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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 20:17
Métaphysique des teubs






"je préférerais être rock-star qu'harder"

"oublier le côté porno comme dans
L'empire des sens"





Dans ton court-métrage Autobiographie, tu montres une affiche de tes débuts en tant que Condom Man. C’est comme ça que tu as commencé dans le X ?

Ça c’est le film le plus lamentable que j’ai fait. Je me pointais en tenue de super héro et c’est une des rares fois dans ma vie où j’ai eu une panne sur un tournage. J’étais en cape avec la bite molle. Donc autant te dire que si ça avait été mes débuts tu ne m’aurais jamais revu dans un deuxième film. Donc non ce n’était pas mes débuts. Ce film c’était une mauvaise idée parce que dans un film porno tu peux faire marrer les gens avant ou après l’acte mais surtout pas pendant car le mec ou la femme qui achètent ton film veut quand même pouvoir se masturber. Dans Condom Man, on a merdé à ce niveau-là. Mais j’aime bien c
e film parce qu’il est plus lamentable que ce que beaucoup de gens ne pourront jamais faire dans leur vie et quand tu atteins ce degré de lamentable ça en devient bon. En plus ce n’était pas voulu. Il y avait un peu d’insouciance.

Quels sont donc tes premiers pas dans le porno et pourquoi as-tu souhaité faire ça ? Est-ce liée à une rencontre ?

Oui, une rencontre avec mon sexe. Ado, j’étais timide, personne ne voulait de moi et comme j’arrivais à avoir de bonnes érections, je suis devenu gigolo. Je me faisais masturber par des vieux garçons-coiffeurs et la pseudo-tendresse qu’ils me donnaient me réconfortait parce que je ne l’avais pas auprès des femmes. Après je suis devenu acteur porno et ça a comblé tous mes souhaits. Parce que tu
as beau être timide, ne pas avoir un physique de play-boy ni une grande gueule, si tu as un sexe qui se durcit sur commande tu peux devenir acteur porno, c’est-à-dire te faire plein de nanas et être en plus payé pour le faire. Je voulais donc faire ça comme un enfant veut faire cosmonaute.

Cosmonaute ???

Oui, à la bas
e je voulais être cosmonaute mais pas pour aller sur la lune, pour le retour, parce qu’une foisce qu’on en fait. Pour eux on peut dire qu’on est des icônes parce qu’ils voient en nous le côté étalon, mais on joue tellement mal qu’on est plutôt tragi-comique. Et puis on est sexuellement performants devant une caméra, mais dans la vie privée c’est autre chose. Après c’est sûr qu’acteur porno fait plus rêver que la plupart des autres métiers. Mais quand tu es intelligent, tu préfères être rock-star que harder. Parce que dans le traditionnel les filles sont encore plus jolies que dans le porno. Franchement quand on voit la tête de nos actrices françaises, on ne peut pas dire qu’on soit vraiment gâté. Moi les 3/4 des scènes que je fais c’est avec des nanas dont on dit qu’elles ont des physiques disgracieux. Donc attention, mon métier n’est pas qu’un rêve. Les kilos superflus, je connais. C’est d’ailleurs pour ça qu’on va tourner à Prague. Donc voilà moi à choisir je préférais être rock-star que harder. Je fais ça faute de mieux. Parce que si j’étais rock-star j’aurais plus naturellement accès aux femmes, et à des femmes plus séduisantes.

Quelle réaction ont les gens quand ils te reconnaissent dans la vie de tous les jours ?

Ça les fait plutôt marrer de me voir parce qu’ils m’imaginent déshabillé. Si je prends une douche au Gymnase Club, ils se demandent si je ne suis pas en train de tourner un film porno.

A un moment dans le DVD tu parles de ce qui t’a poussé à devenir harder et tu dis que tes deux communions ont joué un rôle…

Oui, c’est-à-dire que petit je me suis tourné vers Jésus pour avoir des cadeaux et qu’on me laisse tranquille à faire du vélo. Et c’est sûr que pour un petit être très porté sur le sexe comme moi, être obligé de se trimballer en blouse blanche avec une croix, ça m’a marqué. Aujourd’hui je suis peut-être séduit par cl côté virginal que j’avais sur ces photos, quelque chose qui est maintenant loin de moi. Il y a un chemin parcouru.

La religion était très présente dans ta famille ?
Oui, j’ai été obligé de me tourner vers Jésus, je ne l’aurais pas fait moi-même. Je n’ai pas rencontré le diable en chemin, j’ai toujours eu une certaine part de noirceur et de sexualité.

Tu t’en es très tôt rendu compte ?

Oui, parce que petit quand je n’arrivais pas à éjaculer je me retenais de faire pipi et je me frottais le zizi sur des barres en fer. Ça me procurait une sensation érotique. Je suis quelqu’un d’assez solitaire donc je me suis tourné très tôt vers moi-même.

Hervé Pierre Gustave, ça sonne bourge. Tu es issu d’une famille bourgeoise ?

Pierre Gustave c’est le nom qu’on donnait aux esclaves affranchis, donc ce n’est pas un nom qui a des origines bourgeoises. Je suis plutôt issu d’une famille d’ouvriers aisés, j’habitais une maison à Noisy-le-Grand, une banlieue correcte près des bois. Je n’ai donc pas été élevé dans une banlieue dure genre HLM, j’ai été élevé avec de l’amour, une tendresse retenue, mais je n’ai jamais été battu. J’ai eu une enfance heureuse, solitaire mais heureuse.

Penses-tu que ton éducation religieuse joue un rôle dans ton "métier" de harder ?

Mon éducation religieuse n’a jamais interféré dans ma trajectoire parce que je n’en avais strictement rien à foutre. Je veux dire, je n’ai baigné dans une ferveur religieuse, ce n’est pas par révolte contre Jésus que je suis devenu acteur porno ! C’est plutôt la solitude dans laquelle je m’étais enfermé qui m’a poussé à me recentrer sur mon sexe.

Pourtant je trouve qu’il y a quelque chose de très christique dans la manière dont tu abordes ton « rôle » de harder parce que tu te donnes beaucoup au public…
Je te remercie. Euh… Fais gaffe tu vas t’attirer la foudre des organisations chrétiennes.

A un moment dans le court-métrage Mon vit, mes œuvres tu dis à une amie : "Moi je ne fais pas l’amour aux femmes, je fais l’amour au public." Faire l’amour au public c’est assez christique. Comme de dire : "C’est dans la plantade que je m’exprime."

Euh… Je ne sais pas quoi te répondre là. Ce n’est pas mon ambition mais peut-être qu’inconsciemment j’épouse une démarche christique en donnant mon sexe à autant de femmes…

A autant de spectateurs.
Oui, mais comme je suis assez égocentrique je ne pense pas beaucoup au public, surtout quand je suis en train de transpirer à faire une scène avec une nana qui me plait plus ou moins. Je pense plus à mon érection qu’à mon public. Je pense à ne pas passer pour un con auprès de mon public. Mais dire que je suis payé pour faire l’amour à une jeune femme et qu’en fait je me donne à mon public comme Patrick Bruel se donne à son public quand il chante au piano c’est peut-être porter le métier de harder un peu trop haut…

Oui mais dans tes propres films tu portes le métier de harder un peu plus haut…

Dans mes courts-métrages ?

Oui, là je pense plus à ton travail d’auteur.

Ok, oublions mon boulot de harder. Là mon but c’est de m’exprimer avec sincérité ou si je suis dans le calcul de faire en sorte que le spectateur comprenne que ce que je fais est calculé et que j’ai donc peur de me montrer. Parce que chercher à maîtriser son image et avoir peur de passer pour un con, je ne trouve pas ça bon du tout.

Dans tes courts-métrages, on a d’ailleurs parfois l’impression que tu fais tout ton possible pour avoir l’air con, que quelque part tu fais l’éloge de la connerie.

Je ne dirais pas ça, parce que la connerie ne m’intéresse pas. La connerie c’est la bêtise et la bêtise entraîne le racisme, des choses comme ça, donc ça ne m’intéresse pas.

Mais il peut y avoir une bonne bêtise parce que faire l’idiot ça fait du bien.

Oui, mais moi ce que je recherche avant tout c’est l’insouciance des enfants. Et que ce soit cette insouciance qui provoque la connerie, non pas une bêtise travaillée. Cette insouciance doit rendre la personne touchante par ses travers.

Dans tes courts-métrages, on voit que les gens disent souvent de toi : "Il est chiant mais qu’est-ce qu’il est touchant." D’ailleurs, globalement, on voit que les gens, qu’ils soient tes amis ou des acteurs, acceptent assez facilement de se faire filmer, ils partent facilement dans tes délires, malgré ta folie et ton égocentrisme. Comment expliques-tu ça ?

Sincérité, ça va être le mot du jour. Mais voilà à partir du moment où tu es sincère ça ne peut qu’entraîner une certaine forme d’adhésion. On n’est pas forcément d’accord avec ton message, ton scénario, ou ta façon de dialoguer avec les autres, mais au moins on t’accorde l’indulgence d’être mue par une certaine forme d’insouciance et de sincérité. C’est-à-dire que tu n’es pas dans calcul destiné à te glorifier. Ou alors tu es quelqu’un qui veut faire de lui une statue mais qui s’y prend mal et tombe en montant sur son socle. En plus parfois je peux être méchant avec les gens parce que j’ai une part de méchanceté que j’assume. Moi je ne fais pas un court-métrage en me faisant passer pour un mec bien. Mais voilà je montre également que tu récoltes ce que tu sèmes.

L’effet pervers lorsque tu embarques les gens dans ton univers c’est qu’ils ne savent plus très bien où se situe la frontière entre la fiction et le réel…

Parce que je suis un manipulateur, je manipule les gens. Mais je le montre et je ne tiens pas à ce que la fin soit moraliste, c’est comme ça.

Mais finalement les gens ne rentrent-ils pas ton jeu parce qu’au-delà de te trouver pathétique il te trouve monstrueux, fascinant et qu’ils consomment en toi ce monstre qu’ils ne se permettent pas d’être ?

Bien sûr, je sers parfois d’exemple. Comme je assez loin dans l’excès, une mère va pouvoir dire à son fils : "Ne deviens pas comme lui, il fait des bêtises." Mais je sers aussi à ça.

Mais là tu sers de contre-exemple. Ce que je veux dire c’est que des gens peuvent t’envier pour ce que tu te permets de faire et d’être.

Oui, je prends une certaine forme de liberté que les autres peuvent envier, et j’espère parce que ça sert à ça le cinéma : faire des choses qu’on ne se permettrait pas de faire dans la réalité. Sauf que moi, au bout d’un moment, je les fais aussi dans la réalité. Ces courts-métrages montrent quelqu’un qui certes a une libido qu’on peut qualifier de forcenée et il y a quelques scènes de nudité sexuellement explicites, mais ça ne traite pas de pornographie, ça traite plutôt de la vie d’un homme. Ou de celle des autres.

Dans ce DVD on se rend compte qu’au quotidien tu te trimballes tout le temps avec ta caméra. Et au bout d’un moment il en va de ta caméra comme de ton sexe : à tellement la voir on ne la voit plus.

Oui, j’ai un objectif qui fait corps avec mon corps. En fait, je provoque certaines scènes par la nudité, souvent la mienne, parfois celle des autres, et le but du jeu c’est qu’on en vienne à oublier le côté pornographique, comme dans L’empire des sens. Dans ce film, chaque scène s’ouvre sur un motif sexuel, mais après ça part ailleurs et tu oublies totalement que les gens sont nus. Pour moi ce film est un chef d’œuvre tout genre confondu. J’aimerais réussir à faire ça.


(Suite et fin.)

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Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
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