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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 01:26
Métaphysique des teubs

Il y a un côté Godard chez HPG. Un côté Van Damme. Un côté Costes même. Une dimension bigger than life mêlant portée philo et déluge d’absurde que l’acteur porno mégalo exorcise depuis près de 15 ans en réalisant ses propres films. Caméra subjective et bite dressée en mains, il s’y mon(s)tre auscultant le réel jusqu’à l’os, accouchant parfois de vrais morceaux de poésie. On voit tout ça dans les 10 courts-métrages que regroupe HPG, Mon vit, mes œuvres, double DVD sorti en mars aux éditions Les Films de l’Ange. Sur ce, Mireille Dumas dans l’âme, je suis allé confesser la bête.



"J’accepte ma part de monstruosité"

"Pour assurer il ne faut pas avoir peur de passer pour un con"






Bonjour Hervé. Je suis là pour faire une interview définitive de toi.

Définitive…

La totale. Comme si c’était la dernière.

Ok. Mais la réponse, il faut que je te la fasse courte, carrée ? Que je reprenne ta question ?

Non, on discute. Tu me réponds comme tu le sens.

Ok.

Je dis "définitif" parce que tu sors un DVD qui retrace en 10 courts-métrages une grande période de ta vie. Pour certains tous ces faits d’armes font aujourd’hui de toi une icône comme le dit Télérama cité en ces termes sur la pochette de l’objet. Que ce journal te reconnaisse le statut d’icône ça ne te fait pas bizarre ? Ça veut dire que tu es arrivé au bout d’un truc, non ?

Tu fais cette interview pour une rubrique qui s’appelle "définitive" ?

Non, il n’y a pas de rubrique précise, c’est une interview "classique", si je puis dire.

Ok. Alors, est-ce que je suis arrivé au bout de quelque chose ? En tout cas j’aimerais que ma vie change par rapport à ce qui en est montré dans ce DVD. Parce que là-dedans je prends pas mal de drogues et d’alcool comme le montre notamment les 52 minutes de Mon vit, mes œuvres qui est une compilation de certains états paroxystiques que j’ai pu avoir durant une année. Mais c’est une compilation. Des fois des mecs s’amènent chez moi avec une bouteille croyant que je vais boire comme dans mes films mais non, je ne bois que le week-end, comme les beaufs, et ce n’est pas par plaisir, c’est pour lutter contre ma timidité. J’aimerais arrêter d’être dépendant de ça pour communiquer avec les autres. Alors actuellement je travaille sur moi pour y mettre un terme. Donc oui, on peut parler de quelque chose de définitif dans le sens où je n’ai pas envie de m’améliorer ni de devenir moins con mais de faire des conneries d’une manière différente.

Ton but, ça reste de faire des conneries ?

Des conneries non, c’est juste que j’ai une part de monstruosité ou de sauvagerie que j’accepte, qui fait de moi ce que je suis et que j’ai envie de garder. Parce que sinon après je vais faire quoi : des films sur les bons sentiments avec des fins heureuses ? Je vais donner des conseils aux autres ? J’ai déjà tellement de mal à me conseiller moi-même. Les films plein de bons sentiments, je laisse ça aux autres.

En même temps, attention, les extrêmes se rejoignent…

Oui, mais je peux aussi être con sans me droguer.

Ça te fait quoi d’être perçu comme une icône ?

Ça c’est quelqu’un de Télérama qui le dit parce que peut-être qu’on a couché ensemble, je ne sais pas. Ou peut-être que si on avait couché ensemble il ou elle dirait justement tout le contraire. Ce n’est pas parce que quelqu’un dit ça que je suis une icône. Si tu me demandes de réagir par rapport à un compliment qu’on m’a fait je peux être intarissable parce que je m’aime déjà beaucoup et j’aime qu’on me flatte. Aujourd’hui je vais donc m’abstenir de tout commentaire par rapport à une flatterie. Je laisse à cette personne le soin de ses propos.

Concrètement, les courts-métrages rassemblés dans ce DVD couvrent combien d’années de ta vie ?
15, je crois. Parce que pour le premier court-métrage que j’ai fait, j’avais encore le tour du sexe poilu et des cheveux, donc ça fait un sacré bout de temps. Aujourd’hui j’ai 41 ans.

Ton premier court-métrage c’est Acteur X pour vous servir. Il paraît que tu dis que c’est le court-métrage qui t’a fait sortir du X.
Oui et non parce que je ne fais pas le distinguo entre film X et film traditionnel dans la mesure où une merde dans le X et une merde dans le traditionnel ont les mêmes défauts scénaristiques. Ce qui les différencie c’est juste que l’acte sexuel est explicite dans l’un et pas dans l’autre, même si maintenant les réalisateurs du traditionnel sont fascinés par cette sexualité frontale et essaient d’en mettre dans leurs films. Mais voilà, il y a autant de cons dans le cinéma porno que dans le cinéma traditionnel. Avant j’étais dur à l’encontre du milieu du X, mais maintenant que j’ai un pied dans les deux univers, je trouve ces gens plus touchant que ceux du traditionnel parce qu’ils ont au moins la décence de ne pas avoir pris de cours de théâtre pour mal jouer. Et puis en général, ils ont quand même beaucoup d’humanité. Les acteurs pornos c’est des gens assez spéciaux que j’aime bien. Pour moi ils sont une plus grande source d’inspiration scénaristique que les abrutis dopés au cours Florent.

Tu parles précisément de ça dans le court-métrage Hypergolique.

Oui mais je n’ai rien contre ceux qui prennent des cours de théâtre. En prendre ou ne pas en prendre, là n’est pas la question, le tout c’est de bien jouer. D’ailleurs à un moment il vaut mieux prendre des cours, parce que déjà ça aide pour apprendre à gérer sa mémoire, donc voilà je vais sans doute m’y mettre, mais ce n’est pas ça qui fait un bon comédien.

C’est le vécu ?
Non, ce n’est pas forcément le vécu, tu peux n’avoir rien vécu mais te jeter avec une grande insouciance et une grande sincérité devant une caméra et ça fera de toi quelqu’un de bon si le metteur en scène sait t’accueillir et mettre en valeur ton vécu ou ton innocence. Mais heureusement que ce n’est pas forcément une question de vécu… En général ceux qui jouent le mieux ce sont les enfants entre 2 et 12 ans. Leur qualité d’interprétation est excellente. Quand tu es comédien tu as donc intérêt à ne pas trop te flatter parce que voilà ce que tu fais un enfant peut le faire. Pour assurer il te faut donc soit retrouver son insouciance soit ne pas avoir peur de passer pour un con. Ça, c’est très important.

Avec tes courts-métrages, tu ne cherches donc pas à sortir du X ?

Non, même quand j’ai fait mon premier long-métrage On ne devrait pas exister ce n’était pas pour me sortir du X, parce que je ne réfléchis pas en terme de ghetto mais en terme de qualité et de sincérité. Alors maintenant comme j’ai fait ce film les gens s’évertuent à me dire que je devrais m’en sortir comme si c’était misérable ou indécent d’être dans le X, mais non.

Mais si tu t’es mis à faire tes propres films j’imagine que c’est pour apporter une qualité et une sincérité que tu ne trouvais pas dans les films porno où tu étais simplement acteur.

Non ce n’est pas ça. Je trouve mon compte dans plein de films X et traditionnels. C’est juste qu’à partir d’un certain âge tu as besoin que l’acte créatif vienne de toi et moi voilà, j’avais envie de personnaliser des envies.

Envies que tu avais depuis longtemps ?

Euh… j’aimerais bien te la jouer acteur maudit en te disant que ça fait longtemps que j’ai envie de passer certains messages mais non, parce que je suis d’assez instinctif, je le suis d’ailleurs de moins en moins donc il faut que je fasse attention, mais voilà je n’ai jamais eu de plans prémédités. Là, je suis en train de faire un deuxième long-métrage donc c’est prémédité parce que ça dure des années et qu’il y a du budget, mais sinon non ce n’est pas forcément des envies qui me tiennent à cœur depuis longtemps. Mais attention, là je te la joue humble parce que quelqu’un me regarde. Une jeune femme que j’aime beaucoup. Et je te dis ça parce que pour moi qu’elle soit là a une incidence sur moi. D’ailleurs, si je faisais un film, je me servirais de l’incidence qu’a cette jeune femme sur mon discours. Peut-être qu’à un moment, je vais peut-être dire un truc qui va la faire gueuler et je vais être obligé de lui demander de se taire parce que c’est mon interview, pas la sienne. Voilà le genre de situations sur lesquelles j’aime travailler. J’aimerais qu’elle ne soit pas là, mais le fait qu’elle soit là va sans doute m’apporter plus que si elle n’était pas là et il faut que j’essaie de trouver pourquoi. Et à partir du moment où je trouve pourquoi, si je fais preuve de créativité et si j’ai su l’insérer dans notre discussion alors la discussion sera mieux que si elle ne s’était déroulée qu’entre toi et moi.

Ce qui t’intéresse le plus c’est ce qui se passe dans les coulisses…

Oui, parce que par exemple les coulisses de cette interview sont intéressantes : je réponds à tes questions en me servant de ton corps pour ne pas voir Gwen (sa nouvelle compagne, Nda). Si elle n’avait pas été là j’aurais pu me vanter de mes prouesses sexuelles lors de certaines questions que tu m’as posées, si tu avais été une belle nana je me serais même arrangé pour qu’elle ne soit pas là, mais comme elle est là je vais devoir essayer d’être un peu plus intelligent. Mais ça va être dur. Biaiser avec elle, c’est dur. Mais voilà comment je fonctionne et c’est ça que tu dois dire de moi parce que ce que je viens de te dire répond sans doute à pas mal de questions que les gens se posent ou ne se posent pas à mon sujet. Mais je ne sais pas si tu as compris ce que je viens de dire. Moi c’est l’incidence extérieure qui m’intéresse, tout ce qui fait que rien ne se passe jamais comme prévu. C’est pour ça que j’aime le cinéma, parce que tu as toujours des problèmes qui t’obligent à modifier ta scène. Tu es toujours rattrapé par la réalité.

(Suite.)

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Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
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