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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 02:01
La Star Ac' des Indés ?


Ce bon mot est de Syd Matters, le gagnant de la première édition de CQFD (Ceux qu'il faut découvrir), le concours de nouveaux talents lancé en 2003 par Les Inrocks. Maintenant qu'il vole brillamment de ses propres ailes, Syd est un peu salaud de cracher ainsi dans la soupe qui la nourrit. N'empêche, il y a un fond de vérité dans ce qu'il dit. Parce qu'après 5 ans d'existence, à l'heure où chacun à sa page Myspace et où n'importe quel grande marque lance son concours de recrutement de jeunes talents, CQFD a perdu de sa pertinence. Les Inrocks avec. Au début de l'année, pour faire le point là-dessus, je décidais donc d'interviewer son instigateur, Jean-Daniel Beauvallet, directeur adjoint de la rédaction et responsable des pages musiques du célèbre hebdo culturel.

 


"on était de vrais pionniers dans la découverte de musique"


"les maisons de disques, ça ne fait plus rêver les jeunes"

 


 

 




Pourquoi as-tu lancé le concours CQFD ? Dénicher des talents c'est moins le travail d'un magazine que celui des maisons de disques.
C'est venu du constat qu'on recevait de plus en plus de cassettes et qu'elles étaient de plus en plus intéressantes. Miossec a été un élément déclencheur dans CQFD. Il nous avait envoyé sa cassette et on ne pouvait rien faire si ce n'est en parler dans le journal, ce qu'on avait fait à l'époque, bien avant qu'il ne soit signé, en disant que c'est quand même scandaleux que personne ne veuille sortir le disque d'un type si talentueux. Parce qu'à l'époque il s'était fait rembarrer par tout le monde. L'autre élément déclencheur a été une visite chez un directeur artistique. Il avait des piles de cassettes qu'il n'écoutait même pas. Ça m'a choqué. Je lui ai dit : "Mais, attends, il faut quand même les écouter, on ne sait jamais, dans le tas il y a peut-être quelque chose de bien." Il m'a dit : "On n'a jamais rien trouvé de bien dans ce genre de cassettes. Si les mecs ne nous sont pas recommandés, on ne les écoute pas."


A travers ces deux exemples tu as donc diagnostiqué une grosse faille dans le boulot des directeurs artistique ?
Oui, chez eux il y avait une espèce de résignation... Parce qu'on était à une période charnière où les home studio commençaient vraiment à se développer et où on ne pouvait plus du tout croire à cette vérité selon laquelle les choses doivent être faite par les labels. Eux ils étaient encore sur ce vieux schéma en disant : "De toute façon, s'il y a des trucs bien on en entendra parler par les studios, par les salles de concerts." Ils ne se rendaient pas compte qu'ils étaient en train d'être complètement dépassé par l'industrie parallèle des home studios, de l'Internet et des petits réseaux de salles dans lesquels ils n'avaient pas du tout leurs nez.


Cette période marque donc le début de l'effondrement des majors ?
Oui, le simple fait que eux disent : "Ce qui se passe en dehors de ce qu'on connaît déjà ne nous intéresse pas" en disait assez long sur leur durée de vie (rires) ! Et ce qui s'est passé ensuite nous a largement donné raison parce que plein de petits groupes se sont développés sur le net. Je pense à Arcade Fire et Clap Your Hands Say Yeah par exemple. Sans Internet ces groupes n'auraient pas été signés il y a 10 ans.


Quelles étaient les autres motivations qui t'ont poussé à monter CQFD ?
Il y en a eu plein comme, par exemple, l'envie de renforcer le lien avec notre lectorat. Il a toujours été fort, mais par là on voulait créer quelque chose de plus communautaire. C'est d'ailleurs aussi pour cela qu'au milieu des années 90, on avait créé un numéro des lecteurs pendant la période de Noël. On a donc toujours eu la volonté de montrer que certains de nos lecteurs avaient beaucoup plus de talent que nous et que les groupes dont on parlait. Mais la motivation principale restait de donner un coup de pouce à tous ces groupes que je voyais galérer à chaque fois que j'allais en province, tous ces groupes qui me disaient : "De toute façon ça ne sert à rien qu'on envoie nos cassettes, ça n'intéressera personne." Parce que si nous on avait réagit comme ça on n'aurait jamais existé. A départ on se disait la même chose quand on a lancé le journal, mais on s'est finalement rendu compte qu'on intéressait plus que les 15 pèlerins qu'on escomptait.


Si je comprends bien, pour vous CQFD était aussi le moyen de rester compétitif et dans l'air du temps en tissant un lien vers la génération pop qui s'active maintenant surtout sur Internet.
Il y avait peut-être un peu de ça. Parce qu'on voulait vraiment que le journal innove, pour continuer à apporter de l'inédit à ses lecteurs. D'ailleurs au départ en interne, ce projet n'emballait pas tout le monde. Quand j'ai lancé l'idée de faire un CD avec la musique des lecteurs, on m'a dit : "Mais qu'est-ce que tu vas faire si tu reçois 15 démos et qu'en plus aucune n'est bonne ?" Moi j'étais persuadé qu'une centaine de nos lecteurs avait des groupes. J'attendais donc une centaine de démos. Et la première année on en a reçu environ 6000 et ensuite c'est monté à 7000, 8000, etc. On s'est donc rendu compte qu'il y avait une frustration certaine de la part de tous ces petits groupes. Pour la plupart d'entre eux CQFD était quasiment la seule porte de secours parce qu'ils avaient essayé de contacter les maisons de disques mais on ne leur avait même pas répondu. Je pense même que beaucoup d'entre eux n'avaient même pas envoyé leurs démos aux maisons de disques parce que ça ne les faisait même pas rêver et qu'ils faisaient juste de la musique pour s'amuser. Preuve en est que la plupart d'entre eux n'avaient qu'une voire deux chansons. Et nous on les sélectionne sur la foi d'une chanson et non d'un album, on a donc le bon rôle par rapport aux maisons de disques, surtout qu'ensuite ce n'est pas nous qui nous chargeons de sortir leurs albums !


Recevoir 8000 démos chaque année c'est énorme. Vous êtes tombés sur un puits de pétrole !
Oui, parce qu'en plus les premiers artistes CQFD à une époque où Myspace et tous les autres moyens de communication du même genre n'existaient pas encore. Pour le coup on était donc de vrais pionniers dans la découverte pure et dure de musique. A l'époque les grandes marques n'avaient pas encore recyclé la pratique en lançant toutes leurs concours de recrutement de jeunes talents.


De quels types de marques s'agit-il ?
Les providers du net, les opérateurs téléphoniques, tout ceux qui ont un intérêt à s'accaparer du flux de musique. Mais les marques de vêtements s'y sont également mises car elles se sont bien rendues compte que tous ces jeunes groupes de rock ressemblaient un peu à des gravures de mode. Donc voilà tout le monde y est allé de son opération dénicheurs de talents car ça donne une bonne image de marque.


D'ailleurs le 19 janvier dernier j'ai vu que même France 2 s'y mettait. En tombant sur La fête de la chanson française présentée par Daniela Lumbroso j'ai été étonné de voir que cette émission de variété avait elle aussi organisée un concours de nouveaux talents issus de Myspace.
Je n'ai pas cette émission mais ça ne m'étonne pas : tous les gens complètement à la ramasse viennent de découvrir Myspace en 2007 et pour eux c'est l'Eldorado alors que Myspace à mon avis c'est déjà complètement mort à cause de surpopulation. Et puis moi je voudrais surtout que les gens sachent que Myspace appartient à un ennemi absolu de la culture, de l'intelligence et de la France. J'ai supprimé ma page
le jour où Murdoch a racheté Myspace. Mais voilà, ce que jeux dire aussi c'est que chacun fait son concours de dénicheurs de talents mais que certains le font avec plus d'honnêteté que d'autres. Parce que si c'est sympathique de mettre en avant des groupes en mal d'exposition médiatique ça l'est moins de profiter d'eux. Or c'est ce que font les grosses marques. Certaines profitent du fait que ces groupes soient jeunes et inexpérimentés pour leur faire signer des contrats qui les forcent à renoncer à leurs droits.


Ces nouveaux talents n'ont pas l'ascendant dans le rapport de force qui les unit aux marques qui les sollicitent.
Ils devraient pourtant. Et je pense qu'actuellement tout le monde profite de l'énorme flou juridique dont ces opérations sont l'objet. Nous, pour le concours CQFD, on est un des seuls, je pense, à être allé voir la Sacem en leur en disant qu'on voulait leur donner de l'argent (rires) ! Alors pour l'instant notre modèle économique pour CQFD reste un peu anarchique mais il existe et il est renouvelé chaque année.


(Suite et fin.)


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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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commentaires

juko 23/06/2008 17:00

Hello en passant! merci de m'avoir mis dans tes liens mais tu t'as gouré a marche pas, c mal et tu seras puni un jour où l'autre, gare! ;)

Sylvain Fesson 23/06/2008 17:05


Je l'ai fais exprès pour avoir un petit mot de toi !
(ça y est c'est réparé)
J'espère que tes grandes manigances musicales avancent...