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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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19 mars 2006 7 19 /03 /mars /2006 03:44

Carte postale de Californie


Trois jours que j'ai quitté Paris pour lézarder à Cannes. Jamais sans mon ordi...

Hier, c’était mon anniversaire, j’ai eu 26 ans. Et qui dit anniversaire dit de toute évidence cadeaux. Ce qu’on m’a offert ? Commençons plutôt parce que j’aurais aimé avoir ! Pas l’amour, la santé et le travail, bien sûr que je veux tout ça. Non, les cadeaux que je souhaitais précisément avoir pour mes 26 ans, il y en avaient de bien concrets et bien bêtas auxquels j’ai pensé vite fait la veille, comme un jeu, pour voir la petite liste que ça je pourrais bien obtenir et ça a donné ceci : 1) Le dernier single de Nadiya, « Tous ces mots », qui pulse à mort avec son instru hard rock. Mais ça, c’est pour déconner, alors plus sérieusement en 2) j’aimerais avoir le DVD de Phantom of the Paradise car on m’a déjà vanté les mérites de ce mythique opéra rock des années 70 et j’avoue que l’extrait que j’ai entraperçu hier à la télé m’a particulièrement alléché par son univers bizarroïde. En 3) comme j’adore lire, notamment des essais cramés du ciboulot, j’aimerais qu’on m’offre les quelques pages du livre eXistenZ où Medhi Belaj Kacem "pop philosophe" sur les nœuds métaphysiques du film de Cronenberg. Cronenberg et Belaj Kacem : des passeurs précieux. J’aime les obsessions deleuziennes, mais je serais sûrement incapable de les lire et comprendre en langue de Deleuze. Bref, en 4) Entre les murs de François Bégaudeau ferait bonne figure au panthéon des cadeaux de ce vingt-sixième anniversaire. Parce que ce jeune prof de français fan de rock (il est fondu de Green Day), de littérature et de cinéma (il écrit aux Cahiers) parle dans ce livre de l’école et des gamins d’aujourd’hui de la seule manière pertinente qui soit : de l’intérieur. En 5) pour finir, je ne serai pas original en souhaitant déchirer un paquet cadeau qui débouche sur La possibilité d’une île de Michel Houellebecq. J’ai toujours aimé ses poèmes et ses préoccupations sur le devenir du genre humain. Or son dernier roman a l’air de mixer à merveille ces deux paramètres que sont la poésie (par la construction narrative du livre) et l'humanité S.F (par le thème des clones). Ma copine a-t-elle eu ces cinq idées cadeaux en tête ? Non, mais elle a tout de même fait mouche en m’offrant : 1) une tondeuse électrique pour soigner mon pelage d’über sexuel ; 2) un sac à bandoulière pour être plus mode et "héroïquement" galbé justaucorps quand je fendrai la foule des villes ; 3) l’enregistrement en version longue du NBA Slam Dunk Contest du All Star Game de 2006 pour réveiller les ardeurs de "Jordan blanc" que je n'exprime plus depuis 10 ans ; 4) Va où ta queue te mène, un livre récent dont la couverture et le titre (voir ci-dessus), très Magritto-Freudien, m’avaient fort intrigués il y a peu sur les étalages d'un libraire ; 5) ne rien faire de plus délicieux ce soir-là que de rester à la maison et dîner en regardant Taratata. Bashung y reprenait du Dick Annegarn, le morceau "Bruxelles"qui dans sa gorge et caressé par une mélancolique mélodie de piano ressemblait à s’y méprendre au morceau "Angora", point final de son album Fantaisie Militaire, pour moi un de ces sommets. Ce "Bruxelles" me filait la chair de poule en charriant en douce le corps fantôme d' "Angora". Voilà, c’est peut-être ça l’amour. Un peu comme ces cinq cadeaux. Ce n’est pas ce qu’on attendait, ce qu’on s’était formulé, c’est un peu en DEHORS, à côté, mais ça se pose là comme une évidence et vous ravit tout entier.

I love you but I've not chosen darkness
A propos d’amour, je ne résiste pas à l’envie de vous citer un passage de Va où ta queue te mène. L’emballage du livre tient d’ailleurs toutes ses promesses : on ne débande pas une fois le qu’on l’a ouvert. Et j’aimerais vous en parler dès maintenant car qui sait, je n’en aurais peut-être plus le courage plus tard. Page 21 : "L’amour, voilà lâché le mot magique car c’est bien d’amour qu’il s’agit. Il n’existe pas de connaissance intellectuelle de l’amour, pas de définition, pas de description, pas d’apprentissage, pas de guide, pas de cours de formation ni de cours de rattrapage. Comme un direct au cœur, on sait qu’il est là, le temps où il est là. Je ne parle ici ni de dépravation ni de perversion, le sexe sans amour, c’est, au mieux, de la gymnastique ou de l’hygiène. L’amour sans le sexe, ça n’existe pas, même s’il est de bon ton de prétendre le contraire. C’est là où il y a l’amour que sa queue mène un homme et quand il n’y a plus d’amour, il remballe son matériel et se tire sans se retourner ! Aucun plaisir n’est aussi grand que l’amour de l’aimée, aucune douleur n’est aussi intense que l’absence de l’aimée ; aucun ennui n’est aussi profond que la présence de celle que l’on a aimée et que l’on aime plus. Plaisir, douleur, ennui constituent les trois émotions de base associées à l’amour – qui est en soi une émotion – donc au sexe – qui, lui, est à la fois un organe et une émotion. Toute attitude favorable à la trinité émotionnelle amour-sexe-plaisir est à cultiver précieusement. Tout ce qui touchera au trio maléfique sexe-douleur-ennui ou au quatuor infernal amour-sexe-douleur-ennui, sera à fuir comme la peste."  Qu’en pensez-vous ? Bien dit, non ?

L’Equipée Sauvage
A tous ces cadeaux s’ajoutent les quelques grammes de culture qu’on a pris soin d’emporter avec nous jusque dans ce paradis cannois. Et oui, on ne se désintoxique pas comme ça. Il y a : 1) le dernier Bret Easton Ellis, Lunar park, que ma copine trépigne de lire tandis que je me régale de Va où ta queue te mène ; 2) la BD Celebritiz de Trondheim qui raconte l’histoire d’un mec qui achète une veste dans la poche de laquelle se trouve des pilules qui rendent célèbre ; 3) le DVD du Nosferatu de Murnau ; 4) celui de La vie est belle de Capra ; 5) l’album Qwartz du groupe cannois Mandrac qui joue un noir et charismatique post-jazz-électro-rock. Mais ce n'est pas tout. Nous avons aussi sous le coude : 6) quelques magazines ; 7) Gainsbourg Confidentiel (cette façon si "moléculaire" et picturale qu'il a de décomposer et réinventer le prénom de cette Laetitia en "Elaeudanla téïtéïa" entre, je trouve, en étrange correspondance avec cette manière qu'à Hockney de matérialiser sur sa toile "Sunbather" l'illusion de la lumière jetant ses reflets dans l'eau comme des choses existantes, vivantes) et 8) le dernier Black Rebel Motorcycle Club qu’on a achetés à la Fnac pour une poignée d’euros. Très bien d’ailleurs ce troisième album des BRMC. Ces trois types vont droit où leurs queues les mènent et ils y vont plein pot. Cette fois, délaissant le gros son noir, tortueux et urbain de leurs débuts, ils ont eu le culot d'arrêter la course à l'armement revival rock et de virer country et ça donne Howl, un bien bel album. En l'écoutant, j’ai repensé bizarrement à The back of Hollywood, la toile d’Eward Ruscha (voir tout en haut). Parce que la country, c’est la musique des petites gens, la musique de l’homme nu, avec sa bite, sa plaie et son couteau, c'est la musique du réel, des grands espaces abruptes, de l’histoire quotidienne, du temps qui passe. En somme, une musique à hauteur d’homme. Or Hollywood c’est tout l’inverse. C’est une usine à rêves qui cherche à construire du mythe pour rénover l’histoire et la mémoire réelle des hommes. Une usine qui tente, par ce mythe de masse, de faire décrocher les hommes d’où ils sont et de ce qu'ils sont VRAIMENT. Dans cette peinture, dit la brève du journal Aéroports de Paris, l’artiste "se confronte avec ironie aux grands mythes américains". Il montre "l'envers du rêve hollywoodien" : "la relation primitive à la nature, le caractère héroïque, la magie du cinéma et le star système" qui "perdent leurs atours dans ce mirifique décor en carton-pâte". The back of Hollywood est en cela un simulacre de peinture primitive. Sa définitive impossibilité. Carton plein.


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Published by sylvain Fesson - dans divers
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commentaires

Sylvain F. 11/05/2007 00:05

Figure-toi que j'ai enfin vu ce film il y a quelques jours et j'ai adoré, tant que j'ai grifonné un article illico après l'avoir vu sur mon agenda donc je devrais en parler assez vite sur Parlhot ! Patience.Mon site manque de titres de chansons à écouter ?Ah... faut faire le chemin seul parfois hein on peut pas tout dire et flécher le parcours vers toutes les pépites à dénicher, heureusement, un peu d'embûches et de difficultés !Of course (connaissant bien Juko que tu peux d'ailleurs écouter en tapant juko.org ou cherchant son myspace) que le proverbe a un lien avec le titre du livre dont je parlais ;-)

Winnie 10/05/2007 13:40

Je confirme, Phantom of the Paradise est un film à voir... tu trouveras même une note dessus sur mon propre blog :p (oui je fais un peu de pub et je continue à remonter dans les archives)J'espère que tu l'as vu depuis...Pis hein ça manque de titres de chansons à écouter de toute urgence pour appréhender les merveilles dont tu parles... pas grave je connais le chemin de radioblog en priant pour qu'ils y soient !!!Quant au proverbe à Juko, même venant d'une famille plus pied-noir tu meurs, je ne le connaissais pas !!! J'espère qu'il n'y a pas de lien entre l'expression récurrence de l'article et le proverbe ^^'

juko 20/03/2006 08:50

le bon anniversaire donc!
et que dieu te l'allonge! (proverbe pieds-noirs, on doit certainement l'entendre à Cannes...)

sylvain Fesson 20/03/2006 12:23

Merci Juko ! Je retiens le proverbe (que je ne connaissais pas). Je n'ai pas eu le temps de vraiment écouter Zones d'ombre avant de partir au soleil, je t'en dis donc plus dans quelques jours quand je serai sur Paris. En espérant que tout va pour toi.

Cécile 19/03/2006 23:40

Je recommence ça a planté. Je disais donc, ta copine elle craint quand même, elle aurait pu:
1/ t'offrir au moins un des cadeaux dont tu avais rêvé!
2/ t'emmener au resto!
Franchement!!! ;o)
Mais bon, peut être qu'elle est super quand même, qu'elle cuisine bien et que c'est toi qui voulait regarder Taratata ? ;o))
A part ça je trouve ça pas mal la citation de "Va où ta queue te mène" ça me parait assez vrai, même si c'est flippant de se dire que la trinité émotionnelle peut se transformer en trio maléfique. Gloups!

Cécile 19/03/2006 23:35

Warf! ta copine elle craint