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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 00:37
Le langage oublié

 

 




"Jusqu'à ce que je crève je continuerai"


"J'exècre ce monde"

 

 

 


 

 

 



Vous écrivez pour d'autres : Raphaël, Indochine, Jane Birkin, Juliette Greco... Qu'est-ce qui vous a donné envie de sortir un nouvel album, d'exister encore en tant que Manset, auteur, compositeur, interprète ?
Ça peut paraître un peu abstrait, fantasque et inimaginable, mais c'est parce que j'ai des contrats. Jusqu'à ce que je crève, je continuerai, il y aura des albums qui sortiront parce que j'ai installé des contrats en amont. Et je remplis mes contrats. Alors les albums, je les retiens ou je les lâche, mais il y en aura, toujours.


C'est une manière de vous fixer des deadline ?
Non, parce que malheureusement je me suis ménagé quantité de choses qui font que je n'ai aucune obligation. On s'interroge sur la légitimité de la création artistique : pour quelles raisons va-t-on sortir un album ? C'est du nombrilisme, de l'ego : on a largement assez de matériel artistique pour ne pas encombrer le panorama. Je dis ça pour moi, je dis ça pour tous ceux de ma génération, aujourd'hui. On n'a pas besoin d'auteurs, on n'a pas besoin de compositeurs, on n'a pas besoin d'artistes plasticiens, encore moins que jamais de ceux-là, mais bon... Alors on est dans ce processus un peu privilégié de pouvoir s'exprimer, de s'interroger sur son nombril, de se regarder dans la glace, de se demander si, quand on prend un crème, ça va donner un roman, un ouvrage, un texte... Donc légitimité : point d'interrogation. La motivation ça peut donc être l'argent. Mais dans mon cas ce n'est pas l'argent, en ce sens que je n'ai pas besoin d'avion, pas besoin de Maserati, pas besoin d'acheter un club de football. Avant, avec cinq dollars, le bout du monde, on pouvait encore, c'était le paradis partout. Plus maintenant !


Alors c'est l'envie de dire quelque chose qui vous a motivé ?
Ah, non. Ça pourrait être l'envie de parler, de s'exprimer, de polémiquer, mais non pas de message. C'est un peu le cas de tous ceux qui font de la scène aujourd'hui, qui ont toujours une sorte de message, en général c'est toujours le même, on le connaît.


Vous dites ne pas avoir de message...
Non, je n'ai pas de message. Moi, mon message (ma langue, pour ne pas parler de message) c'est simplement la poésie, la sensibilité, la lumière, des trucs de tout temps. Ce n'est pas une revendication quelqu'elle soit, ni sociale, ni politique. Ce monde m'exècre, enfin j'exècre ce monde. Donc ma motivation n'est pas le discours. Ça pourrait être la femme, enfin l'amour, une preuve d'amour : de tout temps on a fait des folies pour une blonde, une brune, une grande, une petite, une mince, une maigre...


Sur ce disque, "Mensonge aux foules" semble l'exception qui confirme la règle car le texte de ce morceau a un sens très apparent, très moralisateur...
Oui, mais je n'ai pas voulu non plus faire une sorte de message ou quoique ce soit...


Quand même, quand vous dites : "Sur les écrans la haine a le goût du pain / Les rejetés sont légions / Et plutôt que de chercher l'absolution / dans l'amour, l'évangile, la compassion / On préfère laisser le sol en friches..."
Bon : j'ai quelques textes polémiques comme ça que j'ai mis dans les coffrets, "Artificier du décadent", par exemple. Ça m'a amusé de mettre celui-là sur ce disque parce que j'ai voulu chercher des chansons plus anciennes que je n'avais pas encore enregistrées. Cette chanson a au moins 15 ans !


Et elle est encore d'actualité.
Bien sûr, c'est éternel ça. Pour la chute de Rome, ce texte cadrerait tout à fait, les "rois fainéants", la nuit de la Saint-Barthélemy, tout est comme ça.


La musique reggae qui l'accompagne, vous l'avez pensée comme une sorte de décalage ?
Elle est venue directement comme ça, mais pas comme une sorte de décalage, juste comme un moyen un petit peu décontracté de faire passer des choses plus dures...

 

Pour ce disque aviez-vous envie de dénicher un concept, un terrain, un imaginaire commun où il pourrait s'ancrer pour que ce ne soit pas un album comme les autres, qu'il y ait quelque chose de nouveau...
Là, c'est autre chose, c'est-à-dire qu'à partir du moment où je suis dans le mouvement, qu'il faut que les albums sortent... D'abord, il y a des gens qui les attendent ces albums parce que forcément, avec le temps, ce que je dis aujourd'hui est devenu unique. Ce n'était pas encore un matériel totalement unique, il y a 8, 10 ou 15 ans, à l'époque de Royaume de Siam où j'aurais pu disparaître de la circulation, mais ça l'est devenu. Donc aujourd'hui, je suis un peu piégé par ça, j'ai quand même des scrupules... Ce que je fais est devenu lisible au premier degré.


Quelle guerre avez-vous encore à mener avec vous-mêmes pour devoir faire un nouvel album ? Il y a bien une envie personnelle qui est à l'origine de cet album, non ? Dans vos chansons, une sensibilité s'exprime encore...
Il y a toujours eu l'envie, il y a toujours eu la spontanéité, la création instantanée, très féconde, toujours, je remercie le Seigneur ; je touche du bois, je ne sais pas d'où ça me vient... C'est toujours venu instantanément, tout de suite, beaucoup. La seule chose qui change, c'est qu'avec l'âge, j'ai accumulé comme tout le monde des sensations différentes, des déceptions, des plaisirs, des bien-être, des visions, des regards personnels, qui font que tout cela se manifeste sous la forme d'une création légèrement différente, beaucoup plus affinée dans le texte, beaucoup plus exigeante...


Vous sentez que vous arrivez encore à vous étonner et à vous amuser ?
Oui, heureusement, sans ça je ne le ferais pas. Dans cet album, "Un jet de pierre" est un texte miraculeux. "Le langage oublié" est beaucoup plus classique, à la limite ce serait celui qui m'étonnerait le moins, celui qui serait peut-être le moins signé, à part 2-3 endroits... Moi, je peux analyser mes textes de l'extérieur. Par exemple, un jour Cabrel avait repris, dans un CD qui s'appelait Route Manset, "Prisonnier de l'inutile", et je m'étais dit un moment : "C'est magnifique, il aurait pu la faire." Mais non, parce qu'il y a un ou deux mots qu'il n'aurait jamais pu sortir. Je n'ai donc pas besoin de signer la plupart de mes textes parce que personne n'aurait cette sorte de volte-face à un moment ou un autre. Dans cet album, il y a "Quand on perd un ami", une chanson relativement conventionnelle que d'autres auraient peut-être pu écrire, qui serait un très bon matériel d'auteur-compositeur, mais dedans il y a par exemple les mots "fakir embaumé" et d'autres endroits où il y a la "paire de baffes". Et cette "paire de baffes" dans le texte, personne ne l'a !


Cette chanson se réfère-t-elle à un ami particulier ?
Non... Un jour, je livrerai quelques traces sur certains titres, je remonterai la filière, je donnerai quelques clés. Parce qu'il y a quand même beaucoup de chansons dont j'aimerais parler, oui.


C'est vrai ?
Ah oui ! J'aimerais donner les clés de certains trucs, forcément. Rien n'est anodin. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai un public aussi fidèle qui, après 5 ou 6 ans d'absence, s'est rué chez les disquaires. Je vends beaucoup d'albums, enfin proportionnellement, parce que les ventes ont quand même énormément chuté par rapport à il y a 10 ou 15 ans. Mais pour quelqu'un qui ne fait ni scène ni télé, je suis très bien placé dans les ventes.


Vous avez quand même fait une télé récemment avec l'émission CD'aujourd'hui.
Mais je n'ai rien fait moi. On a fait ça sur le titre "Le langage oublié" et moi j'étais derrière. Le directeur de l'émission est quelqu'un qui aime beaucoup ce que je fais et il a voulu absolument que l'on trouve une formule. Donc j'ai dit : "Il n'y a pas de problèmes, sur cette intro il y a une fille qui parle, on va la montrer elle et puis pour le reste la caméra va se balader en studio". Je suis tombé sur une équipe nickel, un très bon réalisateur, un monteur impeccable, des gens compréhensifs et ça s'est fait tout seul. Dès que l'on parle avec les gens, on voit bien que c'est très simple de mettre en chantier des choses qui, à l'origine, semblent paradoxales.


Sur le disque, qui est la jeune femme qui chante l'intro sur "Le langage oublié" ?
C'est Camille, une artiste. Elle ne chante pas d'ailleurs, elle parle. Elle a une très belle voix. J'ai toujours beaucoup de difficultés quand j'essaie de travailler avec d'autres personnes sur mes propres disques, ce n'est jamais ce que je veux, jamais ce que j'ai en tête, on part toujours ailleurs. En ce qui concerne "Le langage oublié", il y a même des moments dans la chanson où j'aurais dû garder ses interventions et finalement je les ai enlevées. Pour tout le monde, ça aurait été très bien, mais pour moi non, je suis un emmerdeur... c'est tout, c'est comme ça. Mais je suis aussi exigeant pour moi, depuis longtemps.

 

(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

lustucru 09/09/2008 11:22

c'est camille the camille?elle est bien en soit l'interview, les questions les réponses.faut -il avoir son age pour faire ces réponses? 

Sylvain Fesson 09/09/2008 18:34


Oui, LA Camille.
Ses réponses... tu en penses quoi ???