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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 23:37
L'intimité perdue




"J'aurais aimé jouer du hard"


"Pour moi la réalité c'est aussi notre part animale et innée"




A propos de Renaud, j'ai appris que c'est vous qui aviez arrangé "Mistral Gagnant", qui est un tube, comme un petit morceau d'éternité ! Vous devez en être fier, non ?
Oui, à chaque que je l'entends ça me fait quelque chose. La petite mélodie de piano de "Mistral Gagnant" c'est l'exemple typique du truc que j'ai trouvé sans me demandé si ça allait plaire ou pas. L'histoire de ce morceau est très simple : Renaud et moi étions à Los Angeles. Il avait fini d'enregistrer son disque et il me dit : "Tiens, j'ai cette chanson..." Il y avait le texte et la mélodie chantée. "Qu'est-ce que tu en penses ?" Et comme ça me plaisait on a bossé dessus et ça a été fait en deux jours. Comme à chaque fois il a juste fallu remanier un peu la chanson en changeant quelques accords et trouvant des passages instrumentaux pour la faire progresser. J'ai fait ça comme j'ai fait mon dernier disque : en essayant d'être le plus sincère possible, point final.


Vous touchez quelque chose à chaque fois que ce morceau est diffusé ?
Non, parce que je n'ai aucun droit d'auteur. Mais ça faisait partie du deal. Par contre je perçois de l'argent sur les ventes de disques.



Votre instrument de base c'est le piano. A quel âge avez-vous commencez ?
J'ai commencé à 10 ans, c'est-à-dire trop tard pour devenir un vrai virtuose. Et comme je n'étais pas suffisamment doué au bout d'un moment j'ai lâché...


Pourtant on se dit qu'avec des parents musiciens vous auriez pu commencer plus tôt...
Oui, mais mes parents ne voulaient bien que je fasse de la musique en loisir mais ils ne voulaient pas que j'en fasse un métier. Or moi, quand j'étais ado, c'était vraiment ma passion. Il n'y avait que ça qui m'intéressait.


Et le rock alors ? Sa découverte est sensée être un "choc" à l'adolescence...
J'aimais le rock. J'ai toujours aimé les deux, le rock et le classique. J'ai joué dans des groupes de rock avec des copains mais au bout de quelques mois je trouvais toujours ça frustrant parce qu'eux n'avaient aucune technique alors que moi je connaissais quand même 2-3 trucs...


Votre bagage classique était un handicap pour vous fondre dans un groupe de rock ?
Non, ce n'est même pas ça. Pour moi l'archétype du groupe de rock c'est les Stones. Eux ne cherchent pas midi à 14h, ils y vont à fond et ça passe comme ça, à l'énergie, à l'arrachée, et c'est ça que j'adore. Mon fils est fan d'AC/DC et je trouve ça super. J'aurais aimé jouer du hard rock. Il y aune telle sensation d'énergie et de défoulement là-dedans... Le son de la guitare électrique c'est quand même quelque chose, une vraie nouveauté à l'époque. Aucun instrument n'offre le champ de possibilités qu'offre la guitare électrique. D'ailleurs je trouve ça incroyable que la guitare électrique ne soit pas utilisée comme un instrument à part entière dans la musique classique.


Entre la fin des années 70 et le début des années 80 il paraît que vous avez été arrangeur et compositeur pour un groupe du nom d'Odeurs. C'était quoi Odeurs ?
Odeurs, c'était un groupe de pastiche rock mené par Alain Ranval, alias Ramon Pipin. Sur scène, c'état un peu Hara Kiri : quarante personnes déguisées, des décors kitsch, de la provocation, etc. Un groupe à des années lumières de ce que je fais maintenant.


Le rock est une musique sociale, matérialiste et tournée vers l'extérieur. Or votre musique est une musique de l'introspection, presque sacrée. Diriez-vous que votre musique est anti-rock, voire anti-matérialiste ?
Non, parce que même si je ne fais pas de rock, j'aime ça et dans ma musique j'essaie de retrouver une certaine énergie rock avec des instruments classiques. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai intitulé mon 4e album Rock de Chambre. Je ne dirai donc pas que ma musique est anti-matérialiste. Elle est anti-consumériste mais elle est matérialiste. Si on considère le matérialisme comme l'opposition au religieux alors ma musique est matérialiste à 200 % ! Moi ce qui m'intéresse c'est aujourd'hui, c'est l'instant. C'est pour ça que j'ai appelé ma société de production Pour l'instant.


Pour l'instant et Ici, d'ailleurs..., dans l'esprit et les termes, entre votre société de production et le label de Stéphane Grégoire, ça colle parfaitement comme un même carpe diem !
Oui, avec Stéphane on a parlé de ça dès qu'on s'est rencontré ! Ce n'est pas pour rien qu'il a appelé son label Ici, d'ailleurs..., ça veut dire qu'ici même il se passe des choses intéressantes, exotiques, et qu'il faut juste savoir observer, chercher.


De quoi parle le morceau "Le diverti se ment" ?
Le jeu de mot montre que je parle du divertissement au sens Pascalien. Ça fait aussi référence à une récente campagne de pub Universal dont les affiches disaient que "Le divertissement est un droit" en montrant quelqu'un sur une île déserte qui se fabrique un écran pour pouvoir avoir sa dose de divertissement.


Le message est vicelard...
Oui, parfois la pub n'est parfois pas loin de la propagande. C'est pour ça que je dis à mes enfants de couper le son quand il y a de la publicité. Parce que comme le message passe par le son et que les images ne font qu'illustrer ce qui est dit, sans le son on ne comprend plus rien. Je pense que tous les parents devraient faire ça, au minimum.


A propos de mots : au départ je n'avais pas fait attention, mais c'est vous qui signez aussi les textes de tous ces morceau. Quel est votre rapport au texte ?
Hé bien c'était la première fois que j'écrivais moi-même les textes de mes morceaux. En français en plus. Le texte n'est donc pas mon fort. Pour tout dire, au départ pour ce disque j'ai même essayé de trouver une alternative pour ne pas avoir à écrire mes propres textes. Comme j'aime lire des essais, par exemple ceux d'Edgar Morin et de Guy Debord, à un moment j'ai pensé mettre certains de leurs textes en musique. Mais comme ce que je recherche dans un texte de chanson c'est moins le sens que la musicalité, ça n'allait pas. Pourtant Debord écrit extrêmement bien ! Je connaissais mal ses livres, j'en ai relu il y 3 ans et ça m'a scotché. Quand on voit quand ça a été écrit et comment ça colle au monde d'aujourd'hui, on se dit que ses livres sont vertigineux. Et encore une fois, le style est superbe. Debord cite souvent un poète Persan, Khayyam. J'ai acheté des bouquins de Khayyam et pareil, c'est superbe.


Mais d'où venaient donc les textes de vos premiers disques ?
Pour mon premier disque j'avais pris des textes liturgiques. Je n'en étais pas conscient à l'époque mais je n'aurais pas dû. Il faut arrêter de reprendre des textes liturgiques, arrêter de faire des requiems, arrêter de faire des messes, sauf si on est vraiment croyant. Cet exercice de style est encore trop présent dans la musique contemporaine. On fait tout pour nous mettre la tête dans le guidon. Il faut lever le nez. Je veux dire : chacun reste chez soi, on est de plus en plus coupé de la réalité, quand je dis réalité c'est... comment dire ? Il y a un sujet qui m'intéresse énormément et dont on n'a pas parlé c'est l'éthologie.


Qu'est-ce, l'éthologie ?
C'est l'étude du comportement des animaux. A une époque, avec ma femme on avait fait un petit élevage de chevaux. Les animaux n'étaient pas dans des box, ils vivaient en semi liberté, on les faisait se reproduire et on observait. On voyait donc comment ils communiquent et on s'est rendu compte qu'entre eux ils y avaient un vrai langage, une hiérarchie, une éducation. Que comme chez nous, il n'y avait pas que de l'inné, mais aussi de l'acquis. C'est dur de ne pas poser ce regard anthropomorphique sur eux. Mais ce regard est utile le jour où tu as des enfants. Parce que c'est là que tu te rends vraiment compte qu'on a aussi une grande part d'animalité. Et donc pour moi la réalité c'est aussi cette part animale et innée qui est complètement gommée par nos vies d'aujourd'hui...


Manset me disait la même chose... à croire que c'est une réelle préoccupation de votre génération...
L'autre jour j'entendais un scientifique qui parlait de l'évolution et qui disait que pour qu'une mutation génétique soit durablement installée il faut à peu près 20 000 ans. En même temps il y a des cas qui disent totalement le contraire de ça : il y a des animaux qui sont capables de s'adapter super vite à des nouvelles conditions de vie si on les déplace. Mais en général c'est quand même assez lent donc ça veut dire que dans notre cerveau on a tout un tas de choses, tout un tas de fonctionnement pour s'adapter à l'homme préhistorique. Il faut tenir compte de ça, faire l'impasse là-dessus ça me parait être une erreur parce que l'évolution des choses va trop vite par rapport à notre évolution à nous. Il ne faudrait pas qu'on se retrouve comme certains cartoons dans les dessins animés et que l'on se retrouve tout d'un coup au-dessus du vide sans savoir ce qui se passe. Parce qu'il y a un moment où il faut se dire : "Bon, qu'est-ce qu'il se passe ? Ça est-ce que c'est encore viable pour nous ou pas ?" On vit trop dans la virtualité. On a besoin de réatterrir.



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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