre devant une foule éparse, au son de l’héroïque et furieusement festif "Vegomatic Theme" (un hommage
à Dick Dale, "roi de la surf guitare", et son morceau culte "Misirlou" qu'a repris Tarantino pour la B.O. de Pulp Fiction : vous en serez bientôt plus dans l'interview que je vous livrerai sur Thierry Los). Je dis foule, mais ce n’en est pas une, c'est plus une poignée de spectateurs, avare d’ailleurs en applaudissements. Mais très pros, les Vego ne se débinent pas. Par la force de leurs morceaux, ils font monter la sauce. C’est qu’ils ont l’habitude des premières parties aux airs de bâton merdeux. En ce moment, ils font beaucoup de petites dates pour assurer la promo de leur deuxième album, Ca c’est Vegomatic, qui sort le 2 mai dans les bacs. Le 10 mars, par exemple, ils étaient en concert gratos à la Flèche d’Or pour la troisième édition des soirées "Outrageusement Publics" de Radio Néo. Etaient programmés, dans l’ordre, Vegomatic, Holden et Les Fatals Picards. Et outrageusement public, la soirée l’était. La salle était bondée. Mais le public était plutôt venu pour "nouvelle sensation pop française" parrainée par Libé qu’est Holden. Holden qui a d'ailleurs déçu tant il a échoué à retranscrire en live la finesse atmosphérique de cette pop de chambre dont la mélancolie assez délicieuse nous rappelle Autour de Lucie et Les Valentins. Ce soir-là, Vegomatic pestait donc d’avoir mouliné pour des prunes en ouverture. Car son rock n’est pas fait pour les chambrettes et il avait assuré, réchauffant la salle de quelques précieux degrés avec son cocktail d’électro-surf-music. Tout ce beau bruit refroidi par les minauderies d’Holden... Bref, au Triptyque : pareil. Le public est plutôt venu pour voir Eudeline et profiter d'un squat peu cher mais hype : 5 € l’entrée, idem la bière. Mais Thierry Los et les siens ne se dégonflent pas. Lui et la chanteuse, la jeune russe Macha, forment un beau duo et ils le montre. Le vieux beau à la tignasse argent, le Peter Pan à piles Duracell décoche ses riffs électriques, son enthousiasme débordant d’éternel enfant tandis que sa Jane Birkin joue de son sex-appeal étrange, de ses deux grands yeux trouant sa silhouette de phasme, de ses gesticulations bancales. Elle fournit aux textes les vocaux girly qu’ils demandent et aux mélodies ses notes de clavier ludiques. Le groupe se dépatouille bien avec les quelques problèmes de son et en 6 morceaux, le temps de balancer "Quelque Chose", "GI Joe", "Bleuroserougejaune", "Danser le Robot Surfer", "Action", toutes ces bombinettes accrocheuses comme pas deux figurant sur leur deuxième album, un semblant de ferveur commence à prendre. On a même droit à quelques chorégraphies très sympathiques, notamment sur l’intro très "disco Boris" du Robot Surfer ". C’est super frais. Ça c’est Vegomatic !

Photo de Vegomatic par Nicolasi pour ParisCityRock

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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