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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 02:59
Les voyants allumés


 

En ce moment tout le monde (comprendre : la sphère culturelle de Technikart à Télérama) n'a d'yeux que pour eux : Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, alias MGMT et leur premier album, le bien nommé Oracular Spectacular. Ce sont les nouvelles têtes de gondole pop, les nouveaux dieux du genre et, désolé, je me joins au concert de louanges.


Ce qui me fascine dans la musique c'est le perpétuel renouvellement des coups de cœurs qu'elle engendre (et c'est bien pratique : ça me donne du travail). J'ai toujours l'impression que les mélodies et les chansons qui (me) tuent ont déjà été trouvées. Que tout ça est derrière moi. Que rien ne va réussir à venir foutre le bordel dans tout ça (mes goûts, ma nature). Et voilà que je découvre MGMT.


Comme pas mal d'entre vous j'ai beaucoup entendu parler de ce duo de Brooklyn qu'on prononce "management" (leur nom d'origine mais c'était déjà pris). J'en ai beaucoup entendu parler avant d'écouter. Tellement (en bien, bien sûr) que j'ai bien cru que je ne les écouterai jamais. Mais au bout d'un certain temps, tanné par diverses sollicitations allant du "franchement, la hype est surestimée" au "non, je t'assure, en soi c'est vraiment bien", je me suis laissé happer. Oui j'ai fini par céder comme je l'ai fait pour Vampire Weekend. Et tant mieux me suis-je dit, parce qu'au fond combattre la hype c'est aussi combattre le mur de dégoût qu'elle dresse parfois devant nous et écouter quand même ce qu'elle nous monte en épingle.


Alors j'ai surfé sur le net et je suis tombé sur le clip de "Time To Pretend", leur single. Et là justement en parlant de mur je me suis pris un. Mais pas du genre impénétrable, non, un truc massif certes, mais généreux, psyché, glam, épique. Tout ce qu'il y a de plus accueillant et tripé à l'image de leur clip. Ce clip et ce morceau , Wouah ! ça faisait 1+1= 11 comme dirait l'autre. Ça m'a fait planer. Comme si j'avais fumé. Vraiment. L'impression d'une tabula rasa. D'un nouveau départ. D'une jeunesse qui se lève enfin. Prête à soulever des montagnes (de filles). Et prendre plein de drogues (d'amour).


Après ça, la messe était dite. J'avais envie d'écrire sur ce groupe, d'acheter leur disque et de montrer le clip à tous mes proches dans un grand élan d'amour cosmique. Je me disais : "Wouah (bis), ça c'est un truc à te relancer l'industrie du disque (des conneries de ce genre) !". En attendant (comme je ne pouvais pas attendre) je me suis rué sur Deezer pour voir s'il y avait justement un vrai disque derrière ce single en forme de rouleau compresseur (et du coup je n'ai pas acheté leur disque, bien sûr).


Là je ne me suis pas fait prier : j'ai remis "Time To Pretend" et comme on se connaissait déjà lui et moi - lui et son millefeuille organique, festif et stellaire, moi et mon coup de soleil, mon coup d'amour, mon coup de je t'aime - cette fois le free-hug fut mortel. Là-dessus neuf potes ont débarqué : "Electric Feel", une perle disco-funk très Prince et très Michael Jackson (des débuts, bien sûr) avec en plus un soupçon de je ne sais quoi de très eighties clinquant-rafraîchissant qui me fait bizarrement penser au "We Don't Need Another Hero" de Tina Turner ou à un truc de Kool and the Gang ; "Weekend Wars", une ritournelle pop gracile, très Beatles et Bowie (des débuts, encore) enluminée de glouglou de synthé très Grandaddyesques (comprendre : cheap & féeriques) ; "The Youth", une lente marche mystique aux airs de cure de désintox au regard de ce qu'on vient de déguster, sauf que non c'est juste envoûtant, l'accalmie souhaitée, et que mine de rien à 2'38'' un changement de ton inattendu me fout sur le cul et c'est reparti avec "Pieces Of What", une ballade pop à l'insouciante tristesse très Hunky Doriesque.



"The Kids", "4th Dimensional Transition", "The Handshake", "Of Moon, Birds & Monsters", "Future Reflections" : s'il n'est pas tout aussi tubesque que "Time To Pretend" - leur Temps des assassins - le reste du disque est loin de faire du remplissage. Au contraire, après l'écoute d'Oracular Spectacular on se dit que ces deux vingtenaires ne se sont pas foutus de notre gueule et qu'on tient là un album, un vrai. Alors bien sûr, tout le mérite ne leur revient pas. Ils ont de bonnes têtes - votre copine ne manquera pas de s'extasier sur la gueule d'archange préraphaélite du chanteur - un look tendance - genre Manu Chao rencontre Coco Rosie - de bonnes chansons aux phrases qui claquent - sortir un truc du style "This is our decision, to live fast and die young / We've got the vision, now let's have some fun" perso je trouve que ça claque, un peu comme les lyrics de "Qu'est-ce qu'on va faire de toi", le single bravache d'Alister que j'ai injustement lynché dans un précédent article - mais pour faire un album au sens d'œuvre il faut aussi un son.


Là coup de bol, niveau son ils ont un grand : Dave Fridmann. Pour ceux qui l'ignorent (comme moi parce que franchement j'en ai souvient rien à cirer de qui produit qui) Fridmann c'est le type qui a produit Mercury Rev et Flaming Lips. Dernièrement il n'avait pas fait que des miracles mais là faut croire que les petits gars de MGMT lui ont redonné envie de s'y remettre. Leurs chansons sont courtes (elles dépassent rarement les quatre minutes) mais le son est une telle débauche - rimbaldienne - de pysché, d'électro et de glam qu'on s'y perd comme dans un trou sans fin.


Parce qu'à la fois triste et jubilatoire, cheap et léché, foutrement accrocheur et pourtant complexe, ce son m'a rappelé celui de Digital Ash in a Digital Urn, LE monument de Bright Eyes et donc (oui, j'ose le dire) celui d'Ok Computer (ne pas vous étonnez si je ramène tout le temps ce groupe au centre des débats quand un disque me plait : Radiohead c'est ma matrice). Oui, Digital Ash In A Digital Urn je l'ai toujours considéré comme une sorte d'Ok Computer 10 ans après. Le Ok Computer de la génération hédoniste et tourmentée du monde 2.0. Parce qu'il y a là cette volonté farouche de dire l'époque et le poids du monde en mettant ses propres tripes sur la table.


Pour moi MGMT est dans le même trip. Il laisse plus que jamais les névroses de côté pour livrer du "Sea, sex and sun" au point de nous illusionner avec un simulacre d'éternel retour du "summer of love", mais dans ce magma de sons et de couleurs qu'est Oracular Spectacular il y a un combat ; un disque où forme et fond s'embrasent pour jeter un énorme pavé dans la marre - ce que je nomme donc un Ok Computer - un disque-ventre qui mange son époque et la recrache métamorphosée. Après, 2008 oblige, l'époque (et le règne) de MGMT ne durera peut-être qu'une fraction de seconde mais ça c'est une autre histoire. Et qu'est-ce que ça peut faire à un groupe qui "fuck with the stars".


Le 8 juillet ils seront au Zénith de Paris en première partie des King of Leon. Soyez donc sûrs que j'essaierai d'en être et d'en profiter pour les interviewer.


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Luc 15/09/2008 14:37

sérieux, j'adore la façon que t'as eu de décrire l'album. T'as tout à fait le genre de mots évocatifs parfaits que j'arrête pas de chercher pour décrire les sons. Genre "millefeuille organique, festif et stellaire" ou "clinquant-rafraîchissant " ou encore "glouglou de synthé très Grandaddyesques (comprendre : cheap & féeriques)" Tout ça décrit MGMT à merveille. Même le mot merveille les décrit bien. Pour Ok computer la comparaison me parle pas tellement à moi, mais si tu le sentais fallait l'écrire. J'ai moi-même de la peine à parler d'un quelconque groupe sans évoquer Jimi Hendrix...Je suis assez d'accord avec ce que t'as dit sur le mur de la hype et tout ça, aussi. voila.

Sylvain Fesson 15/09/2008 15:11


Salut Luc ! Ton commentaire me fait "salement "plaisir (comprendre : en secret je m'en tartine l'ego, ce qui n'est pas très joli joli à avouer) reviens par ici quand tu veux et je "tâcherai" de
continuer à trouver les mots qui dynamitent la lecture ;-) Au fait, as-tu lu l'interview de MGMT qui suit cette chornique de leur disque ?


Elodie 14/07/2008 16:15

Bonjour.Je suis tombée par hasard sur ce texte, après avoir saisi quelques mots (comprenant MGMT, bien sûr) dans un moteur de recherche. Au départ, j'apréhendais: "Que va t-il dire sur MGMT ?". Et puis, j'ai eu un choc. En effet, tu penses, et il t'es arrivé exactement la même 'chose' que moi (à la seule différence cependant que je l'ai ai vu en concert avant même d'avoir acheté Oracular Spectacular). Bref. Je t'aime ! (à prendre avec un soupçon d'humour, bien sûr).Bravo pour ce texte, et longue, longue, très longue vie à Ben & Andrew !

Sylvain Fesson 14/07/2008 16:23


Bientôt il y aura l'interview de MGMT sur ce blog et alors tu m'aimeras encore plus (à prendre avec un gros soupçon d'humour) !

Non, sérieux, content que mon texte sur MGMT t'ait plu, que tu t'y sois reconnu. Ca me donne envie d'en savoir plus à ce sujet. En quoi pense-t-on la même chose sur ce groupe ?


morgan 16/06/2008 15:51

Oracular + Digital Ash + OK Computer = viens la que je t'embrasse !

Sylvain Fesson 16/06/2008 16:11


Mieux : on se pacse ?


Vilsain 15/06/2008 19:14

Hey ça commence bien cet article et puis voilà qu'on nous ressort Radiohead de sa boîte et là ça part total en couille ! Encore Birght Eyes je veux bien, quoique... ça se discute. Mais Radiohead, p'tain, t'as fumé mec ou quoi ??!

JS 12/06/2008 17:44

J'aime beaucoup cet album également malgré le buzz autour. Juste pour info, c'est Dave Fridmann la bonne orthographe. :-)