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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 14:00
Ames fauves




Il y a un an les Wild Beasts sortaient de l'ombre avec Limbo, Panto, un premier album de pop anglaise baroque et nerveuse où l'organe utra lyrique de leur chanteur croisait le fer avec un songwriting rock indé diablement affutée. Le 7 septembre ils reviennent avec leur second long, Two Dancers pour montrer qu'ils sont plus qu'un pin-up band pour le NME. Je les avais rencontrés aux prémices de l'été 2008. Vous aviez loupé le coche ? Flashback interview.


"Les quatre types de Wild Beasts se contrefichent d'être perçus comme modernes ou classiques, de porter des baggy ou des slim et d'appartenir à une quelconque scène musicale" peut-on lire en exergue du CD promo du premier album de ces jeunes anglais. Une telle profession de foi, ça appâte. Pourtant la première fois que j'ai entendu parler de Wild Beasts, j'ai eu comme une réaction de dégoût. Je les voyais en photo et rien qu'à leur gueule et dégaine je me suis dit : "Oh non ! Pas encore un de ces groupes anglais élevé au fut de bière sans envergure ni panache." Et puis j'ai écouté, par hasard, et là flash : ce que j'entendais sonnait à des années lumières de la plupart des disques que j'avais écouté (tant ces dernières semaines qu'au cours de l'intégralité de ma jeune vie).


Queen ? The A.M (le groupe des ex-musiciens de Jeff Buckley) ? Cold War Kids ? Antony And The Johnsons ? The Smiths ? Farinelli ? Le feu d'une voix de diva s'estropiant sur une giclée de mélodies pop véloces avait réduit à peau de chagrin le champ des comparaisons possibles. Cette voix de diva, monstrueuse, tortueuse, cristalline, étourdissante, éplorée, ce chant affolé et affolant mêlant frou-frou et frustration, cette soul blanche convulsive dont les cristaux ne sont pas liquides, cette urgence, cette androgynie, cette théâtralité, tout cela pourra dérouter et déplaire tant ça va chercher higher (jusqu'au sublime, jusqu'au risible), mais moi tout cela me séduit. Tout comme les citations littéraires qu'ils placent en exergue de leurs morceaux. Par exemple celle-ci : "Perhaps we are simply afraid that if we admit just once, for ourselves, how we really feel, we may never quite manage to suppress it again." Crow (1992)


"Nous sommes satisfaits d'avoir travaillé si dur pour nous distinguer autant que possible. Cela vient d'une lassitude et d'un manque d'intérêt pour la bière et le rock plein de testostérone", déclare Hayden, la Castafiore du groupe. En effet Wild Beasts n'est pas non plus né hier. Au départ en 2002 il y a Fauve, un duo de deux étudiants, Hayden Thorpe donc, chanteur, et Ben Little, guitariste. En 2004, Chris Talbot les rejoint à la batterie et à la voix de baryton. Ils se rebaptisent Wild Beasts (traduction anglaise de Fauve) et publient un premier EP, Wild Beasts. En 2005, ils intègrent Tom Flemming à la basse et à la voix de ténor, déménagent pour Leeds et sortent un deuxième EP, Espirit de Corps qui sera très vite suivi par un troisième, All Men. En 2006 ils signent chez Bad Sneakers, sortent deux singles, puis c'est la signature chez Domino en 2007 et le début des effets d'annonce dans le NME comme quoi ils font partie des 10 jeunes groupes à suivre de près. Le 6 mai, par une journée torride ils rencontraient pour la première fois les journalistes parisiens pour parler de Limbo, Panto. J'en étais. Magnéto.



"exprimer le côté cruel et grotesque de la vie"


"combiner le coeur et les couilles"

 

 


Comment s'est passée votre première journée avec les journalistes français ?
Hayden : C'était intéressant, plus qu'avec les journalistes anglais qui ont trop souvent les mêmes goûts. A Paris tu ressens qu'il y a un héritage culturel unique, un romantisme, une sorte de mythologie qui déteint sur les gens.


A propos de romantisme, j'ai vu sur votre Myspace que des citations de romans célèbres accompagnent vos morceaux. Par contre, vous ne citez aucunes influences musicales. Pourquoi ?
Hayden : Quand tu fais de la musique quelque part tu veux qu'elle ne doive rien à personne à part toi. Comme nous ne sommes pas écrivains, on préfère donc citer des livres, ça nourrit notre univers sans parasiter notre musique.
Tom : Si chacun de nous citaient ses disques de chevets, ça partirait dans tous les sens. Or notre but c'est de tous tirer dans le même sens pour défendre l'identité Wild Beasts.


Vous trouvez qu'aujourd'hui la musique affiche trop ses références ?
Hayden : Oui, il est rare de voir un jeune groupe débarquer sans revendiquer l'influence de ses pairs. Pour moi tout cela témoigne d'un certain manque d'audace. En fait je crois que le problème de nos jours c'est que les groupes sont plus doués pour se vendre que pour faire de la bonne musique.
Tom : Ce sont des marionnettes.


Vous défendez donc une approche plus audacieuse de la musique ?
Hayden : Ce qu'on peut dire c'est qu'on fait d'abord de la musique pour nous.
Tom : On espère tout de même que ça va se vendre parce qu'on fait quand même de la pop...
Hayden : Bien sûr, mais ce que je veux dire c'est qu'il y a une énorme différence entre vendre et être écouté. Des disques se vendent par millions mais ils ne sont pas écoutés pour autant.
Tom : Les gens les achètent juste pour se les passer en bruit de fond quand ils rentrent du travail...


Mais je pense que vous avez une carte à jouer parce qu'en ce moment - on le voit avec le succès grand public d'Amy Winehouse et ceux plus confidentiels des Gossip et d'Antony and the Johnsons - les gens veulent des grandes voix. Or toi Hayden tu as une voix de diva.
Hayden : Merci, je prends ça comme un compliment. En ce moment c'est vrai qu'il y a un manque de caractère dans les voix qu'on entend. Beaucoup sont génériques, passe-partout, entre autres parce qu'elles sont digitalement trafiquées. Nous on ne triche pas, on chante avec nos tripes parce qu'on adore ça et que c'est ça qui incarne le morceau. D'ailleurs on n'hésite pas à chanter à plusieurs. Ensemble, on n'est pas timide, on ne se fixe pas de barrière.


Et ce n'est pas dur de faire valoir votre musique derrière la voix d'Hayden ?
Tom : Non, parce qu'on essaie de la traiter comme un instrument qui vient s'intégrer aux autres. Comme un bon guitariste peut raconter une histoire avec sa seule guitare, sa voix cherche d'abord à produire du sens par le son.
Hayden : Et puis on a travaillé d'arrache-pied pendant 3 ans pour que notre musique soit singulière.


Ça doit donc vous agacer que certains trouvent le chant d'Hayden plus original que votre musique, non ?
Tom : Oui. Après c'est sûr qu'aujourd'hui comme la pop est devenue une sorte de standard où tout ou presque a déjà été fait c'est sûr que tu ne peux rien faire de réellement nouveau, mais tu peux encore te démarquer en misant sur des détails.
Hayden : De toute façon les gens comprendront mieux ce que nous sommes quand ils écouteront enfin l'album.
Tom : Oui, parce qu'on ne peut pas se faire une juste idée d'un groupe sur la foi de ses premiers singles. Une chanson ce n'est qu'un acte alors qu'un disque c'est une pièce de théâtre, ça raconte une histoire.


Et quelle histoire raconte votre disque ?
Hayden : Nos chansons parlent souvent des petites tragédies qui arrivent dans la vie de tous les jours, des tragédies souvent liées au fait que nous sommes des hommes. Parce que voilà, nous sommes quatre mecs qui travaillons ensemble et on commence à voir ce que ça implique de travailler uniquement entre mecs...
Tom : Oui, en Angleterre, c'est très ancré dans la culture, les hommes ne communiquent pas entre eux, ils ne parlent pas trop de leurs émotions. On essaie d'aller contre ça en parlant de l'envers de cette mascarade, qui entraîne son lot de moments tragiques et parfois drôles. D'où le titre de notre disque, Limbo, Panto qui désigne a la fois le côté grotesque et cruel de la vie.


Avec vos références littéraires, vos thèmes d'écriture critiques sur la comédie humaine, votre urbanité et votre chant glam, vous me faites finalement pas mal penser aux Smiths. Qu'en pensez-vous ?
Hayden : Je les ai beaucoup écouté. Ce que j'admire vraiment chez eux c'est qu'ils incarnaient une sorte d'utopie pop où musique et mots faisaient parfaitement corps et ils en avaient pleinement conscience, d'où leur arrogance. Ado quand tu écoutais ça, ça t'ouvrais la tête, tu te disais : "Wouah ! Il existe autre chose que cette réalité pourrie."


Vous me faites aussi pensez à Queen...
Hayden : Queen était plus hard rock que nous...
Tom : Oui et Freddy Mercury était une flamboyante icône gay. D'ailleurs ce qui est intéressant chez lui, incroyable même, c'est de voir comment il est passé de ce statut d'icône gay à celui de working class hero.


Mais votre musique est très lyrique et le chant d'Hayden très androgyne alors j'imagine qu'on doit souvent vous prendre pour un groupe gay, non ?
Tom : Peut-être. Ce n'est pas grave. J'ai même envie de dire : tant mieux. Parce que lorsque tu es issu d'un bled du nord de l'Angleterre où l'excentricité n'est pas de mise, ça te libère de pouvoir assumer et exprimer ta différence et ça te donne plus de force pour dire ce que tu as à dire. Et puis franchement, il n'y a rien de pire que la musique et les mecs machos. On essaie de fuir ça tant que possible.
Hayden : Oui, on n'est pas gay, on essaie juste de combiner le coeur et les couilles ! Après comme on passe plus de temps ensemble qu'avec nos propres copines on doit souvent nous prendre pour des gays. Hier soir ça a dû encore être le cas quand on a loué tous les deux une chambre d'hôtel dans cette ville romantique qu'est Paris (rires) !



Photo par Gaëlle Riou-Kerangal


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

ToX 03/07/2009 17:06

Salut Sylvain!"Hum, c'est vrai que c'est le genre de groupe, on n'accroche ou pas." Je ne suis pas tout à fait d'accord, il y a quand même une alternative: les voir en live. J'avais le disque depuis un petit temps et je n'accrochais pas du tout, mais alors vraiment pas du tout, ce qui fait que lorsque je les savais à l'affiche d'une soirée de Nuits Botanique (aprè Troy Von Balthazar si mes souvenirs sont bons); ben je n'en attendais pas grand chose et je pensais ne pas rester plus de 5 min à leur concert. Mais quelle claque j'ai pris! Impossible de m'en aller. Donc il y a bel et bien une alternative lorsqu'on accorche pas à leur album... avoir l'occasion de les voir sur scène!

SYLVAIN FESSON 06/07/2009 13:18


Salut Thomas, it's been a while !
Quoi de neuf ? Toujours sur la toile, et dans la musique ?
Bon et puis à propos des Wild Beast, je les ai pas vu en live mais je te fais confiance.
Je sens que c'est un groupe qui doit y prendre une chouette dimension, comme on dit.


Ju 26/06/2008 10:41

Belle interview !! Ce disque est magique! On en parle aussi ci:
http://www.desoreillesdansbabylone.com/2008/06/wild-beasts-limbo-panto-2008.html
Musicalement,
Ju

Sylvain Fesson 28/06/2008 15:16


Merci. Content d'apprendre que l'onde de choc Wild Beasts se propage ;-) Je vais aller lire ton article.


Gaelle Riou Kerangal 22/06/2008 22:50

Ouais ils sont bien ces mecs de Wild Beasts !

renaud 03/06/2008 01:11

Allez je fais not' pub... on a fait une session acoustique avec eux, quel incroyable moment : http://www.lecargo.org/spip/wild_beasts/session_acoustique_56/videos-4357.html

Sylvain Fesson 07/06/2008 14:59


Joli effectivement ! Merci.


Matt Oï 01/06/2008 15:45

Putain, c’est du bon son en tous cas.Les groupes angloys se sont fait castrer de leur mythologie par le NME!
La France, bastion de résistance à l’apollonisme hyper-consumériste?