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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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17 mars 2006 5 17 /03 /mars /2006 03:31
Carte postale de La Californie

J'avoue. La vie de pigiste a du bon. Quand on en a marre de trimer comme un dingue pour pas un rond car les journaux qu’on prospecte ne veulent pas de nous, on se barre, tout simplement. On prend nos clic nos clac, notre petite copine et on part au soleil. Pour cela, me diriez-vous, encore faudrait-il avoir un pied-à-terre dans le sud – je ne vais pas louer, je n’ai pas les moyens –, une petite copine et que la dite dulcinée ait autant de temps disponible que vous, pigiste galérien. Il s’avère que moi, vernis dans mon malheur, j’ai les trois en un. Ma copine est pigiste galérienne – mais trop forte, dans sa galère elle a monté un blog débutant mais du tonnerre : La pigeonne
– et son père qui part souvent en vacances a la bonne idée d’habiter à Cannes. Qui dit mieux ?
 
Les vers micelles du Sunbather
Ici c’est le pied. L’appart s’inscrit dans une somptueuse résidence située dans un quartier répondant au doux nom de "La Californie". Plus pompeux comme nom, y’a pas. En tombant cet après-midi sur cette peinture de David Hockney que voilà, j’ai pensé à la piscine qui languit, bleutée dans le jardin résidentiel, entourée de palmiers priapiques. J’ai pensé : "Elle m’irait comme un gant cette piscine s’il faisait quelques degrés de plus". J’ai pensé aussi à Morrissey, à cette chanson fomidable nommée "The lazy sunbather" qu'il y a sur Vauxhall and I, l’un des albums solo du maître es pop anglaise, car cette peinture pop de 1966 s'appelle elle-même "Sunbather" et qu'il soit "lazy", ça se voit, pas besoin de le dire. Cette toile est actuellement présentée à l’exposition Los Angeles 1955 - 1985, naissance d’une capitale artistique, de même que la toile crépusculaire située plus haut, The back of Hollywood d'Edward Ruscha, 1977. J’ai trouvées ces toiles en feuilletant le magazine des Aéroports de Paris et les ai trouvées belles, intéressantes. D’où mon plaisir de vous en toucher mot - c'est le mot. En lisant la brève qui accompagne le "Bain de soleil", j’apprends que Hockney l’a peinte en arrivant en Californie, adaptant "son esthétique pop aux scènes de la vie californienne les plus typiques". En été, le soleil d’ici jetterait dans la piscine les mêmes reflets vermicelles que matérialise la peinture. Serpentins et confettis. Il rendrait les choses d’ici très futiles, factices, matérialistes. Très art déco et pop 70’s. Mais en cette période tout juste pré-printanière, la météo prête à débat – une fine couche de fond de teint nuageuse voile érotiquement le bleu du ciel – et la vie n’est pas pop 70’s, juste douce, avec des tons nuancés dans les pâles. Il fait 15°C tout au plus et c’est un bonheur de se promener seulement vêtu de deux épaisseurs de fringues. On respire. Les palmiers montent haut dans le ciel, exotiques et sculpturaux comme des calumets de la paix, frôlant de leur feu d'artifice notre cinquième étage où nous jouissons – c’est le mot – d’une vue splendide sur la mer, l’île St Marguerite et l’horizon, pour faire court. Un joli bouquet. J’entends au loin les mouettes qui ricanent et vois les lumières des yachts qui scintillent.

Le temps est cool, ainsi que le paysage, mais on pourrait presque s'en foutre, couper les ponts avec l’extérieur et regarder tout comme une peinture depuis notre appart ultra classe. On peut y courir, chanter, danser, sauter comme Gene Kelly. Le frigo est rempli de bonnes choses et NoosTv offre une vue splendide sur les trésors passés et présents du petit écran avec sa cinquantaine de chaînes. Le top ? NBA+ qui passe du basket 24h sur 24. (Ma copine se console en zappant sur Comédie ! et AB1 qui rediffusent tous deux des épisodes de Friends à la pelle.) Luxe, calme et va-nus-pieds. Je me fais plaisir. Si mes parents savaient ça, ils me feraient la gueule. D’ailleurs, ils savent et me font la gueule. Oh rien de grave, ce n’est que passager. Mais c’est juste que c’est TROP SOUVENT passager. Que cette foutue rengaine a le don de me scier le moral. Cette éternelle incompréhension parents-enfants qui me maintient dans un ersatz de posture adolescente, ce stupide fossé générationnel, carabiné par le lien filial, tout cela me déprime. J'aimerais qu'il en soit autrement. Car je les aime mes parents. Je ne voudrais pas passer à côté de ce qu'ils sont. Bref, oublions ça.

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Published by sylvain Fesson - dans divers
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