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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 00:37
Mystic Bullshit ?

 

 

 

 



"Durant un an j'ai rêvé que je surfais"


"On ne prend pas de drogues dures, juste des champis !"

 


 


Sur la vidéo de "Time To Pretend" les divers trucages psychédéliques te montrent en train de faire du surf. Tu pratiques vraiment ?
Non, je ne sais pas surfer. Mais je crois que nous jouons en Australie en décembre donc je pourrais sans doute m'y essayer là-bas. En fait s'il y a ce passage de surf fantasmé dans le clip de "Time To Pretend" c'est que l'énergie du surf m'inspire. C'est aussi pour ça que mes textes parlent beaucoup de vagues. D'ailleurs durant à peu près un an, chaque nuit je n'ai pas arrêté de rêver que je surfais. Je rêvais des vagues.


A l'intérieur du livret de votre disque il y a une photo où l'on vous voit en train de brûler un billet. Est-ce un clin d'œil à Serge Gainsbourg ?
Pourquoi cela te fait-il penser à Serge Gainsbourg ?


Parce qu'en 1984, alors qu'il était interroger sur sa fortune dans une émission de télé, Gainsbourg a brûlé un billet de 500 francs en direct pour dénoncer à sa manière "le racket des impôts".
Vraiment ?! Nous c'était plus une référence au film La montagne sacrée d'Alejandro Jodorowsky. Mais je connais et j'aime Serge Gainsbourg. J'ai son album reggae !


Connais-tu d'autres musiciens français ?
Oui, il y a cette femme dont je suis amoureux,
Keren Ann je crois qu'elle s'appelle. J'aime sa musique, très pop, très classique. Parfaite pour moi qui n'écoute que des vieilleries.


Le travail de production semble déterminant dans la musique d'Oracular Spectacular. Sur ce disque Dave Fridmann, votre producteur, a-t-il donc été le 3e membre de MGMT ?
Non, parce que si les gens avaient pu entendre nos démos ils se seraient rendus compte que l'instrumentation des morceaux et leurs arrangements étaient exactement pareils. Dave savait le son qu'on voulait, on est donc allé en studio avec lui pour qu'il nous aide à l'obtenir en étant notre ingénieur du son et notre mixeur. C'est donc un peu faux de dire que notre son soit porteur de sa griffe, parce que l'album est plutôt le fruit du travail de Ben et moi. Mais il y a une chanson sur laquelle il a eu un fort impact, c'est "Time To Pretend" parce que sur notre EP nous en avions fait une version très électronique et pour l'album on voulait qu'elle sonne différemment, qu'elle ait une batterie massive. Là
"Dancing Queen" de Abba a été une grosse référence.


Tu connaissais les disques sur lesquels Dave Fridmann avait travaillé ?
Oui, j'ai toujours été un fan des
Flaming Lips, surtout des disques de leurs débuts.


Allez-vous continuer de travailler avec lui ?
Non, je ne pense pas. Pour le prochain disque on va plutôt essayer de se produire nous-même. Son enregistrement sera sans doute dans des conditions proche du live parce qu'on le fera avec les musiciens qui nous accompagnent actuellement sur scène et avec qui nous formons de plus en plus un vrai groupe.


Par la suite le son de MGMT risque donc de dévier de ce qu'on entendre sur Oracular Spectacular ?
Bien sûr. Pendant longtemps j'ai tellement gardé les choses pour moi qu'aujourd'hui j'ai plein de sons en tête et comme j'ai toujours pensé qu'un groupe se devait de passer par de multiples styles musicaux, nous n'allons pas en rester là. Par exemple sur le prochain on va plutôt prendre le contre-pied d'Oracular Spectacular dont les chansons très riches, chaotiques. On privilégiera le sentiment d'espace, on prendra le temps d'élaguer.


Une chose me frappe d'ailleurs dans vos chansons : leur matière sonore est si touffue, sophistiquée que pour la plupart ont a du mal à les garder en tête. On dirait qu'elles agissent comme une drogue : sur le moment on se prend un feu d'artifice mais après plus rien.
On voulait faire des chansons accrocheuses et sexy et je pense qu'une poignée d'entre elles le sont mais c'est vrai que dans le même temps on voulait faire une musique qui soit quelque peu déroutante, pour ne pas nous répéter à chaque morceau.


A propos de drogues, je ne voudrais nourrir votre fumeuse réputation de néo-hippies, mais la première fois que j'ai vu le clip de "Time To Pretend" il m'a sincèrement fait de partir comme si j'avais fumé !
Je ne dis pas que notre musique n'est pas psychédélique, mais le truc c'est que es gens désirent tellement le retour d'un mouvement hippie qu'ils projètent à fond sur nos chansons, plus que ce que Ben et moi y avons mis. Du coup ils nous croient plus fort ou plus profond que ce que nous sommes, encore une fois ça ne me dérange pas, mais c'est étrange pour moi de vivre ce contraste entre ce que nous sommes et la manière dont les gens nous voient.


Avec cette image de hippie qui vous colle aux basques et que vous entretenez aussi par vos fringues les gens vous imaginent prenant plus de drogues que vous ne devez vraiment en prendre.
Oui, parce qu'on ne prend pas de drogues dures. Au pire, on prend des champis !


Pour vous mettre dans un état particulier lorsque vous composez ?
Non, parce que c'est trop dur de jouer et de composer quand tu tripes sous champis (rires) !


Dans "Time To Pretend" tu chantes "This is our decision to live fast and die young /
We've got the vision, now let's have some fun."
De quelle vision parles-tu ?
Ah, ça j'aurais du mal à t'en parler mais oui, nous avons une vision (rires) !


Dernière question, bateau mais peut-être pas, histoire de boucler la boucle : qu'est-ce qui vous a poussé à trimer pour faire ce disque alors que vous auriez pu glander ?
La première chose c'est ma rencontre avec Ben. On s'est rencontrés en 2002 parce qu'on habitait la même ville, qu'on allait à la même fac, l'université wesleyenne dans le Connecticut, et qu'on aimait tous deux le même genre de musique. On a sorti deux maxis, un en 2004, un en 2005. C'est à ce moment-là on a quitté la fac avec notre diplôme en poche. On n'était donc plus étudiant, mais musicalement on n'avait pas encore décollé donc je commençais à penser que c'en était fini du groupe et puis on a reçu un mail de Columbia. Ça, c'est la deuxième raison. Au départ on a cru que c'était une blague parce qu'on se demandait pourquoi un label comme eux pouvait s'intéresser à nous, mais non en fait c'était du sérieux. Et le fait de signer avec eux en 2006 ça nous a redonné foi dans le truc et ça nous a aidé à nous concentrer sur notre musique. La troisième motivation est liée à la période qu'on traversait à la période où l'on a écrit ces chansons. A l'époque on était en train de quitter notre vie d'étudiant pour nous confronter à la vie d'adulte. Et tu sais qu'à partir de là, tu vas devoir te débrouiller seul pour tracer ta route, trouver un job, un appartement, etc. Et le point noir à ce moment-là, comme tu es encore jeune, c'est que tu mets totalement tes rêves à l'épreuve de la réalité. C'est assez flippant. Et excitant à la fois. Nos chansons se sont donc nourries de cette peur et de cette excitation.


Généralement je n'aime pas prendre la parole une fois l'interview finie. Se donner le dernier mot de l'histoire, je trouve ça puéril. Je préfère laisser résonner les propos de l'artiste. Mais là je fais une exception. Car je viens de lire deux choses éclairantes pour conclure. La première est tirée d'un livre paru en 1968 aux Editions Albin Michel. C'est Je veux regarder Dieu en face - Vie, mort et résurrection des Hippies, de Michel Lancelot. Page 41 ce journaliste-psychologue se demande pourquoi, dans les années 60, les professeurs des universités américaines n'ont pas tenté d'enrayer la grande vague toxico mystique qui sévissait sur leur campus. Et il explique en partie ça par l'extraordinaire liberté qui régnait sur ces campus. "Là, écrit-il, entre deux cours ou en fin de journée, les étudiants flânent ou chahutent. On y bavarde, paresseusement allongé sur l'herbe. Personne ne songerait à troubler ces causeries de potache. Nul n'oserait se mêler de leurs affaires. Et si, d'aventure, un professeur vient s'allonger ou s'asseoir parmi eux, il sera considéré - et se considérera lui-même - comme un des leurs. Ni plus ni moins. Cette égalité humaine dans la détente, entre le maître et ses disciples, a quelque chose de bougrement sympathique, pour un jeune étranger. Est-ce assez dire que l'étudiant américain peut faire à peu près ce qu'il désire dans ces campus, y compris, un beau jour et sans crier gare, fumer de la marijuana et avaler du LSD."


Mais qu'est-ce qui explique tant de liberté ? Michel Lancelot a posé la question à un directeur de collège. "Nos étudiants n'ont qu'une vie, lui a répondu ce dernier, et leurs années de collège devraient en être la meilleure part. tant qu'ils sont jeunes, ils ont droit à notre indulgence et à ce que les professeurs qui les entourent manifestent quelque joie de vivre." Donc je lis ça, et quelques heures plus tard, feuillettant Troiscouleurs, le consumer mag des cinémas MK2, je lis ça : "En ce moment, un campus, aux Etats-Unis, fait gazouiller les gazettes : Wesleyan University, dans le Connecticut. Les deux plus belles révélations de ce début d'année en sont diplômées : le duo psychédélique MGMT et la rockeuse indocile Santogold. Du coup, leurs camarades de promo sont scrutés avec appétence par le rock'n'roll circus." Et le journaliste de citer Boy Crisis, Amazing Baby, Snowblink et les "rutilants" Francis & the Lights décrit dans la droite lignée du "funk cinq étoiles de Prince".


Bref, tout ça pour dire que les MGMT ont toujours fait leurs les doutes d'un type comme Michel Lancelot à propos du phénomène hippie. Ils envient l'innocence de cette génération Love & Peace mais eux n'ont jamais "oublié qu'ils appartiennent à l'élite d'un des plus grand pays du monde" et que c'est "justement pour cela qu'ils sont différents", c'est-à-dire hippies. Parce qu'ils sont enfants de années 80 et musiciens dans un monde où la pop va de soi, ils ont toujours su qu'ils pouvaient se faire "dévorer par la Machine". Alors quand on sait comme eux qu' "une vie réussie est un rêve d'adolescent réalisé dans l'âge mûr" (je cite Michel Lancelot citant Alfred de Vigny), on ne prend pas cette mystique baba trop au sérieux. Idem pour l'idéologie sex, drugs and rock'n'roll. A la place, pour retrouver son âme d'enfant, on n'hésite pas à cultiver un certain goût pour le kitsch. On monte un groupe dont la pop bouffe à tous les râteliers, d'Abba à Bowie. Pour notre premier concert on délire en se contentant de jouer une heure durant le générique de Ghostbusters. Et quand on s'apprête à sortir enfin notre premier album, on a l'excitation mêlée du rainbow warrior et du lanceur de bombe à eau. On veut profiter à fond de sa liberté. On veut baptiser la chose Mystic Bullshit. Mais face au desiderata de la maison de disques, on courbe l'échine et se ravise pour un titre plus vendeur. Un titre plus éloigné de la réalité, mais plus près de la légende...

 



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

odb 05/09/2008 00:39

putain la vache ,tu t'es laché sur la fin ,Sylvain.. mec , c'est mieux quand tu te lache que quand tu fait ton gnian-gnian-cul-cul-prout-prout.. j'veux dire: prouve nous que t'as autre chose dans le slibard que le simple fait de tendre ton magneto a n'importe quel backstage.. cordialement..

Marylav 30/08/2008 00:16

Parait que pour référencer son blog, faut laisser des commentaires dans les blogs qu'on aime bien et demander un  échange de lien. Je me présente: MaryLav, 17ans. Mon but: montrer que notre génération n'est pas totalement morte et qu'on ne s'est pas forcément fait lobotomiser! On écoute quand même des trucs valables et recommandables! Réponse par commentaire, si possible! Bonne continuation.

Sylvain Fesson 30/08/2008 01:55


Ouais, Marylav, ilparait que c'est comme ça que ça marche. Je vais y réfléchir en allant voir ton blog, ce que je n'ai pas encore eu le temps de faire ;-)


lustucru 25/08/2008 16:16

c'est la faute à Deezer et autre jiwa c'est vrai que ça permet de mettre en écoute et de discuter musique en ayant pu entendre les cd.Je commence, et puis il me faut bien 1 mois ou 2 avant de dire un truc sur un album, j'ai besoin de digérer ;-).Et puis je fait des compiles horribles lol.

lustucru 25/08/2008 10:08

c'est vrai que les questions sont plus pertinentes que leurs réponses, peut etre leur coté ricain convenu. Sinon la question sur le billet leur réponse m'a fait tiqué, c'est vraiment générationnel(enfin ceux qui ont fait des études) comme référence.bon moi j'ai écrit (enfin bargouiné un truc en binaire) un truc sur l'album http://letempsdetre.blogspot.com/2008/07/mgmt-oracular-spectacular.htmlJ'ai une petite photo qui est hs enfin pas tant que çahttp://img83.imageshack.us/img83/4196/pdvd031zi2.jpgConcert gratos au quebec pour les 400 ans.Re HST'as bien fait de ne pas participer au top of the flop c'est en train de finir en pugilat webien. ;-)

Sylvain Fesson 25/08/2008 10:35


En allant sur le site Du bruit qui pense, j'ai vu que tu me lâchais enfin l'adresse de ton blog ! Je vais donc aller voir ça ;-) Il est un peu vague, mais j'aime bien le titre déjà, Le temps
d'être...


morganeonpluto 25/08/2008 09:11

C’est drôle. Autant les cocos (excellents, hein, cela n’enlève rien à leur talent) sont assez fades en interview. Autant la pertinence de tes questions et surtout la conclusion, m’ont transporté (pfiout) dans les mid-sixties, les cheveux longs, l’encens, les Vans Wolswagen verts pommes, les Black Panthers, et toujours cette question : « Les Hippies étaient-ils dangereux ? ».
Cela me rappelle un excellent documentaire (http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18805457&cfilm=114687.html) de David Leaf et John Scheinfeld : « LES USA CONTRE JOHN LENNON » (: http://www.cinemapolis.info/?2008/04/16/489-les-usa-contre-john-lennon).
Rappel de ce fantastique BED SITTING (http://fr.youtube.com/watch?v=EhuLu6M-Li0) de John et Yoko : aussi enfantin, inoffensif que sans grand intérêt apparent. Un peu comme un tigre sans dents. Un peu comme la façon dont le pouvoir américain considérait le mouvement hippy. A tord. Quoique. Bref, faut le voir ce docu, il est top.

Sylvain Fesson 25/08/2008 10:39


Cool, ça veut dire que chacun à bien fait son boulot ;-)
Le groupe a fait un disque inspirant, spontané et tout.Et le journaliste, inspiré du coup, a bien replacé ça dans le contexte, donné des clefs, décrypté.
J'irai consulter les liens que tu mentionnes.

Hippy hippy shake ;-))