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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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5 avril 2006 3 05 /04 /avril /2006 01:42
Le sémiologue à la petite semaine que je suis dénoue le pacte sulfureux que signent Le Fil de Camille et la fibre textile dans la dernière campagne Kookaï.

N’y a-t-il pas comme un petit bout de Fil dans cette pub Kookaï ? Dans son fil qui lévite, électrostatique ? Oui, comme un bout du Fil de la chanteuse Camille, dont le deuxième album, Le Fil, a été certifié disque d’or et Prix Constantin 2006 ?

Camille, Björk de France
Avec ce disque, la mutine jeune femme du Sac des filles, son premier disque gentil tout plein bien qu'un peu chipie, s'est mutée en chanteuse à voix et grimaces beat box Mimi Craca. Elle est devenue l’équivalent français de la fée cyborg hystéro crispante qu’est mondialement l’islandaise Björk.

La maladie d'amour du Fil
Tout au long de son disque, Le Fil, court une note, un si qui joue le rôle de colonne vertébrale sonore discrète et solide. C'est sur lui que se greffent et s’ébattent la tonalité de morceaux dont la voix est le principal ressort.
Des morceaux dont il ordonne le métissage barré de soul-médiévo-tribal. Dans le jargon, on appelle cette note coninue un "bourdon". Et il court ce bourdon, il fait fi des frontières ce Fil, il s’en rit, les franchit. Argentine, Brésil, Belgique, Angleterre, Allemagne, Hongrie, Liban, Pologne, Canada, Etats-Unis : partout où Camille l’a baladé ou s'apprête à le balader, il a fait ou va faire mouche, Le Fil. Une vraie maladie d'amour. Quel rapport avec le fil de Kookaï ? J'y viens.

Il n'y a que la maille qui Fil

Primo, Le Fil, c’est la chair du disque, son propos. Il symbolise le noyau dur que chaque individu possède et doit trouver en lui-même. Ce noyau dur, ce centre de gravité essentiel et intime, une fois qu'on l'a, tout est permis, on peut partir en vrille. Voler en éclat. Goûter les fruits de notre liberté. VRAIMENT nous exprimer. Et en un mot VRAIMENT créer. Le Fil, c’est le concept élargi de l’art selon Camille. L’infiniment petit qui façonne le tout. La maille reproductible du grand tissu...


Le Fil
chrysalide bleu marine

Deuxio :
forte en concept, la Camille n'a pas bien évidemment pas manqué de matérialiser son fil sonore en fil visible, en fil de tissu. Ce fil, c'est celui qu'elle arbore sur scène et sur la pochette de son disque, comme un horizon indépassable à dépasser, un fil de funambule sur lequel jouer. Matérialisé, le concept du fil est alors déclinable sur tous supports, impossible de lui échapper, il ne nous quitte plus. D'ailleurs ce fil il apparaît dans le clip du single "Ta douleur" et il est des milliers. En effet, jusqu'au-boutiste, Camille file la métaphore en s'affichant prisonnière d'un long pull bleu marine, une matrice, une camisole, voire une chrysalide dans laquelle elle s'amuse à se débattre. Le fil devient pull. De son clip à la campagne Kookaï, il n'y avait qu'un pas.


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Published by Sylvain Fesson - dans divers
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Egérie 17/04/2006 14:34

Quelle brillante et très inattendue comparaison "inter-sémiotique"... Illustration de ce que peut être la "complexité ; un tissu (complexus: ce qui est tissé ensemble) de constituants hétérogènes inséparablement associés: elle pose le paradoxe de l'un et du multiple", dixit Edgar Morin (Introduction à la pensée complexe), vieux pote de Roland Barthes, notre grand Gourou à tous, apprentis sémiologues... Leçon vers laquelle je compte bien diriger mes étudiants

Sylvain Fesson 18/04/2006 09:01

Bonjour Egérie, merci pour ta lecture et ton commentaire pointus. J'appelle volontiers ce genre de papier "branlette intello" pour en désamorcer la "prétention" et le degré de réflexion qui n'est pas du goût de tout le monde. C'est mon côté second degré ! Mais j'aime bien aussi le premier degré bien sûr, et oui j'aime bien l'aspect transversal "inter-sémiotique" comme tu le dis. Parler d'Edgar Morin et Roland Barthes, que j"aime assez, dans un même commentaire, on ne me l'avait pas encore fait ! A bientôt j'espère pour d'autres coup d'oeil sémiotique sur Parl Hot ;-)