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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 20:06
Mods in France

 





"chercher le tube, c'est un peu tuer la musique"


"on se fiche d'être trop rock pour les popeux ou trop pop pour les rockeux"




Aujourd'hui vous vivez de votre musique ?

Guillaume : On commence gentiment à payer des impôts.
Cyril : Après un an et demi à vivoter ça commence à se mettre en place doucement.
Guillaume : Le souci pour ce qui des ventes de disques, c'est que c'est le producteur qui empoche la majeure partie des bénéfices. Et c'est normal, c'est lui qui investit. Pour que l'artiste se fasse des sous là-dessus il faut donc qu'il en vende vraiment beaucoup. Le deuxième souci à ce propos, c'est qu'on est 5. Il faut donc diviser cette somme en 5.
Cyril : Aujourd'hui le marché du disque va tellement mal que souvent même un groupe qui vend beaucoup gagne plus d'argent grâce aux concerts et aux synchros pub...


Oui, j'ai même entendu dire que U2 dégageait peu de bénéfices en ventes d'albums pure et que c'était grâce aux concerts qu'il renflouait massivement leurs caisses.
Cyril : Oui, les grands artistes qui ont eu leur heure de gloire il y a quelques années et qui continuent à sortir des disques le font plus parce que c'est un prétexte pour partir en tournée car aujourd'hui c'est sur scène qu'il y a de l'argent à se faire.


Le CD n'est donc plus qu'un objet promo ?
Cyril : C'est ça.
Wilfried : Une sorte de carte de visite. Aujourd'hui les groupes vivent de tout ce qui est produits dérivés.
Cyril : Tu les vois, pas mal de groupes, même en France, explosent tout d'un coup non pas grâce à un disque super bien fait mais parce qu'on a entendu leur musique dans un film ou une pub. Ça a été le cas pour Aaron, The Film et les Elderberries. Quand les Elder ont fait la musique du film d'horreur Hellphone ça les a plus médiatisé que tous leurs concerts et ventes de disques réunis.


Pour ce deuxième album vous avez bénéficié de plus de moyens ?
Guillaume : Oui, on a eu le même studio pour les prises de son mais on a eu plus de moyens pour la production et le mixage. On a donc eu pu prendre le temps de mixer un morceau par jour, donc le rythme de travail était plus cool. Mais ça restait physique. Ça nous forçait à nous coucher à 4 heures du mat' et le lendemain on réattaquait à midi.


Quel impact cela a-t-il eu sur les compos ?
Cyril : On a pu mieux creuser l'univers de chaque morceau.
Guillaume : Sur le premier album, on cherchait vraiment à créer une unité de son et d'énergie pour montrer aux gens qu'on savait faire des compos et leur donner sur disque la pèche qu'elles ont en live. On n'avait donc pas cherché à faire un album super produit. Pour le deuxième album, maintenant que les gens savaient qu'on était un groupe, on s'est dit que notre but était d'essayer de raconter une histoire à chacune de nos compos. On a donc travaillé l'emballage pour que chaque morceau ait un papier-cadeau différent.


Après avoir casé deux des morceaux de votre premier album pour des spots télé publicitaire, avez-vous été tenté de refaire des morceaux "pubesques" ?
Cyril : Pour l'anecdote, on avait un morceau dont on se disait : "Celui-là, si on le développe, il va être pour la pub" et c'est le seul qu'on n'a pas gardé !
Guillaume : En fait on n'a pas eu le temps de le faire.
Wilfried : De toute façon ce n'est pas à nous de dire s'il y a des tubes ou pas dans cet album. Ce n'est pas notre taf. Et puis chercher le tube, c'est un peu tuer la musique.
Cyril : Oui parce que parfois à trop chercher le tube tu en viens à délaisser tes autres morceaux qui valent tout autant le coup.
Wilfried : Nous on a juste essayé de faire des trucs simples et structurés. Des couplets-refrains qui vont droit à l'essentiel...
Cyril : En même temps, un pote m'a fait remarquer que sur cet album on assumait moins les refrains. Je n'avais pas fait attention mais je pense qu'il n'a pas tort. Sur ce disque on a un peu pris le contre-pied du principe tubesque et on a plus chiadé les mélodies et les arrangements des couplets.
Guillaume : La différence c'est que sur le premier album on partait souvent sur des trucs hymnesque genre "You're Gonna Say Yeah !". On paraît d'un refrain péchu et on essayait plus ou moins de broder autour, alors que là on est parti de rien, vraiment rien, même pas un début de refrain, et ça explique pourquoi les morceaux ce sont modelés d'une façon complètement différente. Maintenant le bon point c'est qu'on a eu du mal à définir notre premier single. Il y avait plusieurs possibilités.


Pourquoi avoir finalement opté pour "Bad Taste And Gold On The Doors" ?
Cyril : Je crois que c'est le seul qui mettait tout le monde d'accord.
Guillaume : Et c'est aussi le choix le plus couillu. Parce que justement il n'y a pas de refrain. C'est un tunnel, une masse de son.


Par son côté massif, vrillé et militaire, il me fait penser au "Empire" de Kasabian...
Cyril : C'est un très bon morceau donc on le prend comme un compliment (rires) ! Prendre "Bad Taste..." en single c'était une façon de dire : "On a franchit une étape, on est capable d'autre chose que le rock garage mods".


A la sortie de votre premier album, beaucoup vous ont parlé de votre image, vos fringues, vos références, votre côté super sixties. Ça ne vous gène pas cette réputation de "bons élèves du rock" ?
Cyril : Non. De toute façon, les gens disent souvent ça avant de nous voir sur scène, genre : "C'est bien, mais est-ce que ce n'est pas trop gentil, trop rock pour les popeux, trop pop pour les rockeux ?" On s'en tape, quoi. Ce n'est pas très important. Et nous quand on est sur scène, on a une approche très rock donc on ne cherche plus à savoir quel choix on a pris. Je ne trouve pas ça négatif de ne pas partir de zéro. Parce que comme ça les gens arrivent à te caser dans un univers, ça te permet de les accrocher et après si derrière tu arrives à sortir de cette case et à leur faire des morceaux complètements différents de ce qu'ils attendent comme "Bad Taste..." qui n'est pas du tout sixties mods mais plus proche de Queen Of The Stone Age ou de Kasabian, les gens ne diront pas : "Ah, maintenant vous écoutez du seventies ?" Non, ils verront bien qu'on a écouté des milliers de choses et qu'on n'est pas bloqué sur un truc. Donc pour répondre à ta question, je pense qu'au début ça nous a plus servi qu'autre chose.


Parce que vous aviez ainsi votre créneau...
Cyril : Oui, on avait notre place. De tous les groupes qu'on voyait émerger chaque semaineon était un peu les seuls à ne pas se revendiquer toutes les dix minutes des Stooges ou des groupes New Yorkais des années 70. On disait qu'on avait toujours écouté du mods, de la soul, du freakbeat. C'est notre base musicale, on a tout développé à partir de là.


A l'époque de The Trap beaucoup vous ont comparé à As Dragon...
Guillaume : Quand on a commencé à relancer Hushpuppies il y avait As Dragon et c'était super de se dire qu'un groupe français qui chante en anglais faisait de la super bonne musique et que les gens allaient voir sur scène.
Cyril : As Dragon, c'est le groupe qui nous a ouvert la porte. Parce que mine de rien encore aujourd'hui on se bat pour imposer une langue anglaise et à l'époque de As Dragon ce n'était pas du tout évident.


Ça reste une bataille aujourd'hui d'imposer du "rock de français en anglais" ?
Cyril : Oui, du rock de français en anglais, c'est une bonne expression. On fait du rock de français en anglais et pas du rock français en anglais.
Wilfried : Ça reste une bataille aujourd'hui, c'est clair. Avec les quotas radio, forcément on ne passe pas dans les grilles.
Cyril : C'est encore plus une bataille aujourd'hui parce que les disques se vendent moins qu'il y a 5 ou 6 ans.
Wilfried : Mais c'est clairement en train de changer. As Dragon a ouvert la porte et d'autres groupes comme nous sont en train de pousser.
Cyril : Je vais te prendre un contre-exemple : les petits groupes de jeunes, genre les Naast et les Plasticines, c'est des groupes qui ont commencé sans complexes à faire du rock garage, mais dès qu'ils ont signé un mec leur a dit de chanter en français. C'était la condition sine qua none pour qu'ils signent en maison de disques. Et aujourd'hui vu ce qu'il en reste on voit bien que ce n'est pas ce que les gens attendent.
Guillaume : Avant la sortie de notre premier album on a croisé un certain nombre de type de ce genre. Chaque fois les mecs nous disaient : "C'est bien, vous avez l'énergie, vous avez des bonnes gueules, ça joue, cool. Faites-moi des chansons en français et je vous signe." On lui a donc dit que ça n'allait pas le faire. Le type n'avait pas compris notre musique. Nous on ne fait pas du rock français, ce n'est pas nos références, ce n'est pas ce qu'on aime. Le français ne sonne pas du tout comme l'anglais. On ne sait pas faire des chansons rock'n'roll en français.
Cyril : Il y a un truc très franchouillard c'est de faire la version française d'un groupe anglais qui a super bien marché. Seulement, niveau prod, pour que le chant en français soit compréhensible, il faut mettre la voix en avant, et du coup la musique vire au second plan. La mélodie du rock marche parce qu'elle est simple. C'est un ensemble de trucs qui percutent tout de suite et les français n'ont pas encore compris ça. Ils se revendiquent de trucs auxquels ils enlèvent la substance parce qu'ils y introduisent cette notion un peu poétique de langue française. Prends un des meilleurs groupes français qui soit : Noir Désir. On n'a pas fait mieux que Noir Désir mais ce groupe c'était quand même la pâle copie de groupes qui existaient déjà à l'époque, comme Gun Club par exemple.


En tant que langue très articulée et difficilement musicale, le français crée un fossé avec la matière sonore parce qu'il ne s'inscrit pas dedans mais au dehors.
Cyril : Oui et je ne connais quasiment aucun groupe qui chante en français et qui a réussi à garder toute l'énergie et toute la simplicité du rock en réussissant en plus à faire de bonnes paroles.
Guillaume : Si, il y a Bernie Bonvoisin.
Cyril : Oui, mais Trust c'est l'exemple même d'un sous AC/DC en français. C'est très bien mais les mecs n'ont rien inventé.


Oui, mais à la limite ils ont été les premiers à faire du "sous AC/DC en français" comme Noir Désir ont été les premiers à faire du "sous Gun Club en français". Et du coup ils ont soldé le truc. C'est pour ça que qui continuent à faire du rock français seront taxés à vie de faire du sous Noir Désir. Ils essuient la faute qu'on a pardonnée à Noir Désir d'avoir réussit le premier ce tour de passe-passe qui consistait à réussir sa contrefaçon de tel groupe anglo-saxon.
Cyril : Oui, ils se copient tous entre eux, ils ont le même son de gratte, la même façon de chanter, les mêmes mots appuyés !
Guillaume : Et puis il y a ce truc dans le rock français c'est qu'il est très engagé. ça, ça nous énerve. Parce que tu n'as pas besoin d'être engagé pour faire de la musique.


L'engagement n'est pas que dans "la chanson à texte"...
Guillaume : Oui, l'engagement c'est aussi dire : "J'en ai marre que mon boulanger ne me reconnaisse pas !"
Cyril : Nous on aime parler de trucs qui nous gonflent au quotidien, des petites histoires qui nous permettent de nous remettre en place en faisant notre autocritique.


Par exemple ?
Cyril : "Broken Matador". Cette chanson c'est une espèce de message qu'on s'envoie les uns aux autres à l'intérieur du groupe. Et ça raconte que si l'un de nous part en couille et se met à faire n'importe quoi et bien on doit le soutenir coûte que coûte.


(Suite et fin.)


 


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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