Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 19:26
Le B.O. Bizarre

















En ce moment certains se la pètent en
répétant sans cesse qu'ils ont écouté Transformer à 12 ans, qu'ils ne s'en sont jamais remis et que leur premier album en porte grave l'empreinte, même s'ils sont français, et qu'ils chantent en français. (Je pense à Alister, pour ne pas le nommer.) Ceux-là ont le supplément d'âme. Ok. Ils rentrent dans la case rock comme on rentre dans un cuir un peu trop cintré. Ok. Bien. "Vas-y prend une clope maintenant. Oui, porte-la à tes lèvres. Ça y mec, tu ressembles à quelque chose." Clap, clap. Voilà, entre nous soit dit, c'est ridicule. Mesquin. On reste à hauteur d'homme. Le plancher des vaches. Le moulé des hanches. Le rock = mode. Toujours. Parce qu'iconique. Voyez The Kills sur lequel tout le monde s'astique la nouille. The Kills qui fait l'éloge de la noirceur, de Florence Rey, pfff... Alors quand quelqu'un crève le plafond et nous propose la quatrième dimension, yesss... Ce que nous apporte The Married Monk.


The Married Monk est français. The Married Monk est cinq : Christian Quermalet, Philippe Lebruman, Etienne Jaumet, Nicolas Courret. The Married Monk a écouté Transformer, mais ne porte pas le cuir. Non, le cuir The Married Monk le déchire comme Hulk son énième calbute. Sans concession. Parce que ce groupe dévore tout sans se conformer à une quelconque dogme rock. Il le montre dans Elephant People, cinquième album initialement conçu comme la bande-son d'un spectacle. Un spectacle qui parle des figures emblématiques de la monstruosité. Et de monstres, ce disque en est rempli. N'est-ce pas Pulp et Bowie sur "Spiel", Daft et Justice sur "Merrick's Meditations", Lou Reed sur "Brother J", Air et le Floyd sur "Me and Me", Gainsbourg et Jane sur "Double Doom", Lynch sur "Conversation Piece" ? Génial. Une rencontre s'imposait. Elle a lieu dans le 18e arrondissement de Paris le 29 février dernier avec Philippe Lebruman.













"de Kate Bush aux Ramones"


"on ne s'interdit absolument rien"



Bonjour Philippe. Cet album parle de monstres parce qu'à la base il illustre une pièce dont c'est le thème. Mais j'ai l'impression que votre musique a toujours parlé de ça. Elle brasse tellement de monstres musicaux, comme Bowie, Lou Reed et Gainsbourg, et une telle diversité d'influences qu'elle en est monstrueuse.
Il y a de ça, oui, parce que ces artistes que tu cites font partie de nos influences, et qu'on s'intéresse un peu à tout. On écoute autant de la musique classique que du jazz et des génériques télés. C'est d'ailleurs pour ça que qu'on n'a jamais réussi à rentrer dans une case et que les gens ont toujours du mal à nous cerner. En plus, en 15 ans d'existence, plein de personnes sont passées par ce groupe, de Stéphane (Bodin, Nda) de
Prototypes à Fabio (Viscogliosi, Nda), et ça a renforcé le brouillage des pistes car ils y ont aussi amené leur univers. Ça explique pourquoi sur un disque comme R/O/C/K/Y tu retrouves des morceaux en anglais et des morceaux en italien. On a toujours aimé tordre un peu les choses, jouer avec les codes, au niveau du son, des images. Du coup, sur chaque disque on glisse des reprises décalées. Ça va de Kate Bush aux Ramones. C'est peut-être notre côté Beaux Arts qui veut ça, parce qu'on a fait les Beaux Arts !


Christian et toi, vous vous êtes rencontrés dans cette école ?
En fait on vient tous les deux de Cherbourg et, dans une ville où il n'y a pas beaucoup de concerts, deux personnes qui s'intéressent à mort à la musique se rencontrent forcément. On s'est donc rencontré là-bas il y a longtemps. On a joué assez rapidement ensemble dans un premier groupe qui s'appelait Swam Julian Swam. On faisait une noisy pop bizarre. Christian ne chantait pas, il était bassiste. Et quand il s'est mis à écrire des chansons, on a formé The Married Monk. Aujourd'hui on ne se voit plus tellement parce que lui vit à Lyon depuis 2-3 ans. Mais c'est vrai qu'il y a une évidence entre nous, en terme d'esthétique musicale. A une époque où on pouvait se faire taper sur la gueule si on écoutait autre chose que du punk, nous on écoutait autre chose. Avant que je le rencontre, Christian jouait avec un groupe qui s'appelait
Les Tétines Noires (l'ancêtre de LTNO, Nda) et ils avaient mauvaise réputation parce qu'ils affirmaient une différence évidente, en se déguisant, en étant glam, trop bizarre pour l'époque et cette ville. A Cherbourg, ils étaient vus comme le monstre, les mecs sur qui on crache. C'est d'ailleurs un peu pour ça qu'on a créé The Married Monk : pour montrer qu'il y avait autre chose que le rock "rock".


Le thème du monstre était donc déjà latent depuis le début de The Married Monk...
Oui, il était là, c'est clair, même si on a mille autres références, comme un coucher de soleil ou un avion, des choses beaucoup plus romantiques et naïves. C'est le mélange de tout ça qui est intéressant.


Ce disque, on va forcément entendre dire qu'il est "lynchien"...
Pourquoi pas. Ça nous correspond tout à fait. On est friand de ses films. D'ailleurs il a fait Elephant Man. Et la BO de Twin Peaks, cette musique mainstream de piano-bar un peu ringard qui plonge dans le sordide et le terrifiant, c'est passionnant.


A propos de monstruosité, quel a été ton premier contact avec la monstruosité ou l'idée de monstruosité ?
Je ne sais pas. A quel niveau ?


Personnel.
C'est-à-dire ?


Je ne sais pas, par exemple moi quand j'étais gosse j'étais assez fasciné par ce que je trouvais dans Le livre des records...
Ah oui, l'homme le plus grand du monde, ce genre de choses ?


Par exemple.
Oui, je vois. Moi j'ai le souvenir du générique des Dossiers de l'écran. La musique était hyper flippante, ça m'a marqué à donf. Je me rappelle y avoir vu L'homme qui rétrécit, l'histoire d'un mec qui est sur son bateau en week-end avec sa femme et un nuage radioactif lui passe dessus pendant qu'elle est dans la soute. Résultat, au fil des jours il rétrécit de plus en plus et il finit par se battre contre une araignée avec une épingle en guise d'épée. Je ne sais pas si c'est de la monstruosité mais cette histoire du mec réduit à néant m'a vachement marqué car comme je ne comprenais pas tout j'étais happé dans une ambiance de menace. Et ce générique ! Dingue.


D'autres musiques t'ont fait des effets similaires ?
Petit, j'ai été très imprégné par l'univers de Pierre et le loup de Prokofiev. Je me rappelle vaguement de certains films de Kubrick aussi. Et puis dans les années 70 il y avait François de Roubaix. Nous qui sommes des trentenaires bien tassés, on ne peut être que fan. A l'époque il faisait plein de génériques de dessins animés, dont Chapi Chapo, et ça donnait des choses assez audacieuses qu'on n'a plus maintenant. On a été marqué par son utilisation des synthétiseurs.


Quels sont tes albums cultes ?
Il y en a tellement. Ça dépend des époques. Ado, j'écoutais XTC, Talk Talk, David Sylvian. Mais j'aime autant certains morceaux des Eagles que ceux des Throbbing Gristle. Ce qui est bien avec Christian c'est qu'on ne s'interdit absolument rien, on peut trouver une suite d'accord géniale dans Dire Straits comme un son de caisse claire mortel dans Aphex Twin. On n'a aucune barrière. Et ce qui m'agace un peu en France, c'est que les gens raisonnent souvent par cases, genre "Là, j'écoute du post-rock et puis après je n'écouterai que de l'électro". Nous, on aime autant le hard rock qu'Erik Satie ou Ravel. On n'est pas plus branché synthé analogique que triangle ou quatuor à cordes. C'est ça qui nous lie.


Du coup le concept d'opéra pop vous convient parfaitement parce qu'il vous permet de lâcher la bride à la diversité qui vous habite.
Tout à fait, c'est ce qui a intéressé Renaud (Cojo, Nda). Il a senti qu'on pouvait à la fois faire des instrumentaux planants comme des trucs hyper rentre-dedans ou des pop-songs tristes. Et c'est pour ça que ce projet nous intéressait à fond. C'est un peu bateau à dire, mais les seuls qui ont vraiment réussi à faire ça c'est les Beatles. Christian et moi on se retrouve vraiment dans L'album blanc qu'on a d'ailleurs redécouvert aux débuts de The Married Monk. "Ob-La-Di, Ob-La-Da", "Helter Skelter", "Revolution 9", la pochette blanche, génial...


Vous, pour Elephant People, c'est une pochette toute noire !
Voilà, la boucle est bouclée !


(Suite.)

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article

commentaires

Bester Langs 19/04/2008 14:35

S’il y a bien un truc taillé pour les branchés, et les autres, c’est le
démontage systématique des premières signatures. Je ne suis, et serai
pas objectif, mais Alister défend selon moi des sujets plus vicieux que
“porter un cuir, pour ou contre”. Voila, c’est dit. A part ca je mange du chocolat et je redécouvre Pretty lads des Monk. Sublime.

Sylvain Fesson 19/04/2008 14:38


Pretty Lads + chocolat : c’est ce qu’on appelle savoir se faire plaisir ! Après pour ce qui est du reste (Alister et la branchitude rock), hum, comment dit l’expression cher Bester : l’hopital qui
se fout de la charité ? ET la mauvaise foi dans tout ça ?