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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 01:44

Punch hard grunge

 

Il y a deux semaines, chroniquant Cockroach Killer, le premier album salement contagieux du trio rock Talia, je titrais "Du qui tâche". Je ne faisais pas si bien dire. Voilà que je me prenais illico une volée de bois vert de ce saligaud de Bester : "Etre dirty ne signifie pas non plus être compétent. Ce groupe est minablement doué. Leur musique est totalement vide de compositions. Vide. Ennui. Mort", qu’il disait en commentaire. Non mais franchement pour qui il se prend le Bester, une idole au goût indéboulonnable ?

 

Bien sûr c’est bon de jouer son dandy, de faire son Wagner et de déclarer, comme celui-ci déclara dans une lettre adressée à un ami : "Je suis autrement organisé que les autres hommes. J’ai les nerfs plus sensibles. Il me faut la beauté, l’éclat, la lumière. Le monde me doit ce dont j’ai besoin. (…) Est-ce donc une exigence inouïe que de demander que vienne à moi le peu de luxe dont j’ai envie ? Moi qui prépare de la jouissance à des milliers et des milliers d’êtres." Oui, c’est bon de dire ça. Et parfois il le faut. Moi-même je le fais, parfois, à ma façon. Mais de temps en temps c’est bon aussi de revenir sur terre et de s’enduire de cambouis en s’administrant le plaisir basique d’un guitare-basse-batterie. Un truc qui tient au corps.Talia ne fait pas dans le détail, il lorgne vers le grunge et le hard, réconcilie Axel et Kurt, 80’s et 90’s. Et qu’importe la musique de 2008. Qu’elle aille au diable la musique de 2008. Parce que franchement ça commence à devenir insupportable ces prédictions débiles sur l’avenir de la musique, ce qu’elle doit être et ne pas être. Je ne sais pas vous mais moi ce que je demande de la musique c’est qu’elle me fasse du bien quelque soit son genre. Talia m’en donne au rayon rock binaire alors je ne me fais pas prier, je me sers. Hé oui je suis un consommateur. Je suis aussi Monsieur-tout-le-monde. J’aime pousser mon caddie en écoutant The Teenager. Le 12 avril dernier je suis donc allé interviewer Nicolas (chant, guitare), Leslie (basse) et Robin (batterie) pour discuter des mélodies cogneuses et divinement régressives de Cockroach Killer, qu’ils défendront sur scène le 15 mai à la Boule Noire.

 

 
"On désirait une pochette dans l’esprit de celle d’Appetite For Destruction"

 

"Vouloir une nana à la basse, ça doit être mon trip Téléphone"

 



Salut. Alors il vient de loin cet album ?
Nicolas : Oui, un peu. On l'a fini en décembre 2006. Il a donc un an et demi.

Pourquoi un tel délai entre sa finition et sa mise sur le marché ?
Nicolas : En fait j'avais un contact avec deux labels, mais entre temps ils ont coulé. En gros on s'est donc retrouvé comme des cons avec notre CD sur les bras. C'est là que j'ai rencontré Jean-Philippe Béraud de chez Martingale et c'est lui qui a fait tout le boulot de démarchage. Moi je suis nul là-dedans. D'ailleurs ce n'est pas toi qui as dit qu'on n'était pas les rois du marketing ? Bah tu as raison.

J'avais surtout épinglé le mauvais goût de votre pochette...
Nicolas : A ce propos le mec qui l'a dessinée est mort ! La semaine dernière. C'était un copain à moi (tout le monde rit jaune, ne sachant pas si c'est du lard ou du cochon, Nda). C'est vrai. Ils l'ont retrouvé chez lui. Il a dû avoir un accident cérébral. C'est dommage, j'adorais ce mec, je trouvais ce qu'il faisait vachement bien.

C'est l'envers du chic la pochette qu'il vous a faite...
Nicolas : C'est ça que j'aime bien. En fait Spider et moi on était fans de Robert Williams, le dessinateur américain qui avait fait la première pochette d'Appetite For Destruction des Guns And Roses, celle censurée où on voit une petite fille en train de se faire violer par un robot. On voulait un truc dans cet esprit-là.
Robin : Cette pochette est source de controverse. Leslie et moi on ne l'aime pas ! Le truc c'est que plein de gens nous disent que ça ne reflète pas vraiment notre style musical.
Nicolas : Faire une pochette d'album c'est toujours compliqué. Avant on avait fait un truc plus beau et ça n'avait aucun intérêt, ça ne suscitait aucune réaction si n'est une espèce de consens mou, comme les pochettes de Soul Asylum qui représentent de belles peintures de nanas tenant deux mômes par la main. Là, ce qu'on a fait je préfère parce qu'il y en a qui peuvent me dire qu'ils trouvent que c'est de la merde. Le problème c'est que cette nana je voulais la décliner sur tous nos visuels comme Eddie, la mascotte zombie d'Iron Maiden. Mais évidemment, on ne pourra pas. Parce qu'en plus mon pote ne m'a pas appris à la dessiner. Et ça me ferait bizarre de la faire dessiner par quelqu'un d'autre. Donc du coup elle va disparaître.

Talia a connu deux moutures. A quoi ressemblait la première ?
Nicolas : C'était moi avec deux autres mecs. Ça a duré de 2002 à 2006.

Pourquoi sont-ils partis ?
Nicolas : Ça s'est essoufflé. L'un a eu des mômes, l'autre s'est plus investi dans son taf. Enfin je n'aime pas trop en parler parce qu'ils ne sont pas là et que maintenant je suis avec Leslie et Robin.

Deux tiers du groupe ont changé. Pourquoi avoir gardé le même nom du groupe ?
Nicolas : Parce que je le trouvais bien et qu'eux avaient la flemme d'en chercher un autre. Et puis le disque contient pour moitié des chansons qui datent de la première période de Talia. On les a juste refaites, donc elles sonnent différemment.

A quoi ressemblait le son de Talia avant ?
Nicolas : Le côté métal qu'on a encore un peu était plus prononcé, avec la grosse caisse en avant et des tempos plus lents. Le bassiste et le batteur étaient comme moi fans des Guns et de Nirvana.

Du coup, tous les trois comment vous êtes-vous rencontrés ?
Robin : J'ai rencontré Nico en 2002 à la Fête de l'Huma. A l'époque je jouais avec des potes dans un groupe de métal. On a bien accroché. En plus on fréquentait le même bar. Donc le jour où Nico m'a appris que ses zicos le lâchaient, comme moi j'en avais aussi plein le cul de mon groupe, on s'est mis à jouer ensemble.
Nicolas : Et 6 mois après on recrutait Leslie après avoir auditionner 15 bassistes.
Robin : C'était celle qui avait le moins d'expérience, mais elle a pigé les morceaux tout de suite.

Ça vous plaît d'avoir une nana dans le groupe ?
Nicolas : C'est ce qu'on voulait. Enfin, on se disait que ce serait encore mieux si on trouvait une nana. Parce que quand tu n'es qu'avec des mecs, tout vire vite au truc de crétin. Tu sors, tu te pintes la gueule, tu dragues les meufs. J'en avais un peu marre de ça.

Oui, et puis dans un groupe ça fait classe d'avoir une belle nana à la basse.
Nicolas : Ça doit être mon trip Téléphone. J'étais vachement fan de ce groupe quand j'étais môme et ça a dû me marquer. Je ne sais pas si tu as vu des interviews des groupes de hard rock dans les années 80 mais ça ne volait pas haut. Or quand je voyais Aubert parler je trouvais qu'il avait l'air moins con donc je me disais qu'avoir une meuf dans le groupe ça devait aider en calmant le taux de testostérone.
Robin : Grâce à Leslie, pareil, on est devenus moins con !
Nicolas : Surtout quand on s'est retrouvé enfin tous les trois j'ai écrit 5-6 morceaux en trois mois.

C'est le fait d'être en groupe ?
Nicolas : Oui, ça stimule l'inspiration. Mais voilà après je suis capable de ne rien foutre pendant 6 mois. Je n'ai pas de jus, rien. Si je trouve un truc, très vite je me dis que c'est de la merde et je l'envoie au panier. En fait mon problème c'est que quand je trouve un truc, si j'ai déjà l'impression de l'avoir fait, je le jette. Pour notre prochain disque je vais essayer de me prendre un peu plus la tête sur les constructions.


(Suite et fin.)


 

 

Photo par Thomas Laisné

 

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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