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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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18 mars 2006 6 18 /03 /mars /2006 01:27
Le festin N(e)u !

Quatre jours que j’ai quitté Paris pour lézarder à Cannes. Aujourd'hui : pause rock, avec
Mandrac. Pour le Printemps des poètes, ce trio local friand d'ambiant, de krautrock et de drum'n'bass jouait à Grasse dans le cadre d'une soirée électro. En novembre 2004, je les interviewais.



Ce trio cannois avait déjà la marmite bien pleine. En 2001, son "rock au sens large" nourri de "Pink Floyd, King Crimson, Vangelis et Krafwerk" se mêlait à d’autres "trucs bien barrés", comme le jazz, l’indus, le dub et le trip hop. Mais en 2004, goinfre d’expérience, il a phagocyté en un nouvel ingrédient de taille : l’électro, qui est venu parfaire son grand mix. Après deux démos "plus orientées hardcore avec des voix rap ou gueulées", Qwartz, leur premier, laisse donc apprécier des compositions plus riches en nuances, mais non moins explosives. Ces 8 titres, majoritairement instrumentaux, développent des atmosphères teigneuses et paranoïdes ayant, toutes proportions gardées, de fortes accointances avec les univers parallèles de "Philip. K.Dick, Maurice Dantec, William Burroughs et Mad Max". Le Radiohead d’Amnesiac n’est pas loin dans ce magma bouillonnant de lourdes lignes de basses et de nappes de synthé… Etrange cuisine… On a soulevé le couvercle... Didier Chanot (bass/vocals), Cyril Decaudain (machine works), Laurent Tamagno (drums) nous détaillent par le menu leur Festin N(e)u !


Comment le groupe s’est-il formé ?

On s’est rencontré avant de faire de la musique. On a commencé à jouer il y a une douzaine d’année, dans différentes formations, comme Alien Nation, Substance, Yellowprawn, Hector’s Circus, parfois ensemble, parfois avec d’autres musiciens. Finalement, on a formé Mandrac en 2001. On vient à peu près tous les 3 du même horizon, le rock, au sens large, de ces 50 dernières années, le hardcore, le metal, le début de la techno et des musiques électroniques en général, le hip hop… Puis, au fil du temps, le jazz, l’indus, le dub, le trip hop, et tous les trucs bien barrés…Le champ est vaste, mais on se rejoint sur les sensations à faire passer dans une chanson.

En écoutant Qwartz, on ne peut s’empêcher d’y voir la bande son d’un monde futuriste comme celui de Blade Runner ou de La Guerre des Mondes…
Les atmosphères futuristes dont tu parles font effectivement partie de grand nombre d’influences que nous avons en communs, même si chacun d’entre nous possède son expérience propre. Mais dans un style similaire on pourrait aussi citer Philipe K.Dick, Maurice Dantec ou William Burroughs, un film comme Mad Max…

Vos morceaux développent des ambiances mystérieuses dures à cibler. Comment définissez-vous votre musique ?
Notre musique ne nous semble pas expérimentale, ce n’est pas une étude de 45 minutes sur le larsen. Elle est simplement le résultat d’influences diverses et variées, ce qui donne ce côté "peu entendu" qui nous est propre. Elle est intrigante bien sûr, mais pas plus étrange que ce qui se passe dans le cerveau de n’importe qui. Elle est la somme des états d’esprit par lesquels nous sommes passés lors de la composition des morceaux. A ce titre, on peut la qualifier de fusion au sens propre du terme. Chacun doit définir ce qu’il entend à sa manière, avec ses propres repères. Dernièrement on nous a proposé "Trio organique électro progressif", ce qui colle pas mal.

Certains morceaux font, je trouve, penser aux dernières "expérimentations" de Radiohead. "Mekanism", par exemple, n’est pas si éloigné du climat de "The National Anthem" et "N…N" de celui de "Like Spinning Plates"…
On connaît Radiohead, mais ce n’est pas une réelle influence sur notre musique. On n’invente rien, ça va forcément faire penser l’auditeur à un groupe qu’il connaît. Pour toi, ça a été Radiohead, pour d’autres ça sera la Compagnie Créole ou Judas Priest.

L’album s’ouvre sur des climats assez furieux et convulsifs, jouant sur un sentiment d’oppression rock indus, un peu comme chez Nine Inch Nails. Mais il se clôt sur des climats apaisés, sereins, presque féeriques, comme chez Sigur Ros. Travaillez-vous vos albums comme un film qui a sa propre dramaturgie ? Si oui, quelle histoire raconte Qwartz ?
On travaille les chansons, le disque et le live comme de grandes entités a part entière, le but étant de faire voyager l’auditeur, de le faire passer par un certain nombre d’émotions qu’il a en lui. On pourrait dire que Qwartz est un film sur la journée d’un individu quelconque, avec ses différentes humeurs, ses joies, ses peines, ses angoisses et ses pétages de plomb…

En ce moment, bon nombre de jeunes groupes français sortent du schéma pop couplet-refrain en créant des atmosphères complexes à base de synthé. Je pense à M83, Sébastien Schuller, Syd Matters, Encre, Téléfax, Vérone…
Ces groupes ne nous parlent pas vraiment, hormis M83 que l’on a connu avec leur premier album. Mais en effet cette musique sort des sentiers battus. Les morceaux sont plus construits comme un mix de DJ, avec des montées progressives et inexorables. On dirait plus une sorte de transe que des chansons pop, même si cela garde un coté alternatif, comme l’arrivée successive de vagues…

Pourquoi, selon vous, ce style de musique très "transe" et instrumental vient-il fortement pervertir le moule de la pop depuis le début des années 2000 ?
C’est probablement dû à l’arrivée à "maturité musicale" de personnes ayant baigné dans cette atmosphère depuis leur plus tendre enfance. L’électronique a dû réellement arriver en musique dans les années 70, toutes les personnes nées depuis n’ont pas pu éviter son influence, ils savent s’en servir. Les gens nés avant n’ont pu que s’adapter.

Ecoutez-vous ce type de musique planante et psychédélique dont on vous sent proche : Pink Floyd, King Crimson, Kraftwerk, Tangerine Dream, Neu et Can ?
On a mangé du Pink Floyd, jusqu’à leur dérive dans les années 80. Un peu de King Crimson, du Vangelis, Blade Runner oblige, du Kraftwerk aussi. En revanche, pas de kraut rock (rock allemand dit "rock choucroute", nda), ou très peu. Peut-être est-ce une influence indirecte, par le biais d’un groupe dont on serait fan et dont les membres seraient fan de kraut.

On parle choucroute. Imaginez : Mandrac est une marmite. Qui met quoi dedans ?
On n’a pas de schéma rigide de composition, même si on a quelques habitudes. Les chansons viennent parfois d’une jam à trois de 45 minutes minimum, et qu’on enregistre sur cassette. On réécoute et on récupère des plans, des harmonies, des lignes de chant, des ambiances... D’autres fois cela vient de compositions que l’on fait chez nous, avec nos ordinateurs, nos sampleurs, nos synthés. Ces compos sont ensuite réarrangées à trois. Quand elle fonctionne, la technologie nous facilite la tâche, on possède tous de quoi faire du son chez nous, de quoi récupérer des boucles, des pistes entières ou des samples chez les autres, et ainsi de proposer, d’arranger…Bref, de toujours composer.


De quand date les compositions de Qwartz ? Ont-elles été joué live ?
Les compositions présentes sur Qwartz datent en gros de 2003 et 2004. Elles n’ont pas toutes été jouées live, mais le seront lorsque sortira l’article. On va faire une petite série de concerts afin de roder un peu notre nouveau set.

Comment évoluez-vous depuis vos débuts ? Vers quoi voulez-vous tendre ?
Avant ce CD, on a sorti deux démos. La musique était plus ou moins dans la même veine. Early Materials (2001) était plus hardcore, avec des voix rap ou gueulés. Dans Mandrac (2002), l’électronique a trouvé sa place, la musique s’oriente plus vers la drum’n’bass. Actuellement on accorde plus d’importance à l’harmonie, à l’ambiance de chaque morceau et aux chants, sans pour autant délaisser le coté énergique des premières compos. En définitive, les atmosphères sont plus variées et plus poussées. Pour l’avenir, on n’a pas prévu notre évolution musicale, pas de plan précis, si ce n’est de continuer à composer, va savoir où cela va nous mener.

J’ai appris que vous faisiez parfois des musiques de pub et de films. Avez-vous de tels projets actuellement ?
On a quelques plans pour des courts-métrages ou des compositions sur le thème d’un film, mais comme rien n’est fait, n’en disons pas plus…En revanche, on travaille l’inverse en ce moment, c’est-à-dire l’habillage visuel sous forme de projections pour le live.

Mandrac reste donc votre projet musical prioritaire ?
Nous collaborons tous les trois dans d’autres projets, mais Mandrac reste notre seule véritable priorité. Nous n’allons pas en rester là. On va faire encore plus de scène, là où notre énergie est la plus palpable. Mais aussi plus de compositions, pour creuser notre univers. On a certainement pas tout donné sur un CD.

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Published by sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

narf 24/03/2006 10:49

Eh ! faut pas rajouter d'articles avant ceux que l'on a déjà lus, sinon, on ne les voit pas quand on vient faire un tour (la preuve, je ne suis pas là).A part ça, ça me semble intrigant, tout ça, je vais suivre un peu le lien, pour voir...

sylvain Fesson 24/03/2006 19:11

Salut François. Ouais, c'est vrai, j'ai hésité à bidouiller la date, pour inscrire retroactivement l'article dans mes pérégrinations cannoises... mais tu vois je compte sur les gens curieux comme toi ;-) Merci au fait pour ta carte mail d'anniversaire. On se voit chez Corinne, so a toute !