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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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31 octobre 2008 5 31 /10 /octobre /2008 01:57
Spécial K


Mardi 28 octobre. 19h30. "L'époque est encore à la surproduction de la musique, aux chansons gonflées aux hormones, au chant emphatique, à l'émotion sur jouée ; traits par rapports auxquels j'entends, à mon humble niveau, me placer en porte-à-faux : c'est une véritable obsession chez moi, qui occasionne des discussions passionnées avec des copains musiciens, lesquels ne saisissent généralement pas très bien où je veux en venir. Eux ne désirent rien tant que d'entrer en studio pour enregistrer avec un "gros son", avec des effets sur tous les coins de la bande. Je désire pour ma part le son le plus brut qui soit, je veux jouer du contraste entre la distance du chant et le sentiment de proximité que l'absence d'effets provoque. (...) Lorsque j'écris des chansons, c'est la musique que je vise, avec ses jeux d'ombre et de lumière, son opacité ; c'est avec elle que j'ai envie de jouer. J'accorde cependant la primeur aux mots. Ce sont eux qui vont la légitimer, lui donner en quelque sorte le droit à l'existence. J'imagine que j'ai besoin de ce paradoxe pour susciter une tension à l'intérieur de la chanson, de manière que, même au diapason du texte, navigant dans les mêmes eaux, la musique puisse toujours faire reproche à celui-ci d'avoir sur elle droit de vie ou de mort ; et qu'elle instrumentalise, à tous les sens du terme, ce reproche pour reprendre l'ascendant. Lorsqu'elle est livrée à elle-même, lorsque aucun texte, même anodin, ne la porte, lorsqu'elle n'a pas à défendre sa place, sa solitude l'intimide. C'est comme un couple qui passe sa vie à se déchirer, mais dont on voit l'un totalement démuni quand l'autre s'en va. (...) Je ne me sens à l'aise qu'avec les chansons, lorsque de l'alliance ou de la friction entre des notes et des paroles surgit une matière dont l'intérêt se situe au-delà de la musique et du texte eux-mêmes."


20h00. J'étais en train de lire ça dans Un bon chanteur mort, le livre écrit par Dominique A pour la collection Carré de l'éditeur La machine à cailloux. Alors que je me rendais au concert de The Killers.


J'ai toujours cédé au charme des Killers. Un jour je vous expliquerai pourquoi. Là ce n'est pas le moment. Là c'est fête. Je suis au Nouveau Casino pour le concert privé que le quatuor de Las Vegas donne en l'honneur de la sortie le 25 novembre de son troisième album. J'attends que leur gros son m'emporte. La sono diffuse "Black Mirror" (Arcade Fire), "The Killing Moon" (Echo And The Bunnymen), "The Crystal Lake" (Grandaddy),"This Is Hardcore" (Pulp). De la brit-pop et quelques classic-rock. La petite salle se remplit doucement. Il y a des mecs en costard cravate. Le genre CSP+ j'aime U2/Muse/Coldplay. Ma nana/ma voiture/mon boulot. Le beauf dans toute sa splendeur. Ils sont au moins 5-6 comme ça, ce qui est beaucoup vu la taille de l'endroit. Il y a pas mal de filles aussi. Beaucoup d'asiates. Genre 5-6 là aussi. Et beaucoup de couples. Filles comme gars, je remarque globalement que les gens ne sont ni très beaux, ni très bien lookés. J'ai l'impression de voir (en plus jeune) le public que j'ai vu la dernièrement au concert de Bryan Adams (ce qui est pire). Oui, je suis allé voir Bryan Adams en concert, et alors ? J'ai très tôt cédé au charme de Bryan. Je m'en suis déjà vanté ici. Et oui, je n'ai que ça à faire : regarder les gens. Je ferai peut-être autre chose si j'avais de quoi me payer une bière (tiens d'ailleurs où est l'attaché de presse que je lui taxe un ou deux ticket conso ?), si je pouvais allumer une clope ou si j'étais accompagné, mais non, rien de tout ça alors je regarde les gens. Je regarde les gens du milieu aller avec les gens du milieu. Les cadres avec les cadres. Les amoureux avec les amoureux. Les pensées se former dans ma tête. Et j'en profite pour repérer les jolies filles. Il n'y en a pas 36 000. J'en trouve une. Me place derrière.




Sur le devant de scène trône un K en carton-pâte. Le K de Kellogg's ? De rock ? De king ? De viking ? Non, le K de Killers bien sûr. Et ce K m'intrigue. J'y vois un chromosome ou un cactus. Mais un chromosome ou un cactus tronqués parce que ce K est amputé de son bras droit. Du coup j'y vois les cornes coupées d'Hellboy. La castration, voilà.




20h30. A peine débarqué le groupe délivre une impressionnante collection de tubes issus de ses deux premiers disques. "For Reason Unknown" et "When We Where Young" ouvrent le bal. Et déjà la foule applaudit en rythme. Le riff de "Smile Like You Mean It" fait mal. La jolie fille devant moi en prend acte, ferme les yeux, ondule des hanches. Mince, qu'est-ce qu'elle est belle. Vrombissement d'hélicoptère. Basse funk montée sur ressorts. L'intro de "Jenny Was A Friend Of Mine" casse la baraque et met tout le monde à terre."Somebody Told Me" fait encore monter le truc d'un cran. Suant à grosses gouttes à force de s'agiter avec la frénésie coincée de Jimmy Sommerville/Franky Goes To Hollywood/Stephen Patrick Morrissey, Brandon Flowers, le chanteur, se défait de ses épaulettes moumoute. A sa droite, David Keuning, le guitariste qui dégaine des riffs estampillées The Edge, ne peut pas se défaire de sa figure de travelo mal dégrossi ni de sa chevelure de star du catch ni de son gilet tigré (pitié, il est nu en dessous). La vie est vraiment trop injuste. En plus il a l'air aussi raide que la chenille d'Alice au pays des merveilles. Non, sérieux, il fout les jetons. Au fond Ronnie Vannucci, le batteur, est quasi invisible. On voit juste dépasser son front de quatre mètres. Dans cette équipée improbable le seul à avoir un brin de classe c'est Mark Stoermer, le bassiste. Avec son veston, sa longue silhouette, sa barbichette et ses paupières tombantes, il a quelque chose de dandy. On dirait un Bee Gees sous Xanax. Bref, si les gars n'ont l'air de rien, musicalement c'est net, pro, carré. On sent que chacun prend plaisir à jouer. A part le bassiste, mais bon, c'est un bassiste et Flea est une exception. Ice on the cake : le chanteur assure même une bonne prestation vocale alors que franchement, pour l'avoir déjà entendu live, je m'attendais à un désastre comme le chanteur de Keane en est capable.


Un trompettiste et un deuxième guitariste-claviériste rejoignent le groupe qui se résout enfin à stopper un temps sa fonction "uke-box" pour livrer un nouveau morceau. C'est quand même pour ça qu'ils sont là : lever le voile sur Day and Age. Produit par Stuart "Leader" Price, aka Jacques Lu Cont des Rythmes Digitales, l'homme qui a remixé leurs plus gros singles ("Mr. Brightside", "When We Were Young") et accessoirement produit Confessions on a Dancefloor de Madonna, ce disque est naturellement pressenti comme un virage électro-dance floor. Ce que semblent faire tous les groupes rock anglais sortant leur troisième album : Keane, Kaiser Chief, Franz Ferdinand. Et "Human", le nouveau single des Killers, les fans ont pu l'écouter légalement sur le net depuis le 22 septembre et ils se sont donc rendus compte que celui-ci était effectivement très axé eighties-electro-dance. Ce soir tout le monde flippe donc un peu de la teneur des autres titres que le groupe va lâcher ? The Killers a-t-il renoncé à son statut de rocker de stade néo U2 ? J'ai pu écouter Day & Age hier une heure avant d'interviewer le groupe et si j'ai bien du mal à dire s'il s'agit d'un bon album (une écoute ne suffit guère et je me garderai bien de jugements hâtifs) ce que je peux dire c'est que le disque n'est pas électro. C'est juste que l'album est stylistiquement éclectique, c'en est d'ailleurs déroutant tellement ça part dans tous les sens (et donc d'autant plus dur de formuler un avis critique), qu'il y a moins de tubes fracassants et que sur la plupart des titres les guitares sont moins mises en avant.


Le premier nouveau morceau de la soirée s'appelle "Losing Touch". Le son reste costaud mais, le tempo est plus relaxe que les 5 tubes qu'on vient de s'enfiler. On est clairement dans un registre moins hymnique et tubesque auquel nous a habitué le groupe mais ça passe. "Une autre nouvelle chanson, si ça ne vous dérange pas", lance Brandon. C'est "Spaceman", un titre armé d'une super basse New Order qui tente de renouer avec les hymnes définitifs des débuts, mais qui ne donne que l'illusion d'y parvenir, sauver par un refrain accrocheur. Ça passe. Juste derrière "Read My Mind" et "Sweet Talk" sont envoyés en renfort en quête de réflexes pavloviens. Tout le monde tape des mains. Le trompettiste est de retour. Il tente d'insuffler une vibe pop/cheap/facétieuse à la "Close to Me" à "Bones", c'est pas mal, accrocheur quoique trop plein confus. N'est pas Cure qui veut."Encore une nouvelle chanson, préviens Brandon avec un certain embarras. Vous allez l'aimer ou la détester. Moi je suis fan." C'est "Joy Ride". Et là on n'est même plus dans la veine décomplexée du Cure de The Head On The Door. Non, cet hédonisme disco-funk tropico coco va clairement piocher du côté de chez Wham ! J'ai l'impression que le petit gars tombe le masque devant nous. Mine de rien. Coming out. A gay song. Bing. Et il souri en coin le petit gars, parce que bon, à part un petit engouement de façade, il voit bien que le public ne rentre pas trop dans le délire. Quoique... Qu'est-ce qui se passe ? J'en vois qui dansent. Des journalistes ! Mais les journalistes ne dansent jamais ! Est-ce que le cours de la valeur cheap est encore au sommet à la Bourse de la branchitude parisienne ? Ou tripe-t-on sur les Killers comme on tripe en regardant Short Break et Top Gun : en assumant consciemment ou pas son côté gay ? Any way. Débarque l'artillerie lourde de "Mr. Brightside". Peut-être le plus gros tube à ce jour. Intrépide. Rutilant. Théâtral. Et pompant sans vergogne le refrain du "Special K" de Placebo. Brandon plastronne : "But she's touching his chest now / He takes off her dress now / Let me go". Et là, la révélation, je ne sais pas. Mais j'ai l'impression d'enfin saisir le truc quand s'impose à moi l'idée qu'en fait dans cette histoire ce n'est pas le narrateur n'est pas jaloux du mec mais de la fille... 

 

 


Au rappel "Human" et son gimmick de scie euro-pop font fureur. Tout le monde reprend en chœur ce refrain dont le sens m'échappe : "Are we human ? Or are we dancers ?" Il faudra que je me penche sur les paroles. Suit "Neon Tiger", un cinquième et dernier nouveau morceau, quelque part entre Queen et Status Quo, avec l'armée pour point commun. Le fantasme du beau soldat conquérant. L'épique "All The Tings That I've Done" et son orgue gospel clouent parfaitement l'affaire.


Les fans s'arrachent les fleurs de la scène que distribuent fissa les videurs. "Je les mettrais sur mon bureau demain" dit l'une. Tout le monde a kiffé comme pas permis. "Le meilleur concert que j'ai jamais vu" dit l'autre.



Hier avant d'interviewer David et Ronnie des Killers pour les cuisiner sur les thèmes de tribute band, de rock chrétien et la symbolique oedipienne de leur nom de groupe, oubliant d'ailleurs (comment ai-je pu ?) de les questionner sur l'homosexualité latente de leur mormon de leader, je lisais Philosophie Magazine. J'y ai lu un édito pas con d'Alexandre Lacroix. Ça s'intitulait "Portrait de l'artiste en garagiste". Je vais finir là-dessus : "Pour ceux qui ne s'y connaissent pas en mécanique, il y a un petit détail agaçant dans les romans américains. Les personnages ne s'y servent presque jamais, pour se déplacer, d'une voiture, encore moins d'une automobile. Ils montent de préférence à bord d'une "Oldsmobile" (Jonathan Franzen), d'une "Plymouth" (Richard Ford), d'une AMC Matador (Rick Moody), quand ce n'est pas d'"une camionnette Dodge 300 de 76" (James Ellroy) ou d'une "BMW 750il", laquelle pourra même être équipée, avec un peu de chance, de l'"OMD III dynamic tuning system ou peut-être l'ORC II" (Bret Easton Ellis) (...) Le plus étonnant bien sûr, c'est que ça marche. Nous nous lasserions très vite si nous devions lire dans un roman une litanie de noms de marques coréennes ou polonaises, et néanmoins nous sommes charmés d'entendre répéter ces mots aux sonorités presque magiques - Dodge, Cadillac, Plymouth...Ce détail en dit long sur la fonction qu'occupe la littérature aux Etats-Unis. Par son réalisme, en effet, celle-ci est imbriquée dans la civilisation matérielle. Elle ne représente pas un ailleurs fantasmagorique ou spéculatif de l'espace social, elle en est au contraire l'un des miroirs ; elle participe à l'élaboration des mythes nationaux. Or, c'est précisément cette alliance de l'artistique et du commercial, du spirituel et du matériel, de l'idéalisme le plus pur et du pragmatisme le plus rude qui n'a de cesse de nous surprendre dans la culture américaine. Car celle-ci ne semble pas avoir repris à son compte le vieux dualisme que nous avons hérité tout à la fois de Platon, du catholicisme et de Descartes, et qui établit des frontières infranchissables entre les ordres - corps/âme, marchandise/art, argent/vérité, ambition/foi. Du coup, n'ayant aucun problème de compatibilité des logiques, les Américains se montrent moins timorés et réussissent à être tout à la fois plus matérialistes et plus idéalistes que nous."


Deux autres comptes rendus de ce concert ici et ici


(Suite.)



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

stanislas 26/11/2008 11:39

Voilà ma chronique pour Abus Dangereux
The Killers
Day&Age
Island/Universal
Après le sombre et forain Sam's Town, leur Rattle&Hum à eux, les Killers de Los Angeles reviennent avec l'album Day&Age. Déjà leur troisième effort pour percer sur nos charts européens, et pourtant, je ne pense pas avoir lu la moindre ligne ici à leur sujet. Et c'est bien dommage.
Pour ceux qui prendraient le train en route, voici les ingrédients de leur milk-shake : un quatuor de belles gueules, des vocaux tour à tour sensuels ou emphatiques, des guitares tendance U2 de stade, des claviers Supertramp… Et même de la calypso façon Philippe Lavil. Si si, celui des Bambous! Bref, je vois que vous avez choisi votre camp. Revenez, tendez l'oreille… ça y est, je vois que vous vous êtes laissé prendre. Tant mieux. Hédoniste (A dustland fairytale), généreux (le single Human), chaloupé (la triplette africanisante Joyride, this is your life, I can't stay), les Killers version 2008 ont tout pour séduire ceux qui n'ont pas hésité à délier leur bourse pour partager leur Beautiful future avec Primal Scream. Et tant pis pour les autres.
[Stanislas de Guillebon]

Coralie 08/11/2008 17:05

Moi je n'aurai qu'une chose à dire: qu'as tu contre les bassistes ? :) (Je maintiens: tu aurais du venir voir les Subways, c'était dix fois mieux -et même si je n'ai pas vu les Killers j'me permets de le dire!)

Sylvain Fesson 09/11/2008 21:24


Ce que j'ai contre les bassistes ? Ca dépend : tu es bassiste Coralie ?
Je ne le sais que trop que j'aurais dû aller voir les Subways.
Merci de tourner le couteau dans la plaie ;-)


PatC 04/11/2008 19:59

C'est sur que si t'es fan de Brian Adams, t'as du être impressionné. Je suis désolé, mais pour la seconde fois, je constate qu'il manque un truc au rendu final de ce groupe sur scene. Je sais pas si c'est parce qu'il sont trop concentrés sur les boucles de synthé du chanteur qui débutent en général leurs morceaux et qui cassent la dynamique entre chaque titre mais même quand ils essayent de bouger, y a un truc pas authentique...Je pense qu'en live, ils devraient peut-être plus miser sur la guitare et avoir une basse moins brouillon. Ceci dit, ça reste un bon groupe. Pas de panique.

Sylvain Fesson 04/11/2008 23:35


Il manque rien aux Killers c'est juste que le chanteur n'a pas de charisme (et ça, ça ne s'invente pas) et ne sait pas vraiment bouger/performer. Il est pas vraiment dans son corps le petit, alors
il essaie des mouvements, mais on dirait un mauvais acteur qui essaie de faire comme ses modèles.


ndaref 04/11/2008 16:56

ouach, teknicart! prestigieux titre où j'aimerai piger! moi, titres bcq moins classieux, mais rénumérateurs. PFameux est un dérivatif en voie de devenir priorité. hey, ces chapcatacas (?) exigés en fin de tes posts m'ennuient. viens sur PF ou envoie moi ton mail perso, genre, style yasp!

Sylvain Fesson 04/11/2008 17:05


Un blog qui devient prioritaire : comment cela est-il possible ???


ndaref 04/11/2008 15:55

ouech, mais dans quel mag travailles-tu? bah, même si t'aimes pas WP, nos amis mon ami, youpi pour toi!

Sylvain Fesson 04/11/2008 16:10


Musicalement parlant, je pige pour Chronicart, Technikart, Park, Rockmag...
Tu piges toi aussi ?
Quoiqu'il en soit cool d'échanger quelques paroles avec toi ndaref.