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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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14 mars 2006 2 14 /03 /mars /2006 02:32
Présente Meds à la Cigale

Dix ans après son concert à la Cigale pour la sortie de Placebo, son premier disque, la bande à Molko réinvestit la salle parisienne pour présenter Meds, cinquième étape discographique de son parcours victorieux. Placé sous l’égide d’un retour aux sources, le show et le nouvel galette montrent un groupe en forme mais en plein trouble identitaire qui s'applique à ressasser, sauf rares exceptions, ses recettes dark-pop-teenage.
 

Le groupe débarque sur scène. La foule est en délire. Eux ont l’air d’en vouloir. Is démarrent sans perte de temps en éperonnant un de ces riff intrépide sombrement exalté dont ils ont le secret. Un de ces riff qui nous connaît comme sa poche et passe nos émotions au peigne fin. Mais le morceau passe comme une lettre à la poste. C'est "Meds", une nouvelle cartouche, qui ouvre le show, comme l’album, sur un arrière-goût d'"Every You Every Me". En terrain archi-connu, caressé dans le sens du poil, le public hurle, ne cache pas sa joie au contact de cette prise en main familière. "Infra-red" enchaîne dans la même veine, véloce, nickel, taillé pour plaire.
 
"Hey ! Dim ?"
Comme le souhaitait Dimitri Tikovoï, qui a produit Meds, le groupe sonne fougueux, soudé et organique dans la lignée de ses débuts. Mais ce qui est vrai sur scène l’est moins sur disque, avec l'habillage sonore du producteur, ce qui la fout un peu mal. L’album semble trop produit au détriment du songwriting. La faute peut-être à trop de matos, à l’influence goth pataude, mais double disque d’or, de son pote Nicolas Sirkis d'Indochine, ou à un à un compromis artistique, qui sait ? Tikovoï voulait
"leur faire refaire leur premier album". Je le sais parce que je lui ai demandé à Dimitri, au téléphone. J’ai dit : "Hey ! Dim (je l'appelle Dim), tu veux leur faire refaire leur premier album ? T'es sérieux ? Mais hum c'est impossible !" Il m'a répondu. Oh ! des broutilles, des esquives, enfin non pas des broutilles, des trucs intéressants, mais ce n'est juste pas le moment d'en parler. On en reparlera plus tard, en long et en large, car je suis resté longtemps scotché au téléphone avec Dim. On en reparlera aussi quand j'aurai reçu le disque en mains propres, disques qui vient de sortir aujourd'hui même, car pour l'instant je ne l'ai écouté que deux fois chez la maison de disques, ce qui est insuffisant pour formuler un jugement valide.
 
Bam ! Bam !
Sur scène les arrangements sont joués dans l’ombre par deux suppléments d'âmes : deux vrais musiciens qui ont synthés et guitares-basses à disposition. (On ne détaillera pas leur état civil, ni leurs CV, ni le numéro de série de leurs instruments. Qui en a sincèrement quelque chose à faire ?) Toujours est-il qu'ils jouent bien. Les morceaux s'enchaînent à vive allure, sans remous, bam ! bam ! Et toujours cette impression désagréable, un peu rasoir, d’écouter un best-of sur sa platine, car tout est épilé, intrinsèquement millimétré au poil près. Toujours cette impression qu’on essaie de juguler, mais rien n’y fait. C’est sans bien ni mal qu’on gobe ces pilules pop-rock. Depuis 10 ans que le groupe nous fournit en tubes, notre corps a développé les récepteurs adéquats pour recevoir leur virulence. Tout se fixe parfaitement.

Home sweet home
Quelque chose nous titille. Une rythmique acide et métallique mâche, macère et remet sur l'établi la mélancolie vengeresse du groupe avec un soupçon d'exotisme dark indus. C'est "Space Monkey" qui décline non sans charme mais sans réelle déception l'approche couplet-refrain héroïque dont le trio a fait sa marque de fabrique. Rien n'émousse l'enchaînement taylorique des pop-songs. A peine le lyrisme – inédit ! – d'un sample de cordes au refrain et hop ! "Drag" nous remet en scelle avec son rock svelte et benco-tonique. Placebo manie son set comme un chef. Chaque nouveauté est contrebalancée d'un classique. Tout se suit, et rentre dans le rang, incisif, serré. Mais voilà qu'au cinquième morceau Brian lâche sa gratte et s’octroie une pause clope. On entend Stefan Oldsal galocher, groggy, quelques notes tranquilles sur sa six cordes qui s'étire, s'étire, carillonnant langoureusement dans une reverb immense. C'est "Follow the cops back home". La balade spleen de Meds. Celle lancinante et crèvecoeur, qui se charge de dilater l'affaire. Chaque album du groupe en compte au moins une, killeuse, à faire pleurer dans les chambrette (on notera qu'à ce jeu-là Garbage est loin d'être manchot). C'est comme une figure imposée, un rendez-vous, une sucrerie. D'ailleurs Brian ne s'en cache pas : son but est encore et toujours de flirter tant que possible avec l'excellence clichée du "With or Without You" de U2 sur The Joshua Tree. Alors, guitare sur le bas-coté, tirant sur sa clope, il la savoure avec nous cette chanson, il la contemple, écoute ses potes taffer l'intro, dérouler lentement les motifs, l'envoûtement, les chevaux qui galopent cheveux dans le vent. Tant de savoir-faire en jette.

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Published by sylvain Fesson - dans DISCussion
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