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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 02:57
Catch him
if you can

 

 



Après ses prestations charismatiques et déjantées dans le télé crochet de M6, je ne pouvais que croire en l'avenir de Doré. Avec sa culture de rocker des Beaux Arts, celui qui dynamitait "Lolita" d'Alizée, c'était un peu moi, toi, nous : un jeune homme moderne au cœur de la Matrice médiatique consensuelle (pléonasme). J'attendais donc la sortie de son premier album comme j'attendais la performance de Sébastien Tellier à l'Eurovision. Mais voilà, l'auteur de "La ritournelle" s'est gaufré et Ersatz, le premier album de Doré, pareil. Enfin à mon sens. Trop variété, trop propre et trop nulle part à force de vouloir être partout. Et puis humainement en interview, Julien Doré déçoit aussi : antipathique à force de vouloir faire le malin total "aware" du système et de ce qu'il vaut. Préambule vox populi avant l'entretien.


Et son album s'en ressent. De la même manière que je n'ai pas eu l'impression d'avoir à faire à un artiste lorsque je l'ai interviewé parce qu'avec ses arguments technico-techniques il se la jouait plutôt Monsieur-je-sais-tout, je n'ai pas eu l'impression d'avoir à faire à quelque chose de pleinement artistique en écoutant son album, le bien nommé Ersatz. Parce que voilà ce disque est trop calculé. Trop conscient des enjeux de l'image et du positionnement qu'il m'est impossible d'y trouver quoique ce soit pouvant m'émouvoir. Je veux dire tout ça manque de folie, d'affranchissement, de mystique.


Le pire c'est que cet album s'accompagne d'une vaste campagne de com qui va à l'encontre de tout ce que défend le jeune homme. Il défend une approche vintage de la musique ? Le 2 juin, 8 titres de son album et 2 inédits étaient vendus en exclusivité avec le téléphone "walkman" Sony Ericsson. Il critique le côté bêtisier des premiers tours de la Nouvelle Star ? Sur le site de l'événement publicitaire (je vous laisse découvrir l'adresse, son intitulé est tordant quand on a tâté la dimension totally under control du personnage), un jeu participatif propose à chacun de s'éclater à se filmer en train de chanter son premier single, "Les limites", et précise qu'on peut chanter bien, très bien ou mal, très mal, ce n'est pas grave, l'important c'est de tout donner, de se lâcher.


Bref, Julien Doré s'envisage comme un électron libre rebelle et le voilà utilisé comme le meilleur homme sandwich qui soit : l'homme sandwich qui se prend pour un rebelle. Ça me rappelle ce que Sébastien Tellier disait dans le Technikart de mai dernier, qui consacrait justement sa couverture à Julien Doré. Parce que oui on peut penser ce qu'on veut de l'auteur de Sexuality mais il n'a ni fait la Nouvelle Star, ni vendu sa musique à un opérateur de portable, ni prétendu être méga aware et faire la nique au music-biz et il dit parfois des trucs intéressants, comme ceci : "Ce qui me dérange avec ces télé-crochets, c'est le mensonge qui vient juste après. On nous fait croire que ces rockeurs peuvent détourner le jeu alors qu'ils n'en sont que le produit." Alors, Julien Doré n'est-il qu'un produit ou pas ?


Je n'ai pas la réponse. Mais Michka Assayas semble l'avoir à ma place. Et sa réponse me parle. Enfin ce n'est pas vraiment une réponse. Les propos que je vais vous citer, il les a tenu dans le numéro d'été des Inrockuptibles en 1990, autant dire à un autre âge, un autre temps. Mais il disait ceci et c'est assez éclairant en ce qui nous concerne : "Notre temps n'a que la création, l'imagination et la passion à la bouche, alors qu'il n'est capable de produire que des produits calibrés et standardisés. Ce qu'il ne sait pas faire, avec la mauvaise conscience qui le caractérise, il le singe. Lenny Kravitz fait du faux Lennon et Terence Trent d'Arby du faux Marvin Gaye, tout comme Chevignon fabrique du faux "classique américain" et les Japonais du faux Vuitton et du faux Chanel. On voudrait nous faire croire que ce sont des éternels et des classiques. Mais, par expérience, nous savons que ceux qui prétendent, de leur temps, à la perfection et au classicisme, et ne laissent pas entrer le brouillon, l'improvisation ou l'incertitude dans ce qu'ils créent sont les premiers à se faire oublier par la postérité. Les Beatles, en leur temps, ne "faisaient pas du Beatles". Ils ne cessaient pas de chercher, d'explorer, de tirer à côté. Leur cible s'étalait sur la voûte céleste. C'est au temps ou l'on ignorait qui ou quoi l'on visait, ou l'on n'avait pas peur de gaspiller son temps et sa vie, que se sont accumulées des richesses éternelles : celles que pompent sans vergogne, comme de vieux rentiers, les auteurs contemporains de "compact-eu-disques" parfaits où la "perfection du son" le dispute à la "pureté de l'émotion"."


Michka enchaîne : "Commémorer, célébrer, rendre pompeusement hommage, nous ne savons faire que cela. Quand nous cherchons à dire du bien d'un disque récent, nous ne savons pas dire grand-chose à part c'est un classique. Comme si nous voulions échapper de toutes nos forces à cette fatalité déprimante : que la plupart des choses que nous voyons, écoutons, consommons jour après jour n'ont pour nous qu'une importance artificielle, et n'en auront strictement aucune dans un an, voire dans six mois. C'est beau de vouloir être classique, parfait et éternel. C'est un peu comme les escrocs qui répètent avec une insistance pressante qu'ils sont sincères, honnêtes, et qu'ils ont le coeur sur la main : personne n'y croit vraiment, à commencer par eux-mêmes."


C'est dit. Et pour en revenir à Technikart, l'ironie de l'histoire veut que lorsque j'ai interviewé Doré je venais initialement en tant que pigiste pour le magazine Park mais, la trouvant que j'y étais trop critique et que Julien Doré y paraissait trop imbitable, ce magazine a finalement décidé de ne pas publier mon interview. Comme Technikart avait déjà tapé sur le jeune homme, c'est à bras ouverts qu'ils ont accueilli mon interview sur leur site. Interview que j'avais intitulée : "Faut-il sauver le soldat Doré ?"


Le papier a suscité pas mal de commentaires. Certains ont trouvé l'interview "intelligente", d'autres "snob et ringarde". J'ai lu toutes ces réactions avec attention mais je n'y ai pas répondu. Je ne voyais pas trop quoi ajouter, même si on me prêtait des intentions qui n'étaient pas les miennes, comme de la "rancune" et de la "vexation" sous prétexte que Doré lance un pique contre Technikart et ses pigistes branchouille (je le rappelle : à ses yeux ce jour-là j'étais un pigiste de Park). Et j'avoue, c'était assez plaisant de voir les internautes se débattre entre eux. C'est Orphée qui a ouvert les festivités, déclarant : "Il faut laisser au poète le champ de ne pas le contraindre aux explications. Il n'y a pas à le sauver, il créée des synergies basées sur le leurre, qui constituent ensemble un dispositif poétique conceptuel. Alors évidemment, le ramener sur le plancher des vaches en le contraignant à des explications naturalistes ou figuratives le transforme en albatros... S'il vit, il sera grand. Il est déjà un grand punk. Le sauver, c'est l'aborder poétiquement soi-même."


Un petit échange salé s'en est suivit entre Orphée et Brugnon. Car Brugnon s'est alors fendue d'un : "Doré, un punk ? Warf ! Les bras m'en tombent. Sérieux, je suis tombée de ma chaise tellement c'est drôle !". Ce à quoi Oprhée a répliqué avec moult smiley que je ne m'amuserait pas à reproduire : "Brugnon ne doit pas être au courant de la consistance du mouvement punk à son origine. Une femme comme Vivienne Westwood en sort. Mais il ne doit pas non plus savoir qui est Vivienne Westwood." Et Brugnon d'asséner : "Orphée est bien présomptueux au sujet de ma culture personnelle. Mais passons cette petite attaque. Doré reste pour moi un arriviste qui jongle avec des idées dont il n'a même pas cerné ni compris la portée et dans lesquelles il s'empêtre. Il a réussi à berner son monde, libre à eux de tomber dans le panneau. Quant à sa musique, elle est bien proprette et insipide, tout à son image. Je suis bien plus enthousiasmée par les faux-culs de Vivienne Westwood que par la musique académique et sans saveur de Doré."


Pas con, Grosse fatigue a dit : "Le punk c'est quelqu'un qui ne calcule pas et ce n'est pas a la nouvelle tare que vous allez en trouver un. Le concours d'entrée à ce genre d'émission ressemble trop à un concours pour devenir fonctionnaire et il ne me semble donc pas en phase avec l'esprit anarcho-libertaire." Conne, Line s'est cru obligé d'ajouter : "La critique c'est une sorte de censure. Chacun a le droit à sa création et qu'importe si elle te touche ou pas, l'essentiel c'est qu on puisse être libre de créer." Minimaliste mais percutant Idontcare a pondu un haïku qui me touche : "L'album est vraiment chiant. Ce n'est pas nul mais c'est chiant." Carla s'est faite plus nuancée, parlant d'un album "très bon.et nettement moins chiant que tout ce qu'on entend en français d'habitude !" Et Kevz a clôt ce débat chiant / pas chiant en y allant franco : "Album chiant, personnage chiant, pas étonnant qu'il aime Philippe Katerine."


Bicet trouve que Doré "défend son disque plutôt intelligemment". Sidd acquiesce, louant le "bon goût" d'un garçon qui "sait parler" et qui "est peut-être un imposteur mou du gland mais certainement pas un guigou". Avant de céder la place à l'interview proprement dite et histoire de vous donner envie de poursuivre la lecture, je me fais mousser une dernière par l'entremise de Sidd qui me fait ce joli compliment : "Quoiqu'il en soit, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette interview. Ces questions intelligentes secouent le Doré, elles le poussent à avoir quelque chose à raconter et montrer qu'il est autre chose qu'un rockeur H&M."


(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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commentaires

lustucru 15/07/2008 15:26

quand je dis que c'est le reflet ahahahahahahah. Comment te taxer de prétentieux ahahahaha le reflet que j'vous dis.Sinon technikart la mis en avant dernier en le positionant en pas freshje site " chanson française entre Sanseverino et Raphael: pas du tout original, même s'il se la joue. Décevant, en fait." ahahahahahbon je leur dirai d'écouter Figures Imposées (c'est de cocoon le texte mais ça va pile poil) ça avec mou du genou et vide sans rien à direje crois qu'ils ont vraiment le syndrome de la ménagère qui a fantasmé devant son écran d'ailleur c'est ce qui m'avait le plus fait rire dans leur pseudo reportage(café) de 3 jours.

corner 13/07/2008 00:48

j'aime beaucoup votre interview du Doré...moins votre jugement concernant son album que j'ai écouté plusieurs fois et avec attention, et qui est tout...sauf ennuyeux !!du coup je ne vous trouve plus crédible...dommage..bon journaliste mais mauvais critique .... je rajoute que ce jeune homme me semble pourtant bien plus intéressant que la grande majorité des chanteurs en France, bizarre ce besoin de tapper dessus...

Sylvain Fesson 13/07/2008 00:55


Corner, nous ne devons juste pas avoir la même définition de ce que signie "être critique" et "taper dessus". La critique est subjective par définition. Ce n'est donc pas parce que vous n'êtes pas
d'accord avec mon avis que je suis un mauvais critique. J'ai envie de dire "au contraire" mais après on va me taxer de préntentieux et tout le tralala !


Orphée 10/07/2008 19:09

vous remarquerez que les "s" ne sortent pas systématiquement, c'est un problème de clavier, évidemment correspondant au style, qui date.Très sincèrement, je vous souhaite une bonne soiréeO.

Orphée 10/07/2008 19:05

Justement me concernant là est sans doute la quetion;-) tandis que je doute que votre article pose une énigme. Pardonnez-moi de rire à mon tour. Mais merci de votre réponse. Je pense que Julien Doré et un plaisantin qui ne prend au sérieux que ce qu'il réalise, pas lui, pas du tout même, et ma foi comme Jouannais (qui n'est pas non plus un pote je préfère le préciser) je pense que c'est grave, même si le paradoxe ne paraît pas correspondre à votre attente du bon et du mauvais du bien ou du mal, ni tout simplement à vos perceptions de Ersatz au sujet duquel, par conséquent, je me passerai de vous dire les miennes, vous imaginez bien pourquoi, quant à l'ouvrage.Puisque vous argumentez sur la valeur comment pourriez vous me reprocher mon style ? Ampoulé, prétentieux, anachronique, comme l'artiste de référence quoi, et le vôtre ?Mais quelque chose m'inquiète : n'auriez vous donc pas compris le texte de Assayas que vous citez ? Moi au moins je sais jouer au plus près sans rancune et sans insulte....

sylvain 10/07/2008 18:46

A moins, Orphée, que tout ce ci soit une vaste blague / exercice de style de votre part...